Pétrole: l'ours russe est pris au piège

Publié le 23/01/2016 à 08:02

Pétrole: l'ours russe est pris au piège

Publié le 23/01/2016 à 08:02

Source photo: Shutterstock

ANALYSE DU RISQUE - Vous pensez que l'économie canadienne pâtit de la chute du prix du pétrole? Attendez de voir ce qui passe en Russie, où l'effondrement du baril étouffe littéralement l'économie russe, beaucoup trop dépendante des hydrocarbures.

En 2015, le PIB de la Russie (en récession) devrait reculer de 3,7%, selon le Fonds monétaire international (FMI). Et cette année, l'économie russe devrait encore se contracter de 1%.

En revanche, la Bourse tient le coup. Depuis un an, l'indice phare de la Bourse de Moscou, le MICEX, affiche même un rendement de 8%, selon Bloomberg. Un baume pour les investisseurs.

La Russie est le troisième pays producteur de pétrole (après les États-Unis et l'Arabie saoudite), avec une production de 10,8 millions de barils par jours (4,3 millions au Canada), selon l'Energy Information Administration (EIA), une agence américaine.

Le secteur de l'énergie (pétrole et gaz naturel) représente environ 25% du PIB de la Russie, et il représente plus des deux tiers des revenus d'exportation du pays (50% uniquement pour les produits pétroliers).

C'est donc un secteur névralgique pour la Russie.

Depuis 20 mois, le brent de la mer du Nord - la référence sur les marchés mondiaux - a perdu 70% de sa valeur pour s'établir à 31$ le baril à la clôture le 21 janvier, selon Bloomberg.

Il va sans dire que des prix à ce niveau font très mal au gouvernement russe, dont la moitié des recettes fiscales provient de l'exportation de pétrole.

En 2015, la chute du prix du pétrole - couplée à l'effet des sanctions internationales à la suite de l'intervention de Moscou en Ukraine - a coûté 27 milliards de dollars américains à la Russie, selon le gouvernement russe.

Le premier ministre Dmitri Medvedev a d'ailleurs partagé publiquement ses inquiétudes par rapport à la dégringolade des cours pétroliers, rapporte Le Monde.

«Il faut s'attendre au pire des scénarios» 

«Si les prix du pétrole continuent à baisser [...], il faut s'attendre au pire des scénarios», a-t-il déclaré en marge d'un forum économique qui s'est récemment tenu à Moscou, en faisant référence à l'éventuelle fin de la rente pétrolière pour la Russie.

La dépréciation du rouble (une devise liée aux prix des ressources, comme le dollar canadien) face au dollar américain pose aussi un problème.

La devise russe a perdu 18% depuis un, et 62% en cinq. Ce qui fait bondir l'inflation dans le pays. En 2015, elle s'est maintenue au-dessus de 15%.

Une situation qui a un impact sur le pouvoir d'achat.

Aujourd'hui, 39% des ménages russes n'ont plus les moyens de se nourrir convenablement ou d'acheter des vêtements, rapporte le Financial Times. Cette proportion était de 22% il y a un an.

La classe moyenne russe, qui progressait depuis des années, est désormais au neutre, voire en déclin.

Selon Rosstat, l'équivalent russe de Statistique Canada, 2,3 millions de personnes ont sombré dans la pauvreté durant les neuf premiers mois de 2015.

Les taux d'intérêt élevés en Russie n'aident pas non plus à stimuler l'économie.

Durant les 10 premiers mois de 2015, les investissements ont reculé de 5,5% dans le pays, rapporte Rosstat.

Le 20 janvier, la Banque centrale de la Russie a maintenu son taux directeur à ... 11%.

À titre de comparaison, celui de la Banque du Canada s'établit à 0,5%, tandis que celui de la Réserve fédérale américaine se situe dans une fourchette de 0,25 à 0,50%.

La Russie peut-elle rebondir?

Depuis la dissolution de l'ex-URSS (Union des républiques socialistes soviétiques), en 1991, l'économie russe a montré à maintes reprises sa résilience, notamment lors de la crise asiatique (et des pays émergents), en 1997-1998, et de la crise financière, en 2008, rappellent les économistes.

Cela dit, la crise que traverse la Russie est majeure.

La grande question est de savoir quelle direction prendra le prix du pétrole en 2016 et dans les prochaines années.

Rebondiront-ils ou resteront-ils très bas?

Chose certaine, le manque de diversification de l'économie russe pénalise la Russie. C'est pourquoi le pays est pris au piège en raison du pétrole.

L'ours russe pourra-t-il s'en extirper?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ». En 2020, il a été finaliste au prix Judith-Jasmin (catégorie opinion) pour son analyse « Voulons-nous vraiment vivre dans ce monde? ».

François Normand