François Pouliot: Québec ou Quebecor, qui fait la meilleure affaire?

Publié le 02/03/2011 à 08:25, mis à jour le 05/03/2011 à 08:57

François Pouliot: Québec ou Quebecor, qui fait la meilleure affaire?

Publié le 02/03/2011 à 08:25, mis à jour le 05/03/2011 à 08:57

[Photo-montage : Benjamin Nantel]

Quebecor aura donc passé au fil le tandem BCE-evenko. Qui fait la meilleure affaire: la Ville de Québec ou Quebecor?

Voyons-y.

Ce qu'obtient la Ville

S'il ne vient pas d'équipe de la LNH à Québec, le maire Labeaume estime que sur 20 ans, il n'en coûtera en moyenne aux contribuables de la Ville que 600 000$ par année. S'il vient une équipe, la Ville devrait faire près de 5 M$ de bénéfices.

Ce n'est pas le portrait de situation que l'on préfère. Le calcul tient notamment compte de la récupération qu'obtiendra la Ville en sabrant dans ses services. Il ajoute aussi une tarification supplémentaire de billets (4$). Ce qui n'est pas automatiquement à mettre en relation avec le coût réel du bâtiment pour le milieu.

Cela étant, restons sur l'entente.

En allant chercher 33 M$ pour le nom de l'établissement sans une équipe et 63,5 M$ avec une équipe, M. Labeaume semble réussir un super coup.

Le scénario optimal de l'étude de Ernst & Young postulait des revenus de 500 000$ par an, avec ou sans équipe. Actualisé au taux d'inflation des dernières années, on projetait donc que la Ville pourrait recevoir 15 M$ sur 25 ans (notre calcul). Elle obtient plutôt dès maintenant un minimum de 33 M$. Et peut-être même près de 65 M$ si une équipe de la LNH vient.

Non, le maire n'est pas magicien. L'écart de prix s'explique en fait surtout par le fait que le droit d'avoir les clefs du Colisée pour en faire ce qu'on en veut (pendant 25 ans) est ici.

Sur le loyer, M. Labeaume ne semble pas faire une mauvaise affaire. C'est cependant moins criant. En ajustant les chiffres de Ernst & Young pour tenir compte de l'inflation, on aurait pu s'attendre à un loyer de 2,18 M$ sans équipe et 4,68 M$ avec équipe. La ville gagne avec un loyer à 2,5 M$ sans équipe, mais perd un peu à 4,5 M$ avec une équipe (quoique l'attente était toujours pour un scénario optimal).

À noter que ce loyer est peut-être à risque s'il n'y a pas d'équipe de la LNH, puisqu'en cas de déficit, la Ville abandonne son loyer pour diminuer les pertes de Quebecor. Mais elle reçoit en contrepartie la garantie que si l'exploitation de l'amphithéâtre est déficitaire, elle n'a pas à casquer plus d'argent que ce qu'elle met initialement dans ce projet.

Elle a même réussi à se négocier une participation aux bénéfices. On ne miserait cependant pas trop sur ce poste budgétaire. Sans équipe, il y a un risque de rouge important pour Quebecor. Quelque chose nous dit en outre que, avec ou sans équipe, le gestionnaire de l'immeuble aura tendance à organiser les centres de coûts et de revenus de manière à ce que le plus d'argent possible reste en amont des états financiers de l'amphithéâtre (le bail à l'équipe de hockey pourrait par exemple être pour 1$, ce qui augmenterait la rentabilité de l'équipe, à 100% détenue par le gestionnaire, et diminuerait celle de l'amphithéâtre où il doit partager le bénéfice…).

Somme toute cependant, une entente qui apparaît gagnante pour la Ville. Elle vient placer un plafond maximal au risque financier et abaisser davantage la contribution prévue des contribuables. S'il y a une équipe, l'entente en elle-même fait en sorte que le projet ne coûte pratiquement rien aux contribuables (coûts de financements – revenus de location = 1M$ par année).

Et pour Quebecor?

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

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