Réfugiés: autre coup dur au cadre financier Trudeau

Publié le 24/11/2015 à 19:55

Réfugiés: autre coup dur au cadre financier Trudeau

Publié le 24/11/2015 à 19:55

Photo: Bloomberg

Il y a de ces périodes où le puck ne roule pas pour nous. C'est le cas du nouveau gouvernement à Ottawa, qui, après avoir vu son cadre financier électoral mis KO il y a quelques jours, fait cette fois face à des calculs sur l'accueil des réfugiés en complète déconnexion avec ce qui était initialement prévu.


Les documents sur le plan d'accueil dévoilé mardi indiquent que l'opération humanitaire devrait coûter entre 564 et 678 M$ sur six ans.


Le cadre financier du PLC prévoyait plutôt qu'il en coûterait 100 M$ au fédéral la première année, 50 M$ la seconde, puis, plus rien.


C'est un écart de 400 à 500 M$ par rapport aux prévisions initiales.


Ces nouvelles dépenses arrivent alors que le gouvernement vient de constater que son cadre financier électoral ne fonctionne plus, en raison d'une croissance économique qui sera plus faible que prévu.


À l'an 4, le cadre libéral s'appuyait sur un surplus prévu de 7,8 G$ du gouvernement conservateur. Lors de la mise à jour économique de vendredi, ce surplus s'est transformé en un déficit de 6 G $. Ce qui signifie qu'Ottawa est dans le trouble pour 13 G$ qui devront être résorbés dans le temps si l'on veut arriver à l'équilibre.


Le nouveau ministre des finances, Bill Morneau, a réitéré son intention d'atteindre l'équilibre budgétaire sur l'horizon 2019-20, mais a du même souffle indiqué que tous les engagements électoraux allaient être maintenus. Si bien que la façon dont s'effectuera le renflouement (coupes ailleurs dans l'appareil ou hausse d'impôt) est toujours inconnue.


Le dépassement de coûts associé à l'accueil des réfugiés syriens n'est pas en soi financièrement mortel. Le gros des dépenses n'est pas récurrent et surviendra apparemment principalement dans les deux premières années. Ottawa pourrait simplement décider de le laisser aller à la dette. Il ne cause pas de véritable problème supplémentaire sur l'objectif d'équilibre à l'an 4. Avec le relativement faible taux d'endettement du pays, il n'y aurait pas d'impact pour les finances publiques.


Se présentent quand même une question et un constat.


-La question: la somme de 564 à 678 M$ n'inclut pas les coûts qui devront être assumés par les provinces. Y a-t-il des provinces qui demanderont à être indemnisées de ces coûts supplémentaires? Et, si oui, Ottawa est-il prêt à les indemniser et à alourdir encore les déficits de 15G $ l'an prochain et de 17 G$ la suivante que les nouveaux cadres financiers intégrés laissent présager?


-Le constat: l'affaire vient une nouvelle fois mettre en lumière que les cadres financiers des partis politiques en campagnes électorales ont malheureusement tendance à sous-estimer les coûts et surestimer les gains. Pour cette fois, c'est le PLC qui paraît mal.


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À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot
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