Ottawa menace la rentabilité du Plan Nord

Publié le 29/11/2011 à 09:21, mis à jour le 29/11/2011 à 09:21

Ottawa menace la rentabilité du Plan Nord

Publié le 29/11/2011 à 09:21, mis à jour le 29/11/2011 à 09:21

Divergence en vue

Si Québec et Ottawa risquent de bien s'entendre sur cette question nationale, il pourrait bien sous peu en être tout autrement sur la nécessité de respecter Kyoto.

Au cours de la fin de semaine, le ministre fédéral de l'Environnement, Peter Kent, a indiqué que le gouvernement libéral avait commis une très grosse bourde en signant l'entente de Kyoto sur la réduction des gaz de serre. Le ministre n'a pas confirmé que le gouvernement était sur le point de renier l'entente, mais ne l'a pas nié non plus.

La position conservatrice est défendable. Pourquoi faire encourir à nos sociétés le fardeau financier d'un tel accord alors que la Chine, l'Inde et le Brésil, par exemple, refusent de se doter de cibles d'émission?

En revanche, si tous se désengagent, les incitatifs risquent de reculer encore davantage.

L'ennui pour le gouvernement du Québec est qu'une bonne partie de la rentabilité du Plan Nord semble aujourd'hui rattachée au besoin d'imposer des cibles et, conséquemment, de pouvoir taxer le carbone.

Monsieur Charest l'a presque admis, lundi, en disant qu'il croyait en la rentabilité des futurs barrages d'Hydro-Québec et en introduisant, pour la première fois, cet argument de la future taxe sur le carbone. Les entreprises comprendront, a-t-il dit en substance, qu'il vaut mieux venir s'installer ici pour profiter d'une énergie propre (l'électricité) et éviter la taxe sur le carbone.

Si l'on suit bien le raisonnement, cette taxe permettrait de hausser notre prix de l'électricité auprès des entreprises (notamment des grands pollueurs) à un niveau qui serait quand même plus attrayant que celui de l'électricité produite à partir du gaz naturel (ou autre source).

Sans cette taxe, il y a cependant de forts doutes quant à la rentabilité des développements hydro-électriques prévus au Plan Nord. Avec le développement des gaz de schiste en Amérique du nord, le prix de l'électricité a en effet fondu sur le marché. Si bien que le prix de départ d'un contrat de 26 ans récemment conclu avec le Vermont est à 5,8 cent le kilowattheure. Un chiffre à mettre en perspective avec les coûts de production des barrages actuellement en construction, comme celui de la Romaine, qui sont à plus de 10 cents le kilowattheure.

Plus on ira au nord, plus il en coûtera cher, et plus s'accroitra le risque de non rentabilité.

Le Plan Nord prévoit des investissements de 80 G$ sur 25 ans, dont 47 G$ en électricité.

C'est ça, plus de la moitié des investissements prévus sont à risque. C'est dire que Québec pourrait prochainement grogner assez fort si Ottawa renie Kyoto. En l'absence d'une entente pour faire pression sur les États-Unis, les projets électriques du plan resteront plus qu'incertains.

 

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot

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