La revanche de la ruralité?

Offert par Les Affaires


Édition du 10 Février 2021

La revanche de la ruralité?

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Édition du 10 Février 2021

(Photo: Nikhil Mitra pour Unsplash)

CHRONIQUE. Les régions rurales ont souvent été le parent pauvre du développement économique et social au Québec. On s’y intéresse uniquement pour les ressources naturelles ou touristiques, mais, sinon, elles paraissent, au coeur du pouvoir, distantes et dignes de peu d’intérêt. De fait, les femmes et les hommes qui y habitent se sentent trop souvent, depuis trop longtemps, loin des centres économiques et politiques du Économiste pays que sont Montréal, Toronto, Ottawa ou Québec. Littéralement, bien sûr, nous habitons un vaste pays, mais, surtout, symboliquement.

Disons-le franchement: les principaux décideurs s’intéressent très peu aux régions rurales du Québec et les connaissent aussi peu, à moins qu’elles ne servent leurs intérêts économiques ou politiques. Pourtant, elles ont été fondamentales au développement économique, social et culturel de notre coin de planète depuis les premières heures de la colonisation.

Sans minimiser le rôle de Montréal, Québec, Trois-Rivières ou Sherbrooke, les régions dites «ressources»ont été le moteur économique du Québec pendant des siècles.

On les a toutefois délaissées avec le temps, en grande partie. Malgré tous les plans de développement régional, peu a été fait. Du coup, leurs économies locales ont largement décliné, tout comme leur population. On a fermé un grand nombre d’antennes régionales d’organismes publics, de la santé au développement économique. La population est vieillissante. J’ai souvenir d’une conférence à Percé, il y a quelques années, où une participante avait dit: «Notre région est devenue un vaste mouroir.» Mouvement de fond se pourrait-il que la pandémie fasse en sorte que les régions rurales renaissent ? Nul ne peut prédire l’avenir, bien sûr.

Depuis que nous vivons cette situation inédite, il semble y a voir un mouvement de fond. C’est anecdotique, mais je constate dans mes réseaux qu’un bon nombre de trentenaires ont choisi de quitter les villes pour s’établir à la campagne. En réalité, ce n’est pas si anecdotique que ça. Les dernières données de l’Institut de la statistique du Québec le montrent également. Pour la première fois depuis très longtemps, le solde migratoire de plusieurs régions du Québec est positif. C’est-à-dire qu’elles accueillent davantage de nouvelles familles qu’elles n’en perdent.

En fait, c’est le cas d’à peu près toutes les régions, sauf des grandes villes ! Compte tenu de l’effondrement des secteurs économiques phares dans ces régions — tourisme, ressources naturelles — à cause de la pandémie, c’est majeur. Malgré le peu de services publics qui les desservent, malgré les transports interrégionaux qui sont de moins en moins présents, pandémie ou pas, l’attrait des familles québécoises pour elles montre qu’elles ont un avenir devant elles. Et que cet avenir peut être très enthousiasmant.

Cela participe, à mon avis, d’un mouvement de fond, chez nous comme ailleurs. Le désir de retrouver l’authenticité. À preuve, la multiplication, depuis 10 ou 20 ans, des petites entreprises, notamment dans l’agroalimentaire, partout sur le territoire. Des dizaines d’artisans fromagers, de microbrasseries, de distillateurs de gin, de transformateurs des produits de la mer ou des champs foisonnent partout.

Il y aura même, dans les prochains mois, la venue d’un nouveau transporteur aérien, sous le mode coopératif, qui est l’un des piliers historiques du développement économique régional du Québec. Il est toujours présomptueux de prédire l’avenir. J’ai toutefois l’intuition que nous pouvons, collectivement, développer en même temps le REM et soutenir la production de produits du terroir ou d’événements culturels en région rurale. Peut-être que la pandémie nous aura permis d’en prendre conscience de manière plus vive.

À propos de ce blogue

Le monde et les temps changent. Rapidement. Le monde industriel se transforme à grande vitesse. Les régions se réinventent. Notre rapport au temps et à l’espace se bouscule très rapidement. Pour le comprendre, il faut souvent un pas de recul. C’est ce que propose cette chronique : ancrée dans l’actualité tout en portant un regard vers l’histoire qui n’est rien d’autre que notre futur. Depuis plus de 25 ans, l’économiste indépendant Ianik Marcil analyse les transformations industrielles et documente leurs impacts sur nos communautés. Ceux-ci sont multiples : économiques, bien sûr, mais aussi sociaux, environnementaux et même culturels. Sa chronique souhaite ouvrir nos horizons sur ces nouvelles réalités changeantes.

Ianik Marcil

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