Bombardier: Québec et les actionnaires feront-ils de l'argent?

Publié le 29/10/2015 à 20:54

Bombardier: Québec et les actionnaires feront-ils de l'argent?

Publié le 29/10/2015 à 20:54

Photo Bloomberg.

Le gouvernement du Québec vole au secours de Bombardier et injecte 1,3 G$ CAN pour devenir partenaire à 49,5% dans le programme CSeries. Une bonne idée pour les actionnaires et les contribuables?

Avant de traiter du potentiel de la nouvelle entité, quelques commentaires d'intérêt général.

L'historien qui regardera l'aventure du programme CSeries conclura évidemment à un échec financier retentissant. Bombardier a injecté plus de 5 G$ US dans le développement du programme. C'est ce qu'elle avait à ses livres comme valeur du programme. Elle radie en grande partie cette valeur, ce qui veut dire qu'elle a perdu espoir de récupérer cet argent dans l'avenir. La valeur du programme n'est plus que d'un peu plus de 1G $, montant qui est transporté dans la nouvelle société en commandites pour acquérir son intérêt de 50,5%.

Comment en est-on arrivé là?

Il y a huit mois, Bombardier procédait à une émission d'actions qui visait initialement à récolter 750 M$ CAN. Elle allait finalement permettre de récolter 1,1 G$ CAN. Cette somme, combinée à l'inscription en bourse et à la cession d'une partie de la division Transport, devait permettre à l'entreprise d'assurer tous ses besoins financiers dans l'avenir.

Surprise, il y a quelques semaines, le marché apprend que Bombardier cherche de nouveau de l'argent. Opération difficile s'il en est une, puisque le chapeau a été passé, et tout le monde perd déjà de l'argent sur le dernier financement (il est survenu à 2,21$ par action et le titre oscille autour de 1,60$).

D'où est venu ce besoin de liquidités supplémentaires?

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La direction a indiqué jeudi qu'elle croyait elle aussi que le financement et la vente d'une participation dans Bombardier Transport seraient suffisants pour lui permettre de mener à terme le CSeries. Mais, quelques mois plus tard, elle s'est aperçue que le marché des avions d'affaires Global 5000-6000 était en train de tomber. Elle a réduit sa cadence de production de 80 appareils à 50 appareils, ce qui s'est traduit par des revenus futurs et des dépôts de garantie moindres. Conséquence, un trou de plus de 1 G$ US.

Québec pose-t-il le bon geste?

Beaucoup de choses se sont dites jeudi sur le sauvetage par Québec de Bombardier.

Il y a la question de l'intervention de Québec et celle de sa forme.

Pour le Québec, il fallait une injection d'argent du gouvernement. Bombardier n'avait plus de capacité financière suffisante. C'est un symbole de l'aéronautique et quelques milliers d'emplois bien rémunérés étaient en jeu. Une bonne partie de ces salariés se seraient évidemment replacés, mais les baisses de rémunération auraient pu avoir des répercussions sur le trésor public avec le passage des années.

Sur la forme maintenant.

Certains estiment que le gouvernement fait une erreur en investissant directement dans le programme CSeries, qu'il aurait plutôt dû investir dans la société mère Bombardier, qui est plus stable grâce à sa division ferroviaire et ses avions d'affaires.

Il n'est pas ressorti clairement pourquoi cette voie n'avait pas été utilisée.

La direction de Bombardier indique que cette avenue n'a pas été envisagée lors des négociations. On a posé la question sur ce qu'aurait été l'impact d'une injection de 1 G$ sur le contrôle de la famille Bombardier-Beaudoin, mais apparemment le calcul n'a pas été fait. Avec ses multivotantes, la famille détient actuellement autour de 54% du vote de Bombardier.

Un argument nous a été présenté par le gouvernement, sans trop que l'on sache s'il était préalable à la décision d'investissement ou ultérieur à la controverse. Il est à l'effet que Bombardier affiche aujourd'hui une équité négative de plus de 3,6 G$. C'est dire que la valeur aux livres de ses actifs est inférieure à sa dette. L'argument visait à illustrer que le risque était aussi important à la société mère.

La valeur aux livres est une chose, la valeur au marché une autre. Quoique au ralentit, le marché des avions d'affaires ne donne pas de signe d'effondrement. Le carnet de commandes de la division transport est pendant ce temps très solide et la rentabilité devrait s'y améliorer avec le temps. Les actifs valent toujours nettement plus que ce qui est aux livres.

Une injection directe dans la société mère aurait été préférable. Le pari aurait été moins risqué.

La société en commandite peut-elle créer de la valeur?

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

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