Quatre choses cruciales à surveiller dans les années 2020

Publié le 21/12/2019 à 08:16

Quatre choses cruciales à surveiller dans les années 2020

Publié le 21/12/2019 à 08:16

Donald Trump (Photo: Getty Images)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE - Dans quelques jours, nous changeons d’année, mais nous entrons également dans les années 2020. Or, à bien des égards, les dix prochaines années seront sans doute les plus importantes dans le monde depuis fort longtemps.

Une période où des élections, des tendances et des décisions privées et collectives seront cruciales pour la stabilité du monde, la prospérité économique et la qualité de notre environnement.

Or, quatre événements doivent être sur votre écran radar.

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1. La réélection probable de Donald Trump

La prochaine élection présidentielle aux États-Unis, en novembre, est l’événement à suivre en 2020. Une élection qui aura un impact sur l’avenir de la première puissance de la planète, mais aussi sur le reste du monde.

Plusieurs Canadiens rêvent d’une victoire démocrate. Par contre, il est probable que Donald Trump soit réélu, malgré la procédure de destitution, qui échouera du reste puisque le Sénat (qui doit juger le président) est contrôlé par les républicains.

D’une part, parce que la base électorale de Trump lui reste très fidèle.

Le 17 décembre, le président récoltait un taux d’approbation de 43,4%. Il s’agit du plus haut niveau depuis mars 2017, qui n’est pas très loin non plus de son sommet historique de 45,5% en janvier 2017, selon le site d’analyse politique FiveThirtyEight.

D’autre part, parce que les démocrates peinent à trouver un candidat rassembleur, issu de la gauche sociale-démocrate (ni centriste ni de l’extrême gauche), capable de reconquérir le vote ouvrier aux États-Unis perdu au profil de Donald Trump.

Marine Le Pen (Photo: Getty Images)

2. Marie Le Pen à la tête de la France?

L’autre élection à surveiller est la présidentielle française (à deux tours), qui se déroulera en avril 2022, et qui opposera sans doute la cheffe du Rassemblement National, Marine Le Pen, à l’actuel président de la république, Emmanuel Macron.

La plupart des analyses politiques diront qu’une victoire de Le Pen est impossible, puisque d’une majorité d’électeurs votera pour Macron afin d’éviter une victoire de l’extrême droite.

C’est effectivement probable.

Toutefois, étant donné l’effondrement des socialistes et de la droite républicaine depuis la présidentielle de 2017 et le déclin de la popularité de Macron, une victoire de Marine Le Pen est un scénario plus plausible.

Selon un récent sondage Ifop-Journal du dimanche, la cheffe du RN récolterait 45% des voix contre 55% pour Macron lors du second tour en 2022.

Dans ce contexte, une crise politique majeure en France pourrait porter Le Pen au pouvoir, ce qui créerait une onde de choc majeure au sein de l’Union européenne.

3. La Chine assoira sa domination industrielle

La décennie 2020 serait aussi marquée par la montée en puissance économique de la Chine communiste en raison de sa fameuse politique du Made in China 2025, qui commence déjà à faire mal aux entreprises occidentales.

Adoptée en 2015, cette politique industrielle vise à faire de la Chine un leader économique dans 10 secteurs de pointe (aérospatiale, robotique, biopharmaceutique). Elle atteindra son rythme de croisière au milieu de la décennie, sans toutefois être encore à son apogée.

Car le MIC 2025 compte trois années charnières.

En 2025, la Chine veut que son industrie manufacturière soit très innovante et très efficace, ce qu’elle n’est pas actuellement.

En 2035, la Chine veut être capable de concurrencer en termes de qualité avec les principales puissances manufacturières des pays développés.

En 2049, la Chine veut être LA puissance manufacturière dominante.

4. L’échec ou la victoire de la lutte aux changements climatiques

Enfin, les 10 prochaines années seront surtout déterminantes pour l’avenir de la planète, mais surtout pour nos sociétés, en raison des changements climatiques. La barre est très haute, difficilement atteignable.

D’ici 2030, l’humanité doit réduire de 45% ses émissions de gaz à effet de serre (GES) pour limiter le réchauffement climatique à moins de 2 degrés Celcius par rapport au début de l’ère industrielle afin d'éviter le pire (catastrophes naturelles, migrations massives, crises alimentaires, guerres, etc.), selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Or, la Terre s’est déjà réchauffée de 1 degrés depuis le 19e siècle.

Il faut donc faire vite, très vite même, pour passer d’une transition énergétique (dans la bouche de la plupart des décideurs, mais devenue insuffisante selon les scientifiques) à une révolution énergétique.

Selon le GIEC, il faut se mettre au régime énergétique, éliminer le charbon, retirer la moitié des voitures des routes, construire 38 réacteurs nucléaires, installer 1,5 million d’éoliennes et retirer le tiers des vaches de la planète en 10 ans.

C’est encore possible d’y arriver, mais encore faut-il qu’il y ait une volonté politique réelle d’y arriver, sans parler des citoyens qui n’en font pas encore assez.

Nous avons donc devant nous une période bien remplie.

Les défis politique, économique et environnemental seront majeurs.

Aussi, au cours des 10 prochaines années, les entreprises et les investisseurs évolueront sur un échiquier mondial au sein duquel la planification des risques géopolitiques sera difficile.

Bonne année 2020, et bonnes années 2020 malgré tout! 

 

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse hebdomadaire Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); stage auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand

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