Vendre un de ses enfants pour nourrir sa famille

Offert par Les Affaires


Édition du 19 Janvier 2022

Vendre un de ses enfants pour nourrir sa famille

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Édition du 19 Janvier 2022

Selon Statistique Canada, près de 2,1 millions de ménages canadiens ont vécu de l'insécurité alimentaire en avril 2020. (Photo: 123RF)

CHRONIQUE. Il y a quelques semaines, j’ai fait une épicerie de 136 $. Rien d’extravagant, compte tenu du prix des aliments. Tout de même, il est nécessaire de travailler quelques heures pour recevoir ce montant pour la moyenne des travailleuses et travailleurs. 

Pendant ce temps, Bibi (prénom modifié), une femme afghane, a vendu l’un de ses jumeaux, âgé de quatre mois, pour à peu près la même somme. Poussée par la famine qui sévit dans son pays, elle souhaitait arriver à nourrir le reste de sa famille, probablement pour environ un mois. Je n’invente malheureusement pas cette histoire, qui est réelle et qui a été publiée par le quotidien britannique The Sun. 

Évidemment, tout ça est en grande partie causé par le retour au pouvoir des sinistres talibans. Cette tragédie est très parlante sur les grands écarts de richesse qui subsistent sur la planète. Au moment où je payais sans souci mon épicerie, une famille pauvre devait littéralement vendre son enfant pour la même somme. C’est tout de même insensé. 

Évidemment, une telle situation n’existerait pas au Canada. Elle serait de toute manière criminelle et des institutions viendraient en aide à une famille dans une telle détresse. Mais on peut faire certains parallèles, même s’ils sont imparfaits. 

Bien sûr, ce sont des problèmes complexes. Il n’en demeure pas moins que dans un des pays les plus riches du monde et de l’histoire, il y a des milliers de personnes qui n’ont pas de toit et des centaines de milliers d’enfants qui ne mangent pas à leur faim. 

Maintenant qu’on s’est indigné de cette situation, on fait quoi ? 

Bien sûr, on peut militer pour que notre tissu social se resserre davantage, je suis le premier à le préconiser. Mais l’histoire économique et sociale a montré que ce n’est jamais suffisant. On « échappe » toujours des gens. 

Une solution (pas la seule, bien sûre) est de resserrer les coudes de notre solidarité collective, sans tomber dans la mièvrerie. L’exemple pourrait venir de petites collectivités. J’habite un village d’un peu plus de 1000 ménages. Sans prétendre que tout le monde se connaît, tout le monde est lié à un ou à deux degrés de séparation avec les autres. Si une famille est dans la misère, une corvée se mettra en place spontanément, si ce n’est pas la secrétaire du conseil municipal qui alertera les citoyens. 

Ce n’est pas idyllique, ni à l’image d’un âge d’or campagnard, qui n’a jamais existé par ailleurs. Mais l’esprit communautaire et d’entraide est réel. Je ne crois pas que ce soit parce que j’habite à la campagne. C’est davantage une question de proximité et d’attachement, souvent générationnel, à ce que nous sommes et à l’endroit où nous habitons. Il est tout à fait possible de susciter la même chose dans les grandes villes. 

Ici, jamais Bibi n’aurait pu même penser sacrifier un de ses enfants, même s’il ne mange pas à sa faim. Qu’attendons-nous, concrètement, pour contribuer à ce que ça ne se passe pas dans toutes nos collectivités, même en ville ?

À propos de ce blogue

Le monde et les temps changent. Rapidement. Le monde industriel se transforme à grande vitesse. Les régions se réinventent. Notre rapport au temps et à l’espace se bouscule très rapidement. Pour le comprendre, il faut souvent un pas de recul. C’est ce que propose cette chronique : ancrée dans l’actualité tout en portant un regard vers l’histoire qui n’est rien d’autre que notre futur. Depuis plus de 25 ans, l’économiste indépendant Ianik Marcil analyse les transformations industrielles et documente leurs impacts sur nos communautés. Ceux-ci sont multiples : économiques, bien sûr, mais aussi sociaux, environnementaux et même culturels. Sa chronique souhaite ouvrir nos horizons sur ces nouvelles réalités changeantes.

Ianik Marcil

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