Le surprenant potentiel du courtier escompteur


Édition du 18 Avril 2015

Le surprenant potentiel du courtier escompteur


Édition du 18 Avril 2015

À première vue, mieux vaudrait ne pas trop s'approcher du secteur. Les volumes de transactions sur les marchés boursiers ont lourdement chuté au cours des dernières années. Pourtant, il pourrait bien être temps de prendre position dans le courtage à escompte.

En 2009, plus de 2 400 milliards d'actions et d'obligations ont changé de mains sur les marchés aux États-Unis. En 2014, malgré une légère remontée, le nombre d'opérations n'était toujours que légèrement au-dessus de 1 600 milliards d'actions. Un recul de 34 % sur cinq ans. Pas surprenant qu'on ait assisté pendant la période à d'importantes baisses de prix chez les escompteurs. Il n'y a pas si longtemps, acheter ou vendre des actions pouvait coûter de 30 à 40 $ de commission. C'est plutôt aujourd'hui de 10 $.

En théorie, la situation aurait dû conduire à un véritable carnage sur les titres des escompteurs. Des clients qui effectuent moins de transactions et qui, en plus, le font pour moins cher. Pourtant, les cours de Schwab, d'E-Trade ou encore de TD Ameritrade, sont tous à des niveaux significativement plus élevés qu'en 2009.

Le constat nous a surpris. De plus, un récent rapport de RBC Marchés des Capitaux prévoit que les bénéfices de ces trois sociétés devraient afficher une croissance annuelle composée moyenne de 21,5 % au cours des trois prochaines années.

Comment la chose est-elle possible ? L'analyste Bulent Ozcan appuie ses prévisions sur un certain nombre de tendances. Regardons-y de plus près.

Les transactions stagnent, mais la base grossit

Le nombre de transactions stagne, mais la base de clients des escompteurs grossit. Un sondage de Deloitte mené en 2012 auprès de ménages dont les actifs d'investissement variaient de 100 000 $ à 1 M$, permet de croire que la crise financière a eu un effet assez dévastateur sur la confiance des clients envers leurs conseillers financiers. Près de 42 % des sondés travaillaient avec un conseiller avant la crise. Après celle-ci, cette proportion était de 33 %. Les clients ayant fait défection évoquent la confiance et le coût des services comme motifs de départ.

Le phénomène ne devrait pas s'arrêter. L'analyste estime qu'en raison des coûts, de plus en plus d'investisseurs décident de gérer eux-mêmes leur portefeuille. Et ils sont maintenant de mieux en mieux outillés pour le faire. Les robots conseillers gagnent en accessibilité. Après une série de questions, ces systèmes informatiques sont en mesure de déterminer la situation financière d'un individu puis de créer - à l'aide d'algorithmes et de théories financières modernes - des portefeuilles adaptés. Ils étaient déjà utilisés par des conseillers financiers, mais ils sont maintenant en voie d'être offerts par de plus en plus de courtiers à escompte.

Autre élément qui devrait continuer de faire grossir la base de clients particuliers : l'évolution de la pyramide d'âge. Les boomers n'étaient pas tellement familiarisés avec la technologie. Les générations X et Y le sont.

Plus de conseillers indépendants

Il n'y a pas que la migration de clients individuels qui nourrisse la base. De plus en plus de conseillers quittent les grands courtiers.

En 2010, un peu plus de 27 G$ US ont délaissé les comptes de courtiers traditionnels. On était à 56 G$ US l'an dernier, et RBC s'attend à ce que près de 65 G$ US migrent cette année.

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

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