La Caisse et le pétrole sale: l'IRÉC exagère

Publié le 15/02/2012 à 09:29, mis à jour le 15/02/2012 à 10:57

La Caisse et le pétrole sale: l'IRÉC exagère

Publié le 15/02/2012 à 09:29, mis à jour le 15/02/2012 à 10:57

BLOGUE. C'est un petit brûlot que viennent de faire paraître les chercheurs Éric Pineault et François L'Italien au sujet de la pondération des placements de la Caisse de dépôt dans des entreprises reliées aux sables bitumineux.

Selon les chiffres de l'IRÉC, à l'été, la Caisse détenait pour 5,4 G$ dans 24 entreprises du secteur, soit plus de 14% de son portefeuille en actions d'entreprises. À elles seules, Enbridge Inc, Enbridge LLP, Suncor et Canadian Natural Ressources pesaient pour 10% du portefeuille.

On aurait pu s'attendre à ce que les chercheurs y aillent d'une diatribe sur la façon dont l'institution gère son risque. Après tout, la pondération peut à première vue sembler un peu forte (bien que sur le portefeuille total, elle soit de 4%). Ce n'est cependant pas de ce côté que donne la charge.

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La note reproche à la Caisse d'être devenue un acteur important du secteur, notamment grâce à des participations croisées qui lui accordent un poids de 20% dans l'entreprise de pipeline Enbridge. Elle n'investit plus passivement, et "sa stratégie a les apparences et les effets économiques d'une politique de soutien à ce secteur et à son mode de développement", écrivent les auteurs.

Ils lui reprochent de soutenir une industrie dans laquelle le Québec ne se reconnaît pas. La politique de placement encourage à leurs yeux l'industrie du carbone et va à l'encontre des orientations politiques en matière de lutte aux changements climatiques. On reproche en outre à la Caisse d'investir avec plus de poids dans les sables bitumineux (14,29% du portefeuille d'actions) que dans les entreprises québécoises cotées en bourse (7,3%), dans les obligations d'Hydro-Québec (11,89%), ou dans les placements privés au Québec (11,35%).

L'IRÉC recommande plutôt que la Caisse se recentre sur le développement à long terme du Québec, pour contribuer à sa souveraineté économique et énergétique. Messieurs Pineault et L'Italien souhaiteraient en fait la voir "se mettre au service de la reconversion écologique de la base industrielle et énergétique du Québec". Ils lui suggèrent d'investir dans un plan d'électrification massive des transports collectifs. Un projet est donné en exemple: un système national de transport collectif interurbain haute-vitesse, utilisant la technologie québécoise du monorail à moteur-roue.

Qu'en penser?

On a de la difficulté à suivre l'IREC.

Il y a une fronde contre les sables bitumineux. Qui n'est pas sans assise et il est vrai qu'au plan environnemental leur exploitation est un mal. Un mal cependant rendu nécessaire pour un bien: l'économie. Stopper l'exploitation de ces sables conduirait à une très importante secousse qui viendrait solidement ébranler l'économie du Québec. Tout comme ses finances publiques, alors que les paiements de transfert de l'Ouest fondraient comme neige au soleil.

Dans un tel contexte, il n'est pas amoral de participer au financement du secteur. Et d'y demeurer tant et aussi longtemps que l'on juge que les éléments fondamentaux sont favorables au capital des épargnants.

L'institut voit la politique de placements aller à l'encontre de la politique de lutte au changement climatique du Québec. Ce n'est pas notre lecture. Les placements de la Caisse dans cette industrie sont "opportunistes". Contrairement au Québec, il n'est nullement dans sa mission de soutenir l'Ouest. Elle y est parce qu'elle croit y trouver du rendement. Lorsqu'elle en doutera, elle se retirera. Il s'agit d'un état d'investissement temporaire.

Ce n'est pas non plus la présence de capitaux dans les pétroles bitumineux qui bloque le financement d'un virage écologique au Québec. Il s'agit là d'un sophisme. C'est plutôt une question de risque. Amenons ici des projets écologiques bien ficelés, avec des risques mesurés, et l'on peut être certain que l'institution y amènera ses billes. C'est ce qu'elle cherche en tout temps. Si le risque est trop important, elle ne viendra cependant pas. Au-delà d'un certain niveau, ce n'est pas aux épargnants à supporter le risque, mais aux contribuables.

L'IRÉQ se trompe de cible en visant la Caisse. C'est aux gouvernements qu'il faut s'adresser.

Lire aussi Sables bitumineux: la Caisse réplique à l'IREC

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

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