Apple ou Alphabet?


Édition du 13 Février 2016

Apple ou Alphabet?


Édition du 13 Février 2016

Et voilà, Alphabet, la société mère de Google, vient de déloger Apple à titre de première capitalisation boursière des États-Unis. Un titre préférable à l'autre ?

Pour utiliser un langage de hockey, la puck roule actuellement en faveur d'Alphabet, dont le titre s'est apprécié de près de 45 % sur un an. Elle roule un peu moins pour Apple, dont l'action a chuté de près de 20 % au cours de la même période.

Ce qui ne va pas chez Apple

D'abord sur Apple.

Donnée de départ : tout tourne autour de l'iPhone. Au dernier trimestre, il a généré 68 % des revenus. C'est loin devant l'iPad et les Mac, avec chacun 9,3 %. Les services (iTune, Apple Pay, App Store, Apple Music, etc.), à 8 %, et les autres produits (Apple Watch, iPod, Apple TV), à 5 %, ferment la marche.

Les analystes s'attendent à ce qu'un iPhone 7 arrive sur le marché l'été prochain. Il n'aura malheureusement pas les caractéristiques révolutionnaires de l'iPhone 6 qui, avec son plus grand écran, avait donné une solide impulsion aux ventes de téléphones intelligents.

Ce qui conduit certains analystes au raisonnement suivant : sachant que les ventes de l'iPhone ont stagné au dernier trimestre, et que l'appareil de septième génération n'aura pas la même traction dans le marché, il est clair que les ventes d'iPhone sont arrivées à maturité. Et que, en raison de leur niveau actuel, elles ne peuvent que reculer, face à des appareils Android qui sont de plus en plus comparables et, surtout, moins chers.

C'est la thèse des pessimistes.

Tient-elle la route ?

Oui et non.

À court terme, oui. La direction d'Apple a d'ailleurs reconnu qu'elle entrevoyait une faiblesse des ventes pour le trimestre en cours. En fait, des analystes estiment que les expéditions d'iPhone pourraient chuter de près de 20 % au deuxième trimestre (dont les résultats seront connus en mai).

À long terme, la thèse pessimiste est plus faible. Environ 40 % de la base d'usagers d'iPhone a adopté l'iPhone 6, ce qui laisse encore 60 % des utilisateurs à posséder un iPhone 5 ou une version antérieure. Une bonne partie de ce groupe adoptera l'iPhone 7 pour des motifs de vétusté et de fonctionnalité. Une partie des 40 % de l'iPhone 6 passera aussi simplement au modèle dernier cri. Pendant ce temps, les marchés de la Chine et de l'Inde s'ouvrent, ce qui permet d'élargir la base.

Ce qui est attrayant chez Apple

Le multiple auquel se négocie le titre du géant de Cupertino, en Californie, est attrayant. L'action s'échange à 10,4 fois le bénéfice attendu en 2016, et à près de 9 fois si on enlève l'encaisse (en simulant que les capitaux à l'étranger sont imposés).

Le chiffre est à mettre en comparaison avec le multiple historique moyen du marché, qui est à 15. On y revient plus loin.

Pendant ce temps chez Alphabet

Les affaires vont rondement. Au dernier trimestre, la société a déjoué tous les analystes en dévoilant des résultats supérieurs aux attentes, entre autres grâce à la popularité croissante des recherches et des placements publicitaires sur les appareils mobiles.

À la différence d'Apple, la prévisibilité du bénéfice d'Alphabet est nettement plus élevée. Dit simplement, les publicitaires augmentent trimestre après trimestre leurs enveloppes sur les produits Google et ils sont de plus en plus nombreux à y être présents.

Le titre se négocie cependant à plus de 22 fois le bénéfice anticipé de 2016, illustration d'une grande confiance des investisseurs en l'avenir.

Lequel choisir ? Et quand ?

Le risque d'un nouveau pas vers l'arrière pèse sur Apple à court terme. Les résultats du prochain trimestre montreront sans doute un fléchissement senti des expéditions d'iPhone, en raison de l'arrivée en fin de vie de l'iPhone 6 et de l'absence de l'appareil de septième génération. Le marché pourrait prendre peur lors de l'annonce des résultats ou dans les jours qui la précéderont.

Il n'est pas sûr que le titre reculera, mais d'ici là, il est à peu près certain qu'il n'augmentera pas. Mieux vaut attendre, une fenêtre d'occasion étant susceptible de se présenter. Avec l'arrivée de l'iPhone 7 et la conquête de nouveaux marchés, les ventes devraient ensuite reprendre.

Le cas d'Alphabet est aussi embêtant à court terme. Un multiple de 22 dans une économie incertaine est d'une solidité tout aussi incertaine. Dans plusieurs entreprises, la publicité est l'un des premiers postes budgétaires à être amputés lorsque les affaires ralentissent. Et même si les bénéfices ne régressent pas, une simple progression inférieure à ce qui était prévu par le marché risque de conduire à un repli de l'action.

Conclusion ?

À court terme, mieux vaut attendre dans les deux cas. À long terme, le potentiel est cependant là.

On voit mal le titre d'Apple se maintenir à 9 fois les bénéfices, même si ceux-ci sont moindres l'an prochain. Sa rentabilité peut parfois être en dents de scie, mais la société est en meilleure position pour l'avenir que la moyenne des sociétés du S&P 500. Et cette moyenne est actuellement à plus de 15 fois le bénéfice.

Dans le cas d'Alphabet, le multiple est un peu élevé, mais il pourrait bien le rester (18 à 19 fois le bénéfice). Deux plateformes sont aujourd'hui incontournables pour les annonceurs mondiaux : Facebook et Google. Il suffit d'être patient et de laisser les enveloppes publicitaires continuer à migrer.

Les recommandations des analystes qui suivent le titre d'Apple (AAPL, 94,05 $ US)

8 Conserver

18 Acheter

21 surperformance

Cours cible : 136,60 $ US

Les recommandations des analystes qui suivent le titre de Google (GOOGL, 705,39 $ US)

3 Conserver

22 Acheter

26 Surperformance

Cours cible : 925 $ US

Source : Bloomberg

Suivez François Pouliot sur Twitter @f_pouliot

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

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