J'ai vu le futur en faisant un test génétique avec BiogéniQ

Publié le 24/03/2016 à 12:25

J'ai vu le futur en faisant un test génétique avec BiogéniQ

Publié le 24/03/2016 à 12:25

La génétique, si elle est utilisée à bon escient, pourrait permettre à notre système de santé d'économiser des milliards en faisant plus de prévention... sans pour autant déboucher sur une dystopie comme celle dépeinte dans le film Bienvenue à Gattaca.

Pas une semaine ne passe sans que je tombe sur un article vantant les mérites d’un «superaliment» ou que je reçoive des conseils de nutrition non sollicités. En général, ça tourne autour de ma consommation abusive de boissons énergétiques, qui semble attirer beaucoup plus l’attention que la consommation abusive de café. Bref, côté nutrition, il se dit tout et n’importe quoi, et c’est d’autant plus vrai qu’il n’y a pas de vérités absolues en la matière, puisque chacun d’entre nous réagit aux nutriments de manière différente.

Le test génétique NutriQx, conçu par la start-up montréalaise BiogeniQ, permet pour sa part de déterminer ce qu’on devrait manger ou ne pas manger en raison de notre bagage génétique. Après avoir reçu les résultats du test et passé une heure sur Skype avec la nutritionniste de BiogeniQ Catherine Drouin-Audet, je peux difficilement rejeter du revers la main les conseils de nutrition qui m’ont été prodigués.

Tout a commencé lorsque j’ai reçu par la poste une enveloppe contenant le test de NutriQx, que BiogeniQ m’a offert dans l’espoir que j’écrive sur l’expérience. Après avoir craché dans un petit tube transparent et rempli un formulaire papier, j’ai mis le tout dans une enveloppe préadressée, puis déposé l'ensemble dans une boîte aux lettres. Deux semaines plus tard, je recevais un message texte avec un mot de passe pour déverrouiller un fichier PDF qu’on aurait dû m’avoir fait parvenir par courriel.

Or, en appelant BiogeniQ, j’ai fini par découvrir que ledit PDF avait été envoyé à la mauvaise adresse courriel. C’est sans doute dû au fait que j’écris mal, mais ça ne se serait pas produit avec un formulaire en ligne. On me l’a renvoyé à la bonne adresse et j’ai finalement pu accéder au rapport d’une dizaine de pages, dans lequel j’ai appris quelques trucs utiles sur le contenu de mes gènes.

Exploration génétique

Concrètement, NutriQx consiste en un test de génotypage visant à identifier des variations génétiques, dont on connaît l’impact sur la nutrition, au niveau de dix gènes. Cela peut paraître peu, considérant que notre ADN contient environ 20 000 gènes, mais la réalité est que les scientifiques ne comprennent le rôle que d’une infime fraction d’entre eux.

Tous les humains ont le même jeu de gènes, mais les séquences de paires de base dont sont constitués leurs gènes varient d’un individu à l’autre. Ce sont ces variations génétiques, qu’on retrouve parmi les quelque trois milliards de paires de base contenus dans nos gènes, qui permettent de déterminer si quelqu’un a plus de chance de développer le diabète ou s’il a du mal à métaboliser la caféine, par exemple.

Extrait du résumé du rapport que j'ai reçu par courriel après avoir fait le test génétique NutriQx.

À la lecture du rapport de BiogeniQ, j’ai pour ma part appris que mon gène CYP1A2 contenait la variation AC, faisant de moi un métaboliseur intermédiaire de la caféine. Le rapport mentionnait ainsi que les gens comme moi produisaient de plus faibles quantités d’une enzyme responsable de l’élimination de la caféine. La caféine restant plus longtemps dans mon sang à cause de mon ADN, j’aurais plus de risque de souffrir d’hypertension ou de subir un infarctus si je bois trop de Red Bull ou de café.

Je devrais ainsi limiter ma consommation de caféine à 200mg par jour, une limite que dépasse une seule cannette de boisson énergétique de marque AMP, qui en contient 296 mg. La nutritionniste de BiogeniQ à qui j’ai parlé sur Skype m’a aussi appris qu’une tablette de chocolat noir de 100 g pouvait contenir près de 100mg de caféine. Bref, mes collègues avaient raison, mais ils ont été chanceux.

Personne, toutefois, ne m’avait jamais dit que je ne mangeais pas assez de lentilles. Or, BiogeniQ a découvert la présence de la variation AG dans mon gène MTHFR, ce qui fait en sorte que mon métabolisme est moins efficace pour aller chercher le folate dans ce que mange. Cette carence pourrait augmenter mes chances de développer une maladie cardiaque et même d’avoir un accident vasculaire cérébral. Ce n’est pas rien.

Par conséquent, je devrais manger 400 équivalents de folate alimentaire (ÉFA) par jour. Je ne sais pas vraiment de quoi il s’agit, mais on retrouverait environ cette quantité de folate dans 6 asperges cuites et 175 ml de lentilles. La nutritionniste de BiogeniQ, à qui j’ai dit que je mangeais souvent de la salade avec mon sandwich le midi, m’a conseillé d’intégrer dans mon alimentation des salades de lentilles. Bonne idée.

Est-ce que ça en vaut la peine ?

Honnêtement, je suis heureux d’avoir pu faire le test de BiogeniQ, et je suis persuadé que ce genre de tests est l’avenir. J’ai beaucoup apprécié ma consultation avec une nutritionniste, incluse dans le produit NutriQx, qui permet de transformer en actions concrètes le rapport de BiogeniQ.

Toutefois, j’ai moins apprécié le fait que BiogeniQ n’ait pas de portail en ligne, où il serait possible de remplir les formulaires et d’accéder à ses résultats. Ce faisant, il n’y aurait pas eu d’erreur possible dans la transmission de mon rapport par courriel.

Le prix relativement élevé du test NutriQx, qui s’élève à 335$, est un autre point faible. À titre de comparaison, le test de génotypage de l’Américaine 23andMe est vendu au Canada pour 199$. Ce dernier n’inclut pas de consultation avec une nutritionniste, mais ratisse plus large que la nutrition, identifiant des variations ayant une signification en matière de généalogie et de tolérances aux médicaments, entre autres choses.

Le pdg de BiogeniQ, à qui j’ai fait remarquer cette réalité compétitive, fait valoir que les tests de 23andMe ne sont pas aussi précis : « 23andMe utilise une machine qui n’est pas cliniquement approuvée, alors que nous, on fait un test qui est beaucoup plus médical », explique Étienne Crevier.

Le test qui changera tout

Étienne Crevier m’a confié qu’il vise à lancer un test de séquençage du génome complet d’ici 2017. Un tel séquençage, qui a coûté un milliard de dollars à effectuer une première fois en 2003, coûte aujourd’hui entre 1500 $ et 2000 $ et génère un téraoctet de données génétiques par individu. L’avantage de faire un tel test, c’est qu’à mesure que les scientifiques font des découvertes sur le génome humain, les individus porteurs des variations concernées pourraient être informés, et ce, tout au long de leur vie.

Il semble évident qu’il y a des milliards à économiser au niveau du système de santé en utilisant ces données pour faire plus de prévention. Dans les faits, nous devrions tous passer un tel test, qui pourrait ensuite être ajouté à notre dossier médical en ligne, de manière à permettre aux professionnels de la santé de nous offrir des soins plus personnalisés, mais surtout, de faire plus de prévention. Et le plus beau, dans tout ça, c’est qu’en permettant aux scientifiques d’analyser une banque de données liant l’information génétique et médicale de toute une population, le rythme auquel les chercheurs feraient des découvertes accélérerait de manière significative.

La technologie existe déjà et son prix n’est pas prohibitif. En fait, la raison pour laquelle nous n’avons pas tous fait séquencer notre génome est politique. Les politiciens ne bougent pas, les gens craignent la discrimination génétique (un projet de loi sur ce point a d'ailleurs été déposé au fédéral), et les professionnels de la santé ne s’entendent pour savoir qui devrait avoir la responsabilité d’utiliser ces données génétiques.

Pendant qu’on attend, les coûts de santé explosent et on fait une commission parlementaire sur Uber. Oui, la technologie sur laquelle nos politiciens croient bon de se pencher est une app de taxi.

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À propos de ce blogue

DE ZÉRO À UN MILLION est le blogue de Julien Brault, qui a fondé la start-up Hardbacon en juin 2016. L’ancien journaliste de Les Affaires relate ici chaque semaine comment il transforme une idée en entreprise. Dans ce blogue, Julien Brault dévoile notamment chaque semaine ses revenus. Une démarche sans précédent qui est cohérente avec les aspirations de Hardbacon, qui vise à aider les gens à investir intelligemment en faisant voler en éclat le tabou de l’argent. Ce blogue sera ainsi alimenté jusqu’à ce que Hardbacon, qui n’avait aucun revenu lors de la publication du premier billet, génère un million de dollars en revenu annuel.

Julien Brault

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