Bac de récupération

Offert par Les Affaires


Édition du 24 Novembre 2018

Bac de récupération

Offert par Les Affaires


Édition du 24 Novembre 2018

[Photo: 123RF]

Avez-vous vu la nouvelle vidéo de la marque Sodastream ? C'est un long clip (1 min 37), plutôt drôle, qui parodie la publicité iconique de Coca-Cola dans laquelle de jeunes hippies levaient vers le ciel leur petite bouteille rouge en entonnant une ode à l'harmonie sur Terre. Sauf que contrairement aux hippies, les milléniaux pataugent dans les déchets. La publicité les montre entourés d'animaux marins étouffés par le plastique de bouteilles jetables. Ça ne les empêche pas de chanter, optimistes malgré le marasme. Jusqu'à ce qu'arrive une sage tortue : «Combien de bouteilles faudra-t-il pour qu'on en réalise le coût ? Allez, moins de chansons, plus d'actions !»


J'ai vu la pub par hasard sur YouTube. Je me demandais bien quelle organisation environnementale avait les moyens d'une telle production. Jusqu'à ce que la chanteuse principale du clip déboule dans la salle du conseil d'un méchant fabricant de bouteilles jetables, armée d'une bouteille réutilisable de Sodastream. Enfin, le monde était sauvé !


Sodastream fait croisade contre le plastique depuis des années. On doit lui reconnaître sa constance. Cependant, de là à dire que c'est en achetant ses bouteilles et son ensemble de gazéification de boissons qu'on sauvera les océans, ce serait de l'exagération. Voire de la récupération. Et en environnement, on n'a pas besoin de plus de récupération, mais de plus de réduction.


La tortue du clip exprime l'impatience d'un nombre grandissant de personnes : que faut-il pour qu'on passe à l'action ? Des dizaines de milliers de Québécois ont manifesté le 10 novembre pour réclamer qu'on passe du bla-bla (politique ou d'entreprise) aux actes. Pour sauver l'environnement, négocier le virage de l'intelligence artificielle ou concilier les cultures dans une économie globale.


Ce n'est certainement pas une coïncidence si, cet automne, on a vu poindre pas une ni deux, mais trois initiatives marketing pour plus d'impact et de sens. Sept agences québécoises ont lancé le collectif Humanise, décidé à «remettre l'humain au coeur de l'industrie du marketing» et à «oeuvrer à un monde meilleur pour les générations futures». CloudRaker a enregistré le concept de Commerce significatif, parce que «les gens ne veulent pas plus de marketing dans leur vie». Et l'agence de marketing de contenu Republik a annoncé qu'à partir de 2021, elle ne travaillerait plus qu'avec des clients dont le modèle d'affaires génère un impact social ou environnemental positif.


On est des milliards d'humains. Si on pousse tous dans le même sens, on finira bien par faire quelque chose de bon.


Julie Cailliau
Éditrice adjointe et rédactrice en chef, Groupe Les Affaires
julie.cailliau@tc.tc
@julie140c

À propos de ce blogue

Julie Cailliau est éditrice adjointe et rédactrice en chef du Groupe Les Affaires, dont l’équipe de journalistes chevronnés publie le journal Les Affaires, le site lesaffaires.com et le magazine Les Affaires Plus. Elle est également présidente du conseil d’administration de la Fondation des prix pour les médias canadiens. Diplômée de l’École supérieure de journalisme de Lille, en France, Julie a pratiqué le métier de journaliste au sein de plusieurs publications françaises et québécoises. Dans une vie précédente, elle a œuvré à titre d’ingénieure en biotechnologies. Son « why », c’est d’apprendre et d’informer afin de nous permettre de faire les bons choix. La prise de conscience de l’urgence environnementale et l’émergence de l’entrepreneuriat social comptent pour elle parmi les tendances les plus réjouissantes actuellement.

Julie Cailliau

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