Comment réduire l'impact du commerce électronique sur les GES

Publié le 05/08/2019 à 07:00

Comment réduire l'impact du commerce électronique sur les GES

Publié le 05/08/2019 à 07:00

La Roue Libre fait partie des organisations qui proposent des solutions de livraison plus vertes (Photo: tirée du site)

D’un inventaire à l’autre, on ne cesse de constater l’apport croissant du transport des marchandises à la croissance des émissions de GES au Québec et ailleurs. Depuis 1990, au Québec, les émissions provenant des véhicules lourds ont d’ailleurs augmenté de 171 %.

Au milieu des années 1990, ça s’est expliqué par l’avènement de la technique juste à temps qui a comme objectif de réduire les coûts d’entreposage: on produit, on livre. Cette réduction de coût s’est effectuée au prix d’une augmentation importante du camionnage sur les routes et des émissions de GES.

Aujourd’hui, c’est la montée en puissance du commerce électronique qui inquiète

Au total, ce sont 200 millions de tonnes de marchandises qui sont transportées au Québec par année, dont 92 millions de tonnes à Montréal qui exigent environ 10 millions de trajets de camion par année.

On parle beaucoup des effets pervers du commerce électronique. La livraison des colis implique des stationnements en parallèle et une hausse de la congestion, des dangers pour les piétons et évidemment, une augmentation des émissions de GES et de la pollution atmosphérique. En réfléchissant aux enjeux associés au transport de ces colis, je me suis demandé si des entreprises se distinguent par leur façon de faire avec pour objectif d’adoucir les impacts du transport des marchandises.

Les acteurs ne manquent pas. Ils sont gros. Ils sont connus. Purolator, UPS, FedEx, Dicom, Postes Canada, etc. J’ai eu beau chercher parmi ces derniers, un joueur ayant adopté une politique et des moyens d’adoucir les impacts de ses allers-retours, je n’ai rien trouvé de marquant.

Peut-on découpler commerce électronique et croissance des GES?

Par contre, une recherche du côté européen nous enseigne que de plus en plus de joueurs adoptent des façons de faire innovantes pour réduire les nuisances associées à leurs activités. Le transporteur français Vert chez vous est représentatif d’une certaine tendance remarquée en Europe, et provoquée notamment pas des pouvoirs publics qui restreignent de plus en plus et de toutes sortes de façons la circulation des camions de livraison dans les centres-villes.

Vert chez vous propose des modes de livraison plus doux. Concrètement, dans un rayon de 130 km de votre entreprise, on livrera vos marchandises chez vos clients en vélo électrique, en vélo-cargo électriques ou en petits camions électriques.

On ne voit pas encore EBay ou Amazone offrir l’option «livraison verte» pour les paniers que l’on commande chez eux. Ceci n’empêche toutefois pas certaines entreprises québécoises d’offrir cette possibilité à leurs clients.

À Montréal, par exemple, les entreprises Roue Libre, Courrier plus et LVM offrent à leurs clients de livrer des colis qui peuvent même peser plus de 350 livres au moyen de vélos-cargo électriques et de remorques sans participer à la congestion routière, sans émissions de GES ou autres, sans bruit, dans le même temps et, ce qui étonne, au même prix qu’avec l’utilisation de véhicules traditionnels.

Comment Vert chez vous peut-il livrer au même prix que les entreprises spécialisées traditionnelles?

Simplement parce que la livraison de colis suivant le mode traditionnel est incroyablement inefficace. On mobilise souvent de gros équipement coûteux et son chauffeur que l’on coince dans le trafic, pour livrer la plupart du temps un colis peu volumineux et pas très lourd. Combien de fois avez-vous vu en plein centre-ville un camion Purolator ou Fedex stationné en double file, pour que son chauffeur puisse aller livrer une petite enveloppe au sommet d’une tour à bureau pendant que le moteur tourne? En comparaison, le vélo-cargo représente un petit investissement et son chauffeur passe beaucoup moins de temps coincé dans le trafic. Vu sous cet angle, on peut comprendre que dans un rayon assez large le vélo soit compétitif.

Voilà, en plus, un moyen de vous distinguer de vos compétiteurs! C’est ce qu’ont choisi de faire des entreprises offrant toutes sortes de produits très variés (outils, livres, repas, médicaments) comme Endy (matelas), BKind (produits de beauté) Camellia Simensis (thé) et Kittel (café). Après avoir revu leurs processus de production pour réduire leurs déchets et recycler le plus possible, ces entreprises ont poursuivi leur réflexion sur les moyens à mettre en œuvre pour réduire leur impact environnemental. Elles sont vite arrivées au constat que le transport de leurs produits constituait un enjeu environnemental non-négligeable.

Le commerce électronique continuera à croître. Toutefois, les consommateurs sont de plus en plus conscients des impacts environnementaux de leurs choix. À mesure que le choix leur sera offert de faire transporter les objets qu’ils désirent de façon environnementalement souhaitable à un coût similaire, ils transiteront vers ce nouveau mode de transport. Les autres acteurs économiques n’auront d’autre choix que de s’y adapter.

On verra probablement un jour les EBay et Amazone offrir de telles possibilités à leurs clients. Pourquoi ne pas prendre les devants pendant qu’il en est encore temps et ainsi se démarquer face aux entreprises plus conservatrices? Contrairement aux drones, ce service est déjà potentiellement accessible à tous.

Évidemment, les réductions de GES dans le transport des marchandises ne peuvent pas dépendre que d’une augmentation de l’utilisation de vélos et de véhicules électriques. Il y a beaucoup à faire en logistique. Nous y reviendrons dans une prochaine chronique.

À propos de ce blogue

Jean Nolet est PDG de la Coop Carbone, une coopérative de solidarité qui contribue à la lutte aux changements climatiques en appuyant la mise en œuvre de projets collaboratifs. Chaque mois, la chronique «Climat positif» présentera des initiatives déployées par des entreprises, québécoises et étrangères, pour réduire l’empreinte carbone issue de leurs activités directes et indirectes. Ces initiatives seront choisies pour leur caractère reproductible.

Jean Nolet