La valse-hésitation Valener-Cage


Édition du 14 Mai 2016

La valse-hésitation Valener-Cage


Édition du 14 Mai 2016

Trop tôt ou trop tard ? Depuis quelques jours, le syndrome de l'hésitation est dans la maison. Sur trois titres en particulier. Deux dans les services aux collectivités et un en restauration.

D'abord, un coup d'oeil sur l'hésitation du côté des services aux collectivités.

Valener (VNR, 22,13 $) et TransAlta Renewables (RNW, 12,57 $)

Il y a quelques semaines déjà (au début de mars), nous avions parlé de Valener, à l'occasion d'une chronique sur les résistants, ces titres qui avaient avancé malgré le fort recul boursier du début de l'année. L'opinion était que le titre avait beaucoup progressé et qu'il pourrait se présenter une meilleure occasion d'entrée.

À ce moment, le titre se négociait à un peu plus de 19 $, en très nette hausse par rapport au cours de 16,20 $ auquel il avait été attrapé six mois plus tôt (à la faveur d'une faiblesse de marché).

Le but de l'achat à l'époque (à 16,20 $) : uniquement profiter du dividende, qui offrait un rendement de 6,5 %. En priant pour que l'action conserve sa valeur.

Le risque de l'investissement, à nos yeux : une hausse des taux d'intérêt à long terme. Si les taux remontaient et que le marché décidait que l'écart de rendement avec les obligations 10 ans du gouvernement du Canada (1,40 % actuellement) devait être en partie maintenu, il était possible que le titre retraite (pour augmenter le rendement du dividende). Les sociétés de pipeline étant généralement relativement endettées, la rentabilité serait aussi du même coup sous pression.

Ce risque de taux d'intérêt était cependant contrebalancé par les projets de Valener dans les mois et les années à venir : l'éolien de Sainte-Anne-de-Beaupré, le projet d'expansion du réseau de distribution de Vermont Gas Systems aux États-Unis et celui de gaz liquéfié au Québec. Malgré les risques relatifs à chacun des projets, l'équipe de direction de Gaz Métro est aguerrie et le raisonnement était que la rentabilité de l'entreprise s'améliorerait, ce qui empêcherait un éventuel recul.

Où est rendu ce titre, jugé un peu trop cher à 19 $ en mars ? À près de 22 $ !

D'où notre hésitation : après un rendement de 35 % en six mois, temps de vendre ou trop tôt pour le faire ?

Alors qu'on jonglait avec l'interrogation, un lecteur nous a fait parvenir un courriel dans lequel il s'interrogeait, lui, à propos de TransAlta Renewables. La société de Calgary produit de l'électricité et compte une trentaine d'unités de production. Le titre offre un rendement de dividende de 7 %

Nouvelle interrogation : devrait-on transférer le pécule investi dans Valener, dont le rendement de dividende n'est maintenant plus que de 5 % ?

Ou vaudrait-il mieux éviter totalement un secteur qui est particulièrement porté par l'optimisme ? À preuve, l'univers de Desjardins s'est apprécié de 15 % sur un an, tandis que le S&P/TSX est en recul de 7 %.

Les investisseurs semblent actuellement regarder un certain nombre de graphiques qui démontrent que le secteur peut grimper, même si les taux d'intérêt augmentent. C'est arrivé en 2003-2004. Ces graphiques illustrent également qu'il y a des périodes dans l'histoire où l'on a vu les rendements de dividendes du secteur être inférieurs aux obligations 10 ans (ce qui voudrait dire que les titres n'auraient pas à subir une correction).

Impossible de voir plus clair dans tout cela ?

Peut-être un repère. Il y a quelques mois, un analyste de Garnet Research, Robert Howard, indiquait qu'historiquement, aux États-Unis, le secteur s'était négocié à environ 14 fois le bénéfice.

Appliqué au bénéfice de 2017 prévu pour Valener, c'est un titre qui devrait se négocier à 17,25 $ (nettement sous le cours actuel). Appliqué à celui de TransAlta Renewables, c'est un titre à 12,60 $ (à peu près aligné sur le cours actuel).

On n'a pas fait le transfert parce qu'on connaît peu TransAlta. Mais Valener est sous étroite surveillance.

Le titre de Sportscene (SPS.A, 5,50 $) est-il encagé ?

L'autre titre qui nous taraude ces jours-ci est celui de Groupe Sportscene.

Le hasard nous a amené il y a quelques jours à prendre un repas dans une des Cages du réseau. Bien aimé le nouveau menu rehaussé. Pendant ce temps, à 5,50 $, le cours de l'action est lui aussi appétissant par rapport aux dernières années. En 2013 et en 2014, il oscillait entre 7 et 9 $. C'était avant que la société ne se mette à investir plus fortement dans son plan de transformation, ce qui gruge en partie sa rentabilité.

La direction dit que la rentabilité devrait s'accentuer en 2017 (année fiscale qui débute en septembre), alors qu'aura pris fin son plan de repositionnement et que différents postes budgétaires, comme celui de la formation de sa main-d'oeuvre, disparaîtront des coûts. Elle aura également ouvert deux Cages qui devraient être très populaires, une au Complexe Desjardins et l'autre à l'aéroport Montréal-Trudeau.

Une interrogation en deux temps est cependant apparue dans notre esprit.

1. Comment réagira le marché aux résultats du trimestre en cours (dévoilement en juillet) ? Avec le CH qui n'a pas participé aux séries éliminatoires de la Ligue nationale de hockey, les chiffres ne seront pas bons.

2. Après deux trimestres jusqu'à maintenant, les résultats sont nettement supérieurs à ceux de 2015, une année d'investissements intensifs, mais le bénéfice avant intérêts, impôts et amortissement (BAIIA) est encore de 30 % inférieur à celui de 2013 et de 2014. En ce qui concerne le bénéfice net par action, l'écart est encore plus important (0,04 $ par action par rapport à 0,26 $ en 2013 et 0,39 $ en 2014).

Il y a un petit doute sur la capacité de Sportscene à améliorer cette rentabilité au cours des deux premiers trimestres de 2017 et à retrouver celle de 2013-2014. Et un plus grand doute encore sur la participation du CH aux séries lors du troisième trimestre 2017, cette locomotive qui avait aidé le titre en 2013 et en 2014.

Mieux vaut peut-être attendre pour s'assurer de la bonne remise du genou de Carey Price.

Sur le radar

Valener (VNR, 22,13 $)

le titre, sur un an

Les recommandations des analystes qui suivent le titre de Valener

5 Conserver

Cours cible : 19,40 $

Source : Bloomberg

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

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