Pouliot - Le Mouvement Desjardins perd-il son âme?

Publié le 08/03/2013 à 09:24, mis à jour le 08/03/2013 à 14:46

Pouliot - Le Mouvement Desjardins perd-il son âme?

Publié le 08/03/2013 à 09:24, mis à jour le 08/03/2013 à 14:46

Le point majeur de monsieur Michaud

Passons maintenant au point le plus intéressant de la charge de monsieur Michaud. Celui où il reproche à Desjardins de se comporter philosophiquement de plus en plus comme les banques.

Il n'est pas seul à penser ainsi. Encore récemment, lors d'un souper avec des amis, Desjardins était la cible de quelques attaques, la plupart lui reprochant de faillir à sa mission.

Certains racontaient notamment qu'il avait été plus facile pour eux de se financer avec telle banque, expliquant que les caisses n'étaient pas disposées à courir de plus grand risques que les autres et à prêter à de meilleurs taux. N'est-ce pas ce qui était l'essence même de la philosophie initiale d'Alphonse Desjardins?

D'autres, un peu comme monsieur Michaud, mettaient en exergue les fermetures d'établissements et le retrait de certaines communautés.

La nouvelle philosophie coopérative

Il y a du vrai dans ces arguments. Il faut cependant faire attention de comparer le souvenir du Desjardins d'hier avec la mission du Desjardins d'aujourd'hui.

Le souvenir collectif du Desjardins d'hier est ancré dans une époque où le capital de risque était pratiquement absent et où Desjardins intervenait sans concurrence.

La concurrence dans l'industrie d'aujourd'hui est féroce, et l'abondance des capitaux fait que tous bataillent pour la même clientèle.

Dans ce contexte, avoir des coûts supérieurs à ceux des autres met à risque son volume d'affaires et conséquemment le rayonnement de sa philosophie. Si les banques dégagent une meilleure rentabilité en raison de coûts plus faibles, vous pouvez parier que les parts de marché du mouvement reculeront bientôt et que tout pâlira.

Oui, mais, en n'osant pas plus que les banques et en offrant les mêmes conditions, Desjardins est en train de déroger à sa philosophie et de sacrifier son âme, direz-vous.

On peut le voir ainsi. Mais on peut aussi décider de voir que le modèle coopératif s'exprime davantage aujourd'hui sur une base de soutien au milieu.

Près de 80 M$ ont été l'an dernier injectés en dons et commandites. Pendant ce temps, malgré ce qu'on en dit, Desjardins continue aussi de prendre plus de risques que bien des banques.

Dans la région des Etchemins, patelin de l'auteur, elle a par exemple l'an dernier fait beaucoup pour la relance du centre de ski le Mont-Orignal. Le démantèlement de la station aurait été fort déstructurant pour le milieu.

Ces engagements sont cependant souvent oubliés par tous et chacun lorsqu'ils négocient une hypothèque ou un prêt commercial.

Dit autrement, le modèle coopératif de Desjardins ne doit plus aujourd'hui être évalué à l'aune de l'engagement individuel, mais à l'aune de l'engagement pour la collectivité. Et cette évaluation doit tenir compte des contraintes concurrentielles avec lesquelles il doit obligatoirement composer s'il veut consolider cet engagement.

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À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot

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