L’étalement urbain est une mode

Publié le 06/07/2022 à 12:32

L’étalement urbain est une mode

Publié le 06/07/2022 à 12:32

Des citoyens ont souvent peur que la densification de leur quartier fasse baisser la valeur de leur demeure. Pourtant c’est l’inverse qui se produit. (Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. La densification et son opposé, l’étalement urbain, suscitent des débats tranchants. Lorsque le ministre François Bonnardel a déclaré que la densification est une mode, plusieurs maires ont exprimé leur désaccord.

Le 6 juin 2022, le gouvernement du Québec a publié sa politique nationale de l’architecture et de l’aménagement du territoire (PNAAT). Ce document met en évidence l’importance de lutter contre les changements climatiques et l’étalement urbain. Ce rapport est un plaidoyer en faveur de bien densifier partout au Québec.

«Il importe de respecter les diverses réalités qui composent le Québec: des milieux urbains ou ruraux, des grands centres, des municipalités de petite taille, des cœurs de villages ou encore des régions éloignées, explique Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l’Habitation. Ce schéma constitue, en matière d’aménagement du territoire, le carrefour entre le gouvernement, les MRC et les municipalités locales.»

Le gouvernement désire orienter le développement vers des milieux déjà dotés d’infrastructures et de services publics. On va enfin cesser la destruction de milieux naturels et de terres agricoles. Un habitant des couronnes éloignées émet 2,5 fois plus de gaz à effet de serre (GES) qu’un résident du Plateau Mont-Royal, selon les données de l’organisme Vivre en Ville. Pour les municipalités, l’étalement urbain coûte environ deux fois plus cher par unité d’habitation. 

De manière générale, la PNAAT a reçu un accueil favorable. L’Ordre des urbanistes du Québec (OUQ) souligne que la PNAAT constitue une base solide sur laquelle travailler:

● La reconnaissance de l’apport essentiel de l’aménagement du territoire pour réduire les émissions de GES et s’adapter aux bouleversements climatiques

● La priorisation de la consolidation et de la densification des secteurs déjà urbanisés ainsi que la préservation des milieux naturels et des terres agricoles

● La volonté de créer des milieux de vie complets, basés sur les notions de compacité, de densité, de proximité des services et de qualité des espaces publics

● La place de premier plan des centralités tels les centres-villes, les cœurs de quartier et les noyaux villageois

● L’affirmation de la nécessité d’une planification intégrée de l’aménagement du territoire et des transports, afin de réduire les distances à parcourir et de faciliter l’utilisation des transports actifs et collectifs

● Un parti pris pour des choix éclairés en aménagement, basés sur les données, l’expertise et un suivi rigoureux de la planification

«  Pour la première fois, le Québec se dote d’une vision d’ensemble qui guidera dorénavant ses actions vis-à-vis le territoire, mentionne Sylvain Gariépy, président de l’OUQ. Plusieurs préoccupations de l’OUQ y trouvent un écho dont la nécessité de contrer l’étalement urbain, de prioriser la création de milieux de vie complets et compacts, et la reconnaissance que les actions de l’État doivent contribuer à un aménagement du territoire durable et de qualité.»

 

Mise en œuvre

La prochaine étape est d’élaborer des engagements concrets et des objectifs chiffrés. La publication d’un plan de mise en œuvre est prévue pour l’hiver 2023. Bref, «les vraies décisions restent à prendre», comme a souligné l’organisme Vivre en Ville.

En 2011, les 82 municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal se sont entendues sur un plan métropolitain d’aménagement et de développement du Grand Montréal (PMAD), proposant une vision concertée pour créer des milieux de vie attrayants et dynamiques, aménagés selon les principes de développement durable. Les résultats ont dépassé les objectifs fixés initialement.

Des TOD (Transit-Oriented Development) ont poussé comme des champignons et, pour les nouvelles constructions, la proportion de maisons unifamiliales a baissé drastiquement. Espérons que le PNAAT aura autant de succès sur l’ensemble du Québec que le PMAD a eu pour le Grand Montréal.

Pour des projets de densification, l’acceptabilité sociale est parfois difficile à obtenir. Le phénomène du «pas dans ma cour» peut faire dérailler un projet. Les élus doivent être en mesure de bien expliquer les besoins et les avantages de la densification à leur population.

Des citoyens ont souvent peur que la densification de leur quartier fasse baisser la valeur de leur demeure. Pourtant c’est l’inverse qui se produit.

Il faut construire plus de logements pour répondre à une diversité de besoins. La SCHL estime qu’il est souhaitable de doubler le rythme de constructions neuves par an, soit 620 000 logements au Québec d’ici 2030. On n’a pas le choix. Il est crucial de bien planifier cette densification.

 

Exemples de densification 

● ajout de multiplex et de multilogements

● ajout de tours d’habitation

● transformation d’un immeuble commercial ou industriel en logements

● subdivision d’une unifamiliale ou d’un logement

● construction d’une unité d’habitation accessoire

● maison intergénérationnelle

● conversion d’un sous-sol en un appartement

 

Suggestions 

● libéralisation du zonage municipal

● simplifier et accélérer l’approbation de projets de construction

● réviser la fiscalité municipale, car les municipalités sont trop dépendantes des taxes foncières

● permettre aux architectes d’être encore plus créatifs

● prêts du provincial pour la revitalisation de certains centres-villes

● permettre des dérogations pour des projets pilotes innovateurs

● remplacer le processus de blocage (référendum) par un autre type de participation plus démocratique

 

Je vous invite à consulter mes articles précédents.

À propos de ce blogue

Courtier immobilier chez KW Connexion, Jean Sasseville aide des investisseurs immobiliers. Actuaire fellow de formation, il a œuvré dans le domaine de l’assurance à Montréal et en Europe. Jean Sasseville a été chargé de cours en actuariat à l’Université du Québec à Montréal. L’immobilier est sa passion et il partage ses conseils et points de vue régulièrement aux lecteurs de «Les Affaires».

Jean Sasseville

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