Usines et richesse

Offert par Les Affaires


Édition du 09 Mai 2015

Usines et richesse

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Édition du 09 Mai 2015

Il y a quelques semaines, j'ai reçu une invitation qui fait changement. J'ai été invitée ni à une conférence ni à une remise de prix, ni à un gala. Non, j'ai plutôt été invitée à visiter, le 9 avril, l'usine du premier fabricant de vêtements pour hommes en Amérique du Nord : celle de Vêtements Peerless. Cette usine est classée dans le top 10 des usines les plus importantes de Montréal, avec 1 100 employés.

Sur trois étages, les employés de 40 nationalités différentes s'affairaient à couper, coudre, assembler et repasser des vêtements qui seront vendus au Canada et aux États-Unis sous des marques comme Calvin Klein et Ralph Lauren. «L'usine fabrique 6 000 vestes et 7 000 pantalons par semaine», m'a dit Louis Arsenault, directeur des ressources humaines, en m'accompagnant parmi les piles de tissus.

Ma question était facile à deviner : «Comment une usine au Québec peut-elle être encore rentable face à l'Asie ?» Tout est une affaire de stratégie, m'a répondu M. Arsenault. Au début des années 2000, Peerless a implanté le système SAP. Aujourd'hui, grâce à cette technologie, l'entreprise est en mesure de gérer ses stocks de produits directement dans les aires de vente de ses clients, comme Macy's et Kohl's. Ce système génère des commandes qui permettent de remettre à niveau les stocks des magasins dans un délai de 48 à 72 heures. Pour que cela soit possible, la production doit être locale afin d'assurer des livraisons fréquentes et rapides.

Bien sûr, Peerless affronte son lot de défis. L'industrie manufacturière québécoise peine à se remettre de la crise financière de 2008. Les ventes du secteur ont chuté de 13 % en 2009, selon l'Institut de la statistique du Québec, et ne sont toujours pas revenues au niveau d'avant-crise.

Doit-on se préoccuper du déclin du secteur manufacturier ? Oui ! a répondu d'emblée François Olivier, pdg de TC Transcontinental (propriétaire de Les Affaires) à la tribune du Cercle canadien, le 27 avril dernier. Pourquoi ? «À mon humble avis, c'est fondamental. Ça crée des emplois de qualité et à long terme.» En effet, une usine embauche souvent des travailleurs à temps plein, qui sont en moyenne mieux rémunérés que ceux de l'industrie des services. Enfin, c'est aussi un moyen de soutenir les régions, a expliqué M. Olivier, dont l'entreprise est active dans les secteurs de l'impression, de l'emballage souple et des médias. TC Transcontinental exploite 24 usines d'impression en Amérique du Nord, dont 10 au Québec. Ces dernières emploient près de 2 000 personnes.

Il faut savoir qu'en 2014, le secteur de la fabrication comptait 490 000 emplois au Québec. C'est 12 % de l'emploi total. Ce n'est pas rien, et il est bon de s'en préoccuper.

Géraldine Martin
Éditrice adjointe et rédactrice en chef,
Groupe Les Affaires
geraldine.martin@tc.tc

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