Pourquoi Trump gagnera ou perdra en 2020

Publié le 08/06/2019 à 07:49

Pourquoi Trump gagnera ou perdra en 2020

Publié le 08/06/2019 à 07:49

un homme sortant d'un avion

Le président américain Donald Trump sortant de l'avion Air Force One (Source photo: Getty Images)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE – La prochaine élection présidentielle aux États-Unis sera déterminante pour l’avenir du pays et de l’ordre international de l’après-guerre. Donald Trump sera-t-il réélu? C’est fort possible, mais il peut aussi perdre. Et la clé sera encore une fois de quel côté pencheront les fameux «swing states» ou États pivots.

La firme new-yorkaise Eurasia Group, spécialisée dans l’analyse politique qui conseille les entreprises et les investisseurs, vient de publier une analyse à ce sujet qui pèse bien les pour et les contre entourant l’élection présidentielle de novembre 2020.

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Aussi, à 17 mois du scrutin, les scénarios d’une réélection ou d’une défaite de Donald sont loin d’être écrits dans le ciel, car plusieurs facteurs sont encore incertains, selon l’analyse d’Eurasia Group.

Trump gagnera parce que…

Commençons par les éléments qui militent en faveur d’une victoire de Trump.

Tout d’abord, un président sortant a un avantage clair sur un candidat qui essaie de le déloger de la Maison-Blanche

Depuis 1932, il n’y a qu’à deux reprises qu’un président sortant n’est pas arrivé à se faire réélire. Il s'agit du démocrate Jimmy Carter (1977-1981) et du républicain George Bush père (1989-1993).

Et selon Eurasia Group, on ne peut pas comptabiliser le président républicain Gérald Ford (1974-1977), car il n’a pas été élu -il était vice-président quand il a remplacé le président Richard Nixon dans la foulée du scandale du Watergate.

L’autre facteur en faveur de Donald est le dynamisme de l’économie américaine.

Depuis un siècle, aucun président sortant qui cherchait à se faire réélire n'a perdu son pari à moins qu’il n’y ait une récession deux ans avant le vote. Or, l’économie américaine va bien et les risques d’une récession en 2020 sont faibles, disent la plupart des économistes.

Le PIB américain progressera de 2,3% en 2019 et de 1,9% en 2020, selon les plus récentes prévisions du Fonds monétaire international (FMI).

Enfin, si l’on tient compte de ce dernier facteur (une économie forte), les modèles mathématiques parmi les plus respectés prévoient une victoire de Donald Trump en novembre 2020, souligne Eurasia Group.

Trump perdra parce que…

Plusieurs nuages à l’horizon pourraient toutefois faire mordre la poussière au président.

Son manque de popularité est préoccupant pour sa réélection. Il est d’ailleurs le premier président de l’ère moderne des États-Unis dont le taux d’approbation agrégé n’a jamais dépassé la barre des 50%.

Après 867 jours (en date du 5 juin), son taux d’approbation agrégé était de 41,9%.

Un taux qui est beaucoup moins élevé pour la même période que celui de George Bush père (72,8%), George W. Bush (62,2%), Bill Clinton (49,3%), Barack Obama (48,2%) et Ronald Reagan (45,4%).

Par ailleurs, Donald Trump est impopulaire là où ça compte vraiment, c’est-à-dire, les «swing states» ou les États pivots qui peuvent basculer aussi bien dans le camp démocrate que républicain.

Car ce sont les grands électeurs choisis dans chacun des 50 États qui décident qui occupera la Maison-Blanche et non pas le vote populaire. En 2016, la démocrate Hillary Clinton a gagné le vote populaire, mais a perdu celui au niveau des États.

Or, de nouveaux sondages publiés dans la semaine du 3 juin montrent que le taux d’approbation net (approbation moins désapprobation) du président est problématique dans plusieurs États clés, comme on peut le constater sur cette infographie.

Lors de la présidentielle de 2016, Donald Trump avait remporté tous ces États, dont plusieurs étaient traditionnellement acquis aux démocrates en raison de la présence d’un nombre élevé de cols bleus et d’ouvriers.

Selon Eurasia group, sa base électorale est trop petite pour lui assurer la victoire dans ces États si une majorité d'électeurs perd foi en lui.

Autre signe inquiétant pour Trump : lors des dernières élections de mi-mandat (élections de représentants, de sénateurs et de gouverneurs), en novembre 2018, les démocrates ont remporté le vote populaire par une marge de 7 points.

De plus, une récente étude affirme que près de 90% des marges victorieuses pour les démocrates dans ces élections de mi-mandat proviennent d’électeurs qui ont voté pour Donald Trump en 2016 et qui ont décidé d'appuyer les démocrates deux ans plus tard.

La grande inconnue : qui affrontera Trump?

Après avoir pesé les pour et les contre, il n’en demeure pas moins qu’il reste une grande inconnue : qui sera le candidat ou la candidate démocrate qui affrontera le président?

Une personne qui peut reconquérir la base traditionnelle des démocrates (ouvriers, cols bleus, classe moyenne, etc.) perdue par Hillary Clinton en 2016 (et Barack Obama, après la crise financière de 2008-2009) pourrait créer une surprise.

D’autres zones d’ombre créent de l’incertitude.

Y aura-t-il un candidat indépendant vedette, qui pourrait prendre de précieux votes à la fois au président Trump et à son adversaire démocrate?

Un choc économique imprévu pourrait-il faire plonger l’économie américaine en récession ou une crise internationale d’envergure (une guerre contre l’Iran, par exemple) pourrait-elle changer la perception des Américains à propos du meilleur candidat pour devenir le commandant en chef?

Chose certaine, il faut se méfier des spécialistes, des analystes et des journalistes qui affirmeront que tel candidat gagnera la prochaine élection présidentielle aux États-Unis.

Gardons en tête que personne ou presque n’a prévu la victoire de Donald Trump en 2016.

Dans ce contexte, une saine gestion du risque géopolitique doit être de mise, en se préparant à la fois à une victoire ou à une défaite du président sortant.

Comme le dit l’adage, «Hope for the best and prepare for the worst».

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse hebdomadaire Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); stage auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand

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