Est-il temps d'entrer dans le bois ?


Édition du 09 Mars 2016

Est-il temps d'entrer dans le bois ?


Édition du 09 Mars 2016

Serait-il temps d'investir dans le secteur du bois ? La question nous est venue à l'esprit, il y a quelques jours, tandis que Marchés mondiaux CIBC amorçait le suivi du secteur.

Il y a deux ans, nous y avions pris une position. Qui avait procuré un rendement satisfaisant.

Avec un recul de 27 % en 2015, et un autre de 19 % depuis le début de 2016, le secteur pourrait bien être revenu à un niveau intéressant.

L'analyste Hamir Patel le croit. À l'horizon 2017, il établit trois scénarios de prix et de volumes d'expéditions pour le boism et obtient les résultats médians suivants pour les titres des sociétés forestières canadiennes :

Scénario optimiste : + 101 %

Scénario pessimiste : - 17 %

Scénario de base : + 52 %.

Le scénario de base

Évidemment, tout tourne autour du marché de la construction résidentielle aux États-Unis.

D'ordinaire, la théorie va ainsi.

Dans les 50 dernières années, il s'est en moyenne construit de 1,4 à 1,5 million d'unités résidentielles (en incluant le secteur multifamilial) annuellement aux États-Unis. Depuis plusieurs années, les données sont inférieures à cette moyenne (1,1 million en 2015). Une moyenne étant généralement faite pour être atteinte, il faudra qu'il se construise à un certain moment beaucoup plus que de 1,4 à 1,5 millions d'unités par an pour y revenir. Et plus on attend, plus l'épisode de rattrapage risque d'être fort. C'est la théorie du supercycle. À laquelle on adhère, mais uniquement en partie.

Le pari de M. Patel est qu'en 2016, le nombre de mises en chantier grimpera à un peu plus de 1,25 million d'unités, et qu'en 2017, la construction résidentielle américaine atteindra la moyenne historique.

L'atteinte des cibles nécessite que le PIB réel américain avance de 2,3 % en 2016 et de 2,1 % en 2017. C'est conforme au consensus des économistes américains (recensé par Bloomberg), qui prévoit une croissance de 2,2 % en 2016 et de 2,3 % en 2017.

Ce qui pourrait faire dérailler le pronostic

> Le risque de l'économie américaine. Évidemment, la théorie requiert qu'on croie que l'économie américaine poursuivra sur sa lancée. Or, il n'y a pas de précédent dans l'histoire où un consensus d'économistes a anticipé une récession. C'est le plus gros risque de l'affaire.

> Le risque de ralentissement de l'économie chinoise. Celui de l'an dernier a fait revenir certaines expéditions en Amérique du Nord et a contribué à la chute des prix. L'analyste calcule cependant que, sur un scénario de 1,2 million d'unités aux États-Unis en 2016, il faudrait une chute de 41 % des exportations de bois de l'Ouest canadien vers la Chine avant que l'accroissement prévu des expéditions aux États-Unis ne soit totalement effacé. C'est un scénario peu probable, et son modèle anticipe plutôt une contraction de la demande chinoise de 6 à 7 % en 2016 et en 2017.

> Le risque de devise. La baisse du dollar canadien a aidé les exportateurs de bois au Canada. Si celui-ci devait se redresser, leur rentabilité pourrait potentiellement souffrir. Ici encore, néanmoins, le risque semble limité. En 2015, les producteurs canadiens ont apparemment plutôt eu tendance à refiler le gain de change à leurs clients pour écouler les volumes perdus avec la Chine. Ce qui veut dire qu'ils ont indirectement réduit leurs prix et mis une pression sur le prix du bois en dollars américains. Une remontée du dollar canadien devrait diminuer les escomptes et être conséquemment accompagnée d'une hausse des prix du bois en dollars américains.

> Le risque douanier. L'accord sur le bois d'oeuvre est venu à échéance et fait actuellement l'objet d'un moratoire, moratoire qui doit prendre fin le 12 octobre.

Le dernier accord était assez complexe. Dans l'Est du Canada, il prévoyait des droits compensatoires (de 2,5 % à 5 %, selon le prix du bois) et des restrictions de volumes. Dans l'Ouest, les droits compensatoires étaient plus élevés (5 %, 10 %, 15 %, en fonction du prix), sans qu'il y ait cependant de restrictions de volumes.

Cette fois, il semble que les Américains, échaudés par la baisse du dollar canadien, souhaitent obtenir des droits compensatoires plus élevés. Une grande bataille est donc en vue. Hamir Patel dit avoir conservé l'ancien accord dans le modèle qu'il utilise pour calculer les bénéfices à venir des sociétés forestières canadiennes. Il applique plutôt des multiples plus faibles qu'historiquement à ces bénéfices pour établir les cibles sur les titres, et ainsi tenir compte d'un accord potentiellement défavorable.

C'est sur cette négociation que porte le plus notre hésitation personnelle. Dans l'éventualité d'un cul-de-sac, au 12 octobre, il ne serait pas si étonnant de voir les Américains arriver avec l'imposition de droits compensatoires élevés de 25-30 %. Bien que temporaire, pareille mesure ferait assurément retraiter le secteur.

Quand jouer le secteur ?

Dans l'immédiat, si on croit en l'économie des États-Unis et à un règlement harmonieux avec les Américains. Après le 12 octobre, si on croit en l'économie au sud de la frontière, mais pas à un règlement avec les Américains.

QUI JOUER ? Interfor (IFP, 11,90 $)

Il s'agit du quatrième producteur forestier en Amérique du Nord. Avec 64 % de sa capacité chez l'oncle Sam, c'est le producteur canadien qui offre le plus faible risque face à d'éventuelles mesures compensatoires. En outre, même si le prix du bois devait rester à son niveau actuel (270 $ US le mille pieds-planche), les récentes acquisitions de la société font voir un potentiel de synergies équivalant à près de 50 % de son bénéfice avant intérêts, impôts et amortissement (BAIIA) 2015. La cible 12-18 mois est à 17 $.

Marchés mondiaux CIBC aime également le titre du producteur d'OSB, Norbord (OSB, 24,75 $ ; cible à 34 $), celui de Canfor (CFP, 15,70 $ ; cible à 21 $) et celui de Western Forest Product (WEF, 2,16 $ ; cible à 2,50 $).

Sur le radar

Interfor (IFP, 11,90 $)

Le titre sur un an

Les recommandations des analystes qui suivent le titre d'Interfor

5 Surperformance

3 Acheter

Cours cible : 15,90 $

Source : Bloomberg

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À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

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