Un samedi à l'ambassade Bitcoin


Édition du 21 Décembre 2013

Un samedi à l'ambassade Bitcoin


Édition du 21 Décembre 2013

Un samedi après-midi, où il gèle à pierre fendre. Pas dans l'ambassade Bitcoin, toutefois, où au moins 150 passionnés ont échangé et spéculé sur l'avenir de l'unité virtuelle.

Située boulevard Saint-Laurent à Montréal, l'ambassade est une création unique au monde, qui pourrait cependant prochainement faire des petits. Il y a entre autres un projet à Tel-Aviv.

«Nous faisons la promotion du Bitcoin pour qu'il soit adopté. On veut notamment l'expliquer aux banques, aux régulateurs et aux individus», dira à tous le fondateur, Jean-Marc Jacobson.

Même discours chez le directeur exécutif, Guillaume Babin-Tremblay, qui précisera que l'organisme est à but non lucratif. Tout comme son patron, il est partisan de l'unité depuis quelques années. Vers 2009, il a acheté ses Bitcoins 2 $ en se disant : «ce serait le fun si, dans cinq ans, ils valaient 25 $». Le cours est aujourd'hui à 685 $. Il avait touché 1 200 $ US la semaine précédente, tout juste avant que la Chine n'interdise à ses banques et à Baidu, un moteur de recherche chinois, de l'utiliser. Quand on lui dit qu'il a dû en convertir une partie et qu'il est aujourd'hui millionnaire, il répond par un sourire. «Les gens qui ont du Bitcoin ont intérêt à ce qu'il soit adopté», dit-il, en précisant qu'il veut aussi que tous puissent, un jour, négocier sans frais d'intermédiaire, d'ordinateur à ordinateur.

En aucun temps les dirigeants ne tenteront de faire la promotion du cours du Bitcoin. La force de son envolée semblera plutôt un peu agacer. M. Jacobson affirmera même que l'engouement est trop fort et que, pour monsieur Tout-le-monde, il y a actuellement un haut risque de perdre de l'argent.

Qu'est-ce que le Bitcoin ?

C'est une création virtuelle dont l'artisan n'est connu que sous un pseudonyme : Satoshi Nakamoto. On compte actuellement environ 12 millions d'unités en circulation (fractionnables en Satochi : 1 pour 100 millions). Le nombre devrait augmenter graduellement pour atteindre 21 millions en 2140.

Le Bitcoin a-t-il de l'avenir ?

C'est la grande question.

Certains n'y voient que de l'air. Cette devise n'est fondée sur aucune économie et ne bénéficie du soutien d'aucune banque centrale pour tenter d'influencer son cours. Rien, une pure fiction.

Les partisans du Bitcoin y voient plutôt un intermédiaire d'échange plus fiable à long terme que les devises, puisqu'il n'est pas soumis à la planche à imprimer des banques centrales, une planche qui vient diluer le pouvoir d'achat. Ils y voient aussi une solution moderne d'échange nettement plus pratique que l'or ou l'argent. À l'état brut, ces métaux n'ont pas la valeur qu'on leur accorde, font-ils valoir. Cette valeur supérieure aux autres métaux ne repose que sur une notion : la confiance universelle. Elle manque encore au Bitcoin, mais elle est en train de se bâtir.

Le débat

On a dès le départ fait connaître nos doutes sur le Bitcoin, ce qui a donné lieu à un échange fort intéressant avec plusieurs participants.

- Une devise est un intermédiaire de marché, qui doit être neutre à long terme dans les échanges. Comment peut-on vraiment espérer que le Bitcoin soit adopté alors qu'il affiche une énorme volatilité (de 1 200 $ US à 660 $ US il y a deux semaines, lors de l'annonce d'un refroidissement chinois à l'égard de la devise) ? Il faut une plus grande stabilité pour que le monde financier embarque dans le projet.

Réplique d'un participant : le Bitcoin n'est qu'en processus d'acquisition de sa véritable valeur. Sa volatilité diminue. En 2011, il était parti de 32 $ US à 2 $ US, une chute de 93 %. En avril 2013, il est passé de 266 $ US à 60 $ US, une dégringolade de 77 %. La dernière glissade n'a été que de 45 %.

- Humm, supposons qu'il y a maintenant plusieurs nouvelles devises virtuelles en éclosion. Le Litecoin, le Primecoin, le Gridcoin, etc. Toutes ces devises ne risquent-elles pas de se concurrencer entre elles, et de faire en sorte qu'au final il y aura dilution, et que tout échouera ?

Réplique d'un participant : à part le Litecoin (développé ici à Montréal et que certains disent être au Bitcoin ce que l'argent est à l'or), les autres monnaies ne fonctionneront pas. Beaucoup spéculent, mais il n'y aura qu'une ou deux grandes monnaies virtuelles qui obtiendront suffisamment la confiance du public pour faire leur chemin. Si les gens hésitent pour le Bitcoin, ils hésiteront encore plus pour les autres.

- D'accord, disons que l'on suit. Merrill Lynch estime que la valeur fondamentale du Bitcoin devrait se situer à environ 1 300 $ US, mais seulement une fois qu'il se sera établi comme un intermédiaire majeur dans le commerce électronique et qu'il aura acquis une solide réputation comme réserve de valeur (un peu comme l'or et l'argent). On est à des lunes d'une telle situation, et l'unité est déjà à 660 $ US. C'est nettement trop tôt.

Réplique d'un participant : même si Merrill Lynch avait raison pour la valeur (et je ne concède pas là-dessus, on peut utiliser d'autres hypothèses que les leurs), le Bitcoin ne disparaîtra pas. Il est la seule unité qui permettra de transférer de l'argent d'ordinateur à ordinateur. Plus besoin de passer par la Western Union pour transférer de l'argent à un proche ou de payer des frais bancaires pour des transactions.

Conclusion

Force est de constater que les partisans du Bitcoin ne manquent pas d'arguments. Personnellement, on n'y croit toujours pas. Simplement parce que l'excès spéculatif se conclut généralement dans la débandade. Mais il sera intéressant de voir. Au Canada, il est possible de suivre le cours du Bitcoin, d'en acheter ou d'en vendre, sur cavirtex.com.

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

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