"Twist again": temps d'arrêter la danse

Publié le 20/06/2012 à 20:52, mis à jour le 21/06/2012 à 06:33

"Twist again": temps d'arrêter la danse

Publié le 20/06/2012 à 20:52, mis à jour le 21/06/2012 à 06:33

Le président de la Réserve fédérale américaine (Fed) Ben Bernanke. [Photo : Bloomberg]

BLOGUE. La Réserve fédérale américaine prolongera jusqu'à la fin de l'année son opération Twist. L'institution entrouvre la porte à plus d'action si nécessaire. Souhaitons qu'elle s'en garde.

L'opération Twist devait normalement s'arrêter à la fin du mois. La Fed continuera plutôt à vendre pour 267 G$ US d'obligations à court terme (moins de trois ans) et de racheter avec ce produit des obligations à long terme (plus de six ans). À ce moment, elle n'aura plus d'obligations court terme sous la main.

L'exercice vise à maintenir bas les taux d'intérêt à long terme afin de stimuler l'investissement et tenter de redonner plus de vigueur à une économie qui a de la misère à reprendre son allant.

Un certain nombre d'économistes auraient aimé voir la Fed intervenir avec plus de vigueur et imprimer de l'argent pour encore davantage stimuler l'économie.

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La chose n'est pas écartée, comme en fait montre le communiqué de presse de l'organisation qui indique qu'elle est prête à prendre des actions supplémentaires pour épauler une reprise plus forte.

C'est dommage. En conférence de presse, Ben Bernanke n'a pas caché que la politique monétaire n'était pas une panacée. Il a en outre estimé qu'elle ne pouvait à elle seule solutionner les problèmes économiques.

Tant qu'à s'avancer sur ce terrain, il aurait plutôt été souhaitable que la Fed énonce que ses interventions dans l'économie américaine arrivaient à la limite de sa volonté d'accompagnement et que le dernier chapitre de l'opération Twist marquerait vraisemblablement la dernière de ses interventions proactives.

Les cours boursiers auraient peut-être reculé pour un temps, mais on aurait enfin mis la table pour une véritable reprise.

La difficulté actuelle de l'économie américaine vient du fait que les entreprises hésitent à aller de l'avant avec certains projets sachant fort bien que l'économie est sous l'emprise de trop de stimulus (interventions de la Fed, déficit du gouvernement US à 10% du PIB). Dans les reprises précédentes, le secteur privé américain avait à ce stade-ci récupéré tous les emplois perdus lors d'une récession. Or, il n'en a jusqu'à maintenant récupéré que la moitié, illustre notamment CIBC Marchés mondiaux.

Ajouter de nouveaux stimulus ne fera que compliquer les choses et accentuer le cercle vicieux du "je-n'investis-pas-parce-que-cette-économie-tourne-trop-artificiellement".

De passage à Montréal, l'ancien président de la Fed, Alan Greenspan, estimait lui aussi la semaine dernière que s'il est une chose qui pourrait aider l'économie américaine, c'était de "faire moins".

Monsieur Greenspan a commis quelques erreurs dans le passé, et n'est pas sans contribution aux difficultés économiques actuelles. Il a notamment trop fortement baissé les taux d'intérêt.

C'est justement ce qui fait que l'on devrait davantage prêter oreille lorsqu'il parle d'excès.

 

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

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