Corruption chez Bombardier?: le CA doit clarifier l'affaire

Publié le 29/01/2015 à 18:46

Corruption chez Bombardier?: le CA doit clarifier l'affaire

Publié le 29/01/2015 à 18:46

Photo: Bloomberg

Les dés ne roulent pas en faveur de Bombardier, ces jours-ci. Après la suspension du programme Learjet 85, les craintes sur les liquidités, l'arrêt de la production des voitures du métro de Montréal à La Pocatière, voilà maintenant qu'elle se retrouve face à des allégations de corruption en Corée du sud.

Radio-Canada a mis la main sur un rapport d'enquête de l'équivalent coréen de l'UPAC. Celui-ci soutient qu'entre 2003 et 2005, Bombardier aurait versé des cadeaux et des voyages à des fonctionnaires et des élus. Un fonds de 2 M$ aurait aussi été clandestinement constitué pour faire du lobby pour d'autres projets en Corée.

Aucune accusation n'a été portée contre Bombardier en raison de l'expiration des délais de poursuite, selon les sources coréennes que cite Radio-Canada. Aucune accusation n'a été portée parce qu'il n'y a pas eu de pots-de-vin, dit Bombardier.

Qu'en penser?

On a obtenu quelques détails supplémentaires sur l'affaire. Et ces nouveaux détails soulèvent de nouvelles interrogations. Mais allons-y en ordre.

Les frais de voyages et cadeaux

D'abord sur les frais de voyage et cadeaux.

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Entre 2003 et 2005, Bombardier a payé trois voyages au Canada à 37 personnes. Dix-huit d'entre elles étaient des membres du conseilmunicipal de Yongin, où Bombardier a construit un train de desserte.

Notons au passage que Bombardier était impliquée pour le tiers du consortium réalisant le projet et a investi 200 des 600 M$ requis.

En défense, Bombardier plaide qu'il était prévu à son contrat que des représentants de la Corée viendraient en visite au centre d'ingénierie et de développement du projet, à Kingston, au Canada.

Un porte-parole de Bombardier, avec qui on s'est entretenu, reconnaît que des voyages ont été payés, mais ne peut dire à combien de personnes.

On peut remettre en question les façons de faire de Bombardier, mais, en l'absence de détails supplémentaires, ces voyages peuvent difficilement être qualifiés de tentatives de corruption. Ils semblent en effet en bonne partie appuyés par un objet (ils sont déjà prévus au contrat pour des motifs de familiarisation et de validation des avancements du projet). On observera en outre que Kingston n'est pas nécessairement le bonbon le plus exotique à offrir lorsque l'on recherche des faveurs.

Sur les voyages donc, l'allégation semble assez faible.

Ça devient plus compliqué avec le fonds clandestin de 2 M$

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot

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