Invitation au dialogue

Offert par Les Affaires


Édition du 01 Juin 2019

Invitation au dialogue

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Édition du 01 Juin 2019

L’édition 2019 de C2 Mtl a multiplié les formats d’ateliers favorisant le dialogue et le débat. (Photo: Agnieszka S.)

S’il y a une chose sur laquelle on peut s’entendre, c’est qu’il n’est pas toujours facile de s’entendre. Or, le dialogue, dans nos organisations ou avec nos partenaires, est un prérequis fondamental pour faire progresser nos affaires, solutionner les problèmes, briser le moule de nos activités traditionnelles et innover radicalement. En dépit de nos divergences d’opinions, de perspectives, de visions, nous devons être capables de nous écouter et de nous comprendre.

Ce n’est pas gagné. Car si les tribunes pour exprimer nos opinions ne manquent pas, les espaces de dialogue, eux, font cruellement défaut. L’art du débat est véritablement à réapprendre.

Pour son édition 2019, la conférence C2 Montréal semblait s’être donné le mandat d’y contribuer. Le format de plusieurs activités favorisait en effet l’expression et l’écoute d’idées différentes. Parmi ces activités, celle d’Annabel Soutar. Cette spécialiste du théâtre documentaire animait un atelier intitulé L’assemblée, du nom de sa plus récente série de pièces. Un exercice fascinant qui mettait en lumières les obstacles au dialogue constructif.

Laissez-moi vous le raconter. Après un bref brise-glace, les quelques 80 participants de l’atelier ont été invités à rejoindre un des quatre coins de la pièce en fonction de... leurs opinions politiques. Sujet tabou s’il en est ! C2 oblige, l’angle “droite” a attiré deux personnes seulement. La majorité s’était rassemblée dans l’angle “centre-gauche”, tandis que la gauche et le centre-droit comptaient à peu près le même nombre de personnes. Chacun de ces quatre groupes devait ensuite désigner un représentant appelé à monter sur scène pour composer une assemblée éphémère.

Cette première étape s’est déroulée sans trop de heurts. Les participants ont choisi un camp, des candidats se sont manifestés, ils ont été cooptés.

C’est quand l’équipe d’Annabel Soutar leur a exposé l’objet du débat que les choses se sont corsées : le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État. Après avoir écouté la fameuse vidéo de François Legault défendant le projet (“Au Québec, c’est comme ça qu’on vit”), les quatre représentants de l’Assemblée devaient s’entendre sur leur compréhension de la principale préoccupation de François Legault et exprimer d’une même voix leur propre préoccupation principale à l’égard du projet de loi.

Les quatre délégués, issus de familles politiques très distinctes, ont tenté, mais sans succès, de trouver un terrain d’entente. Le reste de la salle a participé au débat, on s’est approché d’un consensus. Mais peu importe. Ce qui était intéressant dans cet exercice étaient les questions soulevées.

Sommes-nous capables d’écouter, et d’écouter activement, même quand nos propres jugements s’en mêlent ? Existe-t-il des forums de débat où nous nous sentons à l’aise d’exprimer nos opinions, surtout si elles sont divergentes ? Est-on prêt à rester dans la salle même quand les idées exprimées nous mettent mal à l’aise ? Avons-nous le courage et l’humilité suffisantes pour exprimer et défendre une position au risque de nous voir étiqueté ?

Annabel Soutar se garde bien de répondre elle-même à ces questions, elle qui dirige les productions Porte Parole joue davantage le rôle d’un vecteur de communication. Mais elle rappelle que ce sont des collisions des différences que nait l’innovation. « Il faut mettre nos différences sur la table. Nous devons prendre le risque d’être différent.»

Julie Cailliau
Éditrice adjointe et rédactrice en chef, Groupe Les Affaires
julie.cailliau@tc.tc
@julie140c

À propos de ce blogue

Julie Cailliau est éditrice adjointe et rédactrice en chef du Groupe Les Affaires, dont l’équipe de journalistes chevronnés publie le journal Les Affaires, le site lesaffaires.com et le magazine Les Affaires Plus. Elle est également présidente du conseil d’administration de la Fondation des prix pour les médias canadiens. Diplômée de l’École supérieure de journalisme de Lille, en France, Julie a pratiqué le métier de journaliste au sein de plusieurs publications françaises et québécoises. Dans une vie précédente, elle a œuvré à titre d’ingénieure en biotechnologies. Son « why », c’est d’apprendre et d’informer afin de nous permettre de faire les bons choix. La prise de conscience de l’urgence environnementale et l’émergence de l’entrepreneuriat social comptent pour elle parmi les tendances les plus réjouissantes actuellement.

Julie Cailliau

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