Mise à jour économique: l'erreur de Québec

Publié le 25/10/2016 à 20:01

Mise à jour économique: l'erreur de Québec

Publié le 25/10/2016 à 20:01

Que penser de la mise à jour économique de Québec? Il y a de bonnes nouvelles, mais malheureusement le gouvernement vient aussi de commettre une erreur qui aura vraisemblablement des conséquences dans l'avenir.

Québec réinvestira en santé, en éducation et dans le développement économique des régions. Il abolit la taxe santé un an plus tôt que prévu, ce qui mettra dans les poches de la majorité des contribuables entre 100$ et 200$ par année (moins que cela en réalité parce que celle-ci avait déjà commencé à être abaissée).

Il était souhaitable que le gouvernement réinvestisse en santé et en éducation.

La déception de cette mise à jour réside cependant dans la cohérence de la démarche budgétaire pour les prochaines années.

Depuis le début de son mandat, le gouvernement libéral est enfermé dans une promesse électorale floue de laquelle il se refuse malheureusement à sortir. Et, mardi, par une malencontreuse déclaration, le ministre Leitao a donné un tour de verrou supplémentaire.

En campagne électorale, le Parti libéral avait promis que 50% des futurs surplus budgétaires seraient retournés en baisses d'impôt, et l'autre 50% utilisé pour rembourser de la dette.

Monsieur Leitao a précisé mardi que cette séparation des surplus surviendrait lorsque le système aurait atteint un financement qui lui permette de fonctionner adéquatement et à des coûts raisonnables. À ses yeux, cette situation surviendra lorsque la capacité budgétaire du Québec lui permettra de faire avancer le financement de l'éducation au rythme de 3,5% par année et celui de la santé autour de 4% par année. On y est pour ce qui est de l'éducation. On ne sera cependant encore qu'à une croissance de 3% en santé l'an prochain.

Avec cette déclaration, le gouvernement vient de fermer la porte à toute possibilité de constituer une réserve de stabilisation importante, qui permettrait de passer à travers la prochaine récession. Seul le surplus de 2,2 G$ enregistré en 2015-16 sera versé à cette réserve de stabilisation. Il pourra certes servir à éponger d'éventuels déficits à venir, mais il sera insuffisant. L'Institut du Québec rappelait lundi que la dernière crise avait généré des déficits accumulés de 13 G$ entre 2008-09 et 2013-14.

On peut comprendre que Québec ne souhaite pas monter une tirelire de prudence de cette ampleur, mais de là à s'enfermer dans une impossibilité d'accumuler une réserve (sauf par accident), il y a tout un monde.

Interrogé sur l'absence de cette réserve, monsieur Leitao s'est montré évasif en indiquant que peut-être elle pourrait être mise en place une fois les objectifs de dette atteints.

Malheureusement…

Malheureusement, cette situation ne se produira pas avant 10 ans, et il est fort probable qu'une récession passe d'ici là.

En fait, il n'est même pas sûr que l'on puisse constituer une réserve dans 10 ans puisque même l'atteinte des objectifs de dette imposés par la loi en 2026 est en difficulté.

Officiellement, pour la première fois depuis 1959, la dette brute du Québec recule. Au 31 mars, elle sera inférieure de 610 M$ à l'an dernier.

Il faut toutefois faire bien attention à l'interprétation que l'on donne à cette situation.

La loi prévoit que la dette brute du Québec doit être ramenée à 45% du PIB en 2026. À la fin de l'année, elle sera passée de 55,1% à 53,8%.

Monsieur Leitao a soutenu mardi que l'on était en voie d'atteindre l'objectif.

Or, l'Institut du Québec estimait lundi que le gouvernement semble en retard sur sa cible intérimaire de dette. Depuis 2012, le PIB nominal croit en effet sous les projections qui avaient conduit à l'établissement de la cible 2026. Seulement pour rattraper le retard sur l'échéancier à ce jour, l'organisme estime qu'il faudrait ajouter au fonds des générations 1,3G$ par année pour les 10 prochaines années (ce qui n'est pas prévu dans la mise à jour).

On est loin d'une cible en voie d'être facilement atteinte. Un graphique sur les cibles de dette pour chacune des années à venir (contenu dans les documents budgétaires) permet en outre de voir que la dette devra reculer à chaque année (en proportion du PIB) pour atteindre l'objectif. Mais, encore une fois, n'est-t-il pas probable qu'une récession se présente sur cette période? Il n'y a pas de place pour celle-ci dans la planification budgétaire.

Conclusion?

Il est bon que le gouvernement réinjecte des sommes pour réparer en partie les pots cassés. Il aurait cependant été intéressant de discerner dans la mise à jour une volonté de sécuriser pour l'avenir le niveau de services actuels. Pourquoi ajouter 400 M$ en infrastructures, ce qui demande un emprunt équivalent?

N'aurait-il pas mieux valu reporter l'abolition de la contribution santé (près de 700 M$), pour se constituer une réserve de stabilisation?

Malheureusement, il se trouve ici aussi une autre promesse électorale dans laquelle le gouvernement est enfermé et qui l'empêche de gérer les deniers avec une prudente cohérence.

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À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot

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