Faut-il suivre Power Corp. dans Performance Sports ?


Édition du 26 Mars 2016

Faut-il suivre Power Corp. dans Performance Sports ?


Édition du 26 Mars 2016

En langage de hockey, on peut affirmer que le titre de Performance Sports, la société mère des marques bien connues Bauer et Easton, vient de subir toute une dégelée. Un avertissement que personne n'avait vu venir ; et bang, en quelques secondes, la valeur de la société a fondu de plus de la moitié.

Lorsqu'on dit «que personne n'avait vu venir», cela inclut la direction de l'entreprise. À la mi-janvier, les dirigeants indiquaient aux analystes que, pour 2016 (exercice se terminant au mois de mai), le bénéfice de la société devrait varier de 0,66 à 0,69 $ US par action. Moins de deux mois plus tard, le 8 mars, la société revoyait son pronostic et prévenait que le résultat se situerait plutôt entre 0,12 et 0,14 $ US.

Il n'en fallait pas plus pour que tout dégringole et que les vautours se manifestent. Au moins trois grands bureaux d'avocats américains (Khang & Khang, Bronstein, Gewirtz & Grossman, Goldberg Law) indiquent avoir ouvert des enquêtes sur une potentielle information trompeuse fournie aux investisseurs par la direction.

Pendant que les invitations à s'inscrire à un éventuel recours collectif déboulaient sur les fils de presse, une autre communication, plus intéressante celle-là, tombait en parallèle. Sagard Capital, une filiale de Power Corporation, annonçait que sa participation dans l'entreprise atteignait désormais 13,6 %, et qu'elle allait engager des discussions avec la direction pour obtenir un siège au conseil d'administration.

Si Power Corp. embarque, devrions-nous suivre ? Le holding de la famille Desmarais n'est pas exempt d'erreurs en matière d'investissement, mais, dans l'histoire, il a eu plus souvent raison que tort.

Pas étonnant qu'à la suite de la diffusion de la nouvelle le titre se soit redressé, passant de 3,90 $ à plus de 5 $ CA, pour finalement revenir à environ 4,50 $.

Certains pourraient penser que Power a fait son gain, et que l'occasion d'investissement s'est maintenant refermée.

La société n'a pas l'habitude d'investir à court terme. Il est en outre probable qu'elle soit toujours à perte par rapport à son investissement initial. Avant la débâcle, elle détenait en effet 9,35 % de Performance Sports. Il serait enfin étonnant que Power demande un siège au conseil si elle ne voit qu'un potentiel à court terme.

Quand même, évitons l'acte de foi et tentons de voir plus en détail l'état des lieux.

D'où vient la révision ?

De trois choses : de la faillite de Sports Authority, deuxième détaillant de sport aux États-Unis, qui s'est placé sous la protection de la loi le 2 mars ; d'un marché du baseball qui envoie de curieux signaux ; d'un marché du hockey qui, lui aussi, montre des signes de faiblesse.

La faillite de Sports Authority représente 0,09 $ par action de la révision, en raison de créances qui ne seront pas honorées.

Le marché du baseball pèse pour 0,31 $ dans la révision. Une partie du montant, qui n'est pas quantifiée, provient en fait de la faillite de Sports Authority. Le détaillant commandera moins d'équipements à Performance Sports, puisque 30 % de ses magasins devraient fermer. Et ses concurrents aussi, car une bonne partie des stocks de Sports Authority risque de partir en liquidation. Parallèlement, il semble aussi y avoir un ralentissement interne des commandes d'équipements de baseball, même si le nombre de joueurs actifs se maintient. Le phénomène pourrait n'être que passager, mais on ne sait pas trop ce qui se passe, la tendance n'est pas claire.

Le marché du hockey pèse lui pour 0,19 $ par action dans la révision. Ici encore, Sports Authority devrait avoir un impact, pour les raisons citées à propos du baseball. De plus, on assiste à une consolidation chez les détaillants d'équipements de hockey aux États-Unis, ce qui cause une réduction des stocks et, conséquemment, des commandes.

Ce qui inquiète

Évidemment, les investisseurs sont déçus des bénéfices, mais ce qui inquiète surtout, c'est la dette de la société. Certains la voient prochainement atteindre 10 fois le bénéfice avant intérêts, impôts et amortissement (BAIIA). Il n'y a apparemment pas trop de danger d'une violation des conventions de crédit, celles-ci étant assez souples. Et les échéances sont loin (avril 2019 et avril 2021). La situation est transitoire (le temps que les surplus d'inventaires s'écoulent) mais le ratio est très élevé et pourrait rester à 7 ou 8 fois le BAIIA sur l'horizon 2017. On a rarement vu des sociétés pouvoir maintenir des ratios au-dessus de 6 fois à long terme.

Il ne s'agit pas de dire que l'entreprise est à risque de faillite. Mais elle est certainement à risque d'une émission d'actions, qui viendrait diluer le bénéfice par action.

Alors, comment voir dans tout ça ?

Une approche intéressante est celle de l'analyste Sabahat Khan, de RBC Marchés des Capitaux.

Il note que du début de 2014 au milieu de 2015, le titre d'Adidas a été sous faiblesse en raison d'importantes difficultés dans quelques créneaux d'activité. Au cours de la période, le titre s'est négocié à environ 9 fois le BAIIA à venir. En appliquant un multiple de 8 au bénéfice prévu de 2017 (mai) pour tenir compte du niveau d'endettement plus élevé de Performance Sports, M. Khan obtient une cible à 3,50 $ US (4,65 $ CA). C'est à peu près le cours auquel s'échange aujourd'hui l'action.

À noter que ce bénéfice de 2017 (dans un an) est 30 % moins élevé que ce qui était prévu avant les derniers développements, ce qui semble raisonnable. Il est plausible cependant que le marché entrevoie à ce moment l'exercice 2018 et anticipe un fort rebond du bénéfice. Une nouvelle norme concernant les bâtons de baseball utilisés dans les petites ligues doit entrer en vigueur cette année-là. Cette norme prévoit que les bâtons d'aluminium devront avoir la même force de frappe que les bâtons de bois, ce qui pourrait stimuler la demande.

Conclusion ? Quelque chose nous dit qu'à long terme l'action vaudra significativement plus cher qu'aujourd'hui. Il se pourrait néanmoins que, d'ici là, une ou deux occasions se présentent où le titre puisse être acquis à meilleur prix.

Sur le radar

Les recommandations des analystes qui suivent le titre de Performance Sports (PSG, 4,66 $)

› 5 Conserver

› 4 Acheter

› 3 Surperformance

Cours cible : 10 $ CA

Source : Bloomberg

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

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