Pourquoi Trump pourrait rester à la Maison-Blanche en novembre


Édition du 19 Août 2020

Pourquoi Trump pourrait rester à la Maison-Blanche en novembre


Édition du 19 Août 2020

Donald Trump

Donald Trump, qui courtise actuellement plus que jamais la base traditionnelle des démocrates, pourrait donc surprendre à nouveau. (Photo: 123RF)

CHRONIQUE. Impopularité record pour un président sortant, révolte dans le camp républicain, forte avance de Joe Biden dans les sondages... Plusieurs éléments semblent pointer vers une victoire probable de l'ancien vice-président de Barack Obama lors de l'élection présidentielle du 3 novembre. Or, les entreprises canadiennes devraient faire preuve de prudence avant de sabler le champagne trop rapidement, car Donald Trump pourrait encore gagner malgré sa mauvaise posture.

C'est LA leçon des quatre dernières années en Occident : méfions-nous des résultats probables anticipés lors des référendums ou des élections. Vous vous souvenez de la victoire inattendue du Brexit au référendum de juin 2016 au Royaume-Uni ou de la victoire surprise de Donald Trump cinq mois plus tard aux États-Unis ?

Analysons d'abord les éléments défavorables au locataire de la Maison- Blanche. Mois après mois, les sondages indiquent que Joe Biden maintient son avance sur Donald Trump, selon le site FiveThirtyEight, spécialisé dans l'analyse des sondages.

Le 11 août, la moyenne des sondages agrégés (États et national) indiquait que le candidat démocrate récoltait 50,2 % des intentions de vote comparativement à 41,9 % pour le président républicain. Pis encore, 55,3 % des Américains désapprouvaient les politiques de Donald Trump, soit l'un des sommets d'impopularité depuis que le président est entré en fonction en janvier 2017 (le pic a été atteint à 58,3 %, le 16 décembre 2017).

Certes, son degré d'impopularité est descendu sous la barre des 50 % à la fin mars et au début avril, mais il est reparti à la hausse depuis le début de la pandémie de COVID-19, qui frappe de manière disproportionnée les États-Unis.

Le 11 août, le pays comptait 5 098 452 cas déclarés, ce qui représente 25 % des 20 126 452 cas recensés dans le monde, selon le site de l'Université Johns Hopkins. Or, les États-Unis représentent seulement 4 % de la population mondiale.

La terrible récession qui afflige les États-Unis (au deuxième trimestre, en rythme annualisé, le PIB américain a chuté de 32,9 %) et son cortège de chômeurs (le taux de chômage s'est établi à 10,2 % en juillet, en légère baisse par rapport à 11,1 % en juin) minent aussi la popularité de Donald Trump.

En entrevue à Les Affaires, Rafael Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques à l'UQAM et auteur de Révolution Trump, estime que le président peut encore techniquement gagner la présidentielle, mais que les probabilités qu'il la perde sont plus élevées. «Il est très mal positionné», souligne ce spécialiste des élections américaines.

Par exemple, le taux d'approbation de Donald Trump n'a jamais dépassé la barre des 50 % depuis qu'il est en poste, son pic de popularité ayant été atteint le 28 mars 2020, à 46,1 %, selon FiveThirtyEight. «C'est du jamais vu pour un président sortant», dit-il.

Rafael Jacob souligne aussi que la prochaine élection est très différente de celle de novembre 2016, alors que Donald Trump affrontait la démocrate Hillary Clinton, après deux mandats de l'administration Obama. «L'élection du 3 novembre n'est pas un choix entre Trump et Biden ; c'est plutôt un référendum sur Trump», insiste-t-il.

Incertitudes autour des capacités de Joe Biden

Pour autant, certains facteurs pourraient favoriser la réélection du président sortant, estiment des analystes, à commencer par l'état de santé mentale de Joe Biden, un sujet de moins en moins tabou dans les médias américains.

Certains observateurs notent parfois de la confusion dans ses propos, voire un début de sénilité, c'est-à-dire un déclin des capacités mentales des personnes âgées - le candidat démocrate aura 78 ans le 20 novembre. On ne compte plus d'ailleurs les vidéos qui circulent sur le Web montrant Joe Biden dans des situations plutôt embarrassantes.

Or, précisions-le, à ce jour, aucun test (du moins rendu public) n'a été fait pour infirmer ou confirmer son état mental. La prudence est donc de mise.

Pour autant, l'incertitude sur son état pourrait influencer la perception des Américains quant à sa capacité à diriger le pays (surtout si les débats télévisés confirment leur inquiétude), même si sa colistière et candidate à la vice-présidence, la sénatrice Kamala Harris, est une femme brillante et expérimentée.

Bien entendu, la plupart des électeurs démocrates voteront pour Joe Biden, peu importe son état de santé. En revanche, les républicains modérés excédés par les politiques de Trump et qui songent à voter démocrate pourraient finalement accorder un second mandat à l'actuel locataire de la Maison-Blanche.

Apprendre des erreurs de 2016

Un autre facteur pourrait aussi favoriser le président sortant : l'attitude des démocrates à l'égard de leur base traditionnelle, c'est-à-dire les travailleurs et les ouvriers qu'ils ont graduellement délaissés depuis l'élection de Bill Clinton en 1992 (au profit des classes plus aisées), et dont plusieurs ont voté pour Donald Trump en 2016.

Du reste, il s'agit d'un phénomène occidental. En France, les travailleurs et les ouvriers, qui ont longtemps voté pour les socialistes et les communistes, appuient désormais en grande partie le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen.

Certes, les démocrates ont amorcé un virage à gauche ce printemps, quand Bernie Sanders a jeté l'éponge face à Joe Biden dans la course à l'investiture démocrate. Mais est-ce la «bonne gauche», c'est-à-dire leur base traditionnelle ?

L'enjeu est de taille, car si les démocrates s'adressent surtout à la gauche urbaine, éduquée et mondialiste, ils risquent de frapper à nouveau un mur comme en 2016. En revanche, si leurs politiques visent surtout les travailleurs et les ouvriers du Midwest et des États industriels des Grands Lacs (la Rust Belt), ils ont des chances de récupérer le vote de leur base traditionnelle et de battre Donald Trump le 3 novembre.

Dans ce contexte, le Parti démocrate a-t-il fait ses devoirs depuis 2016 ? Et, surtout, a-t-il appris de ses erreurs ? À cette seconde question, Rafael Jacob répond «en bonne partie, non».

Bref, si les astres semblent alignés pour une victoire probable de Joe Biden le 3 novembre, le président sortant n'est pas encore vaincu pour autant. Donald Trump, qui courtise actuellement plus que jamais la base traditionnelle des démocrates, pourrait donc surprendre à nouveau.

Comme en 2016.

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); stage auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand

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