Les démocrates proposent une révolution verte aux États-Unis

Publié le 16/02/2019 à 08:01

Les démocrates proposent une révolution verte aux États-Unis

Publié le 16/02/2019 à 08:01

Des politiciens américans devant le Congrès des États-Unis

Des élus démocrates devant le Congrès américain à Washington (source photo: Getty)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE – Encensée par les uns, décriée par les autres, la proposition de lancer un Green New Deal (GND) aux États-Unis pour combattre le changement climatique soulève les passions, car ce projet transformerait de fond en comble l’économie et la société américaine.


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Cet ambitieux projet pour décarboniser l’économie américaine d’ici 2030 (100% d’énergie renouvelable) est proposé par l’aile gauche du parti démocrate, dont la figure de proue est la jeune représentante démocrate de l’État de New York, Alexandria Ocasio-Cortez.


Le GND veut aussi s’attaquer aux inégalités et à la stagnation du niveau de vie aux États-Unis, principalement en créant des emplois manufacturiers bien payés (10 millions en 10 ans) et en arrêtant de transférer des emplois et de la pollution à l’étranger.


Outre une production d’énergie entièrement renouvelable, le Green New Deal propose plusieurs chantiers sur 10 ans (cette liste n’est pas exhaustive):



  • Améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments aux États-Unis et en bâtir de nouveaux encore plus efficaces.



  • Offrir davantage de transport public, incluant des trains à haute vitesse.



  • Restaurer et protéger les écosystèmes qui limitent l’impact du changement climatique.



  • Réduire au maximum la pollution et les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans le secteur manufacturier.



  • Offrir un environnement (eau, air, sol) de qualité aux Américains.


Si jamais ce plan se mettait en branle, cela représenterait d’innombrables occasions d’affaires pour les entreprises et les investisseurs canadiens aux États-Unis, notamment en raison de l’intégration des chaînes logistiques entre les deux pays.


Bien entendu, ce projet ne peut voir le jour que si les démocrates gagnent la course à la Maison-Blanche en 2020 et reprennent le contrôle des deux chambres au Congrès -ils contrôlent uniquement la Chambre des représentants.


Les républicains -à commencer par le président Trump- critiquent le GND jugé trop coûteux, interventionniste, voire «socialiste». Débarnoniser l’économie pourrait même coûter environ 425 milliards de dollars américains, selon une analyse publiée dans le Wall Street Journal.


Le document introduit au Congrès n’évalue pas les coûts du Green New Deal. En revanche, il cite une étude américaine estimant que les changements climatiques pourraient coûter 500 G$US par année à l’économie américaine en 2100.


Certains démocrates, dont la présidente de la majorité démocrate à la Chambre des représentants Nancy Pelosi, sont aussi mal à l’aise avec ce projet jugé trop à gauche, ce qui risque de faire peur aux électeurs centristes en 2020 au profit de Donald Trump.


Or, selon certains analystes, Hillary Clinton a justement perdu la présidentielle de 2016, car elle a trop courtisé le centre au détriment de la base traditionnelle des démocrates composée des ouvriers et des travailleurs de la classe moyenne.


La même impulsion que le New Deal de Roosevelt


L’utilisation de l’expression «Green New Deal» est utilisée de manière stratégique par les porteurs démocrates de ce projet. Elle fait référence à un événement marquant de l’histoire américaine, soit le fameux New Deal du président démocrate Franklin Delano Roosevelt.


En 1933, au plus fort de la crise déclenchée par le krach d’octobre 1929, Washington lance alors cette politique interventionniste pour combattre le chômage de masse et redresser l’économie, notamment grâce à de vastes travaux d’infrastructures (routes, écoles, ponts, barrages, etc.).


Selon l’Institut Hoover, un think thank américain associé à l’Université Stanford, le New Deal de Roosevelt aurait «sauvé le capitalisme», car la crise l’avait discrédité aux États-Unis et favorisé la montée des idées communistes.


Chose certaine, cette politique du président Rosevelt a changé le visage des États-Unis, préparant le pays pour l’effort de guerre et l’essor économique de la deuxième moitié du 20e siècle, selon les historiens.


Bref, il a transformé la société américaine.


C’est exactement ce que souhaitent aujourd’hui des démocrates avec le Green New Deal, qui appelle «à une nouvelle mobilisation nationale, sociale, industrielle et économique d’une ampleur pas vue depuis la Deuxième Guerre mondiale et le New Deal».


Ce projet est-il réaliste? Les avis sont partagés.


Chose certaine, on sent une volonté de plus en plus ferme aux quatre coins du monde pour lutter plus efficacement contre le changement climatique qui menace la santé publique, la prospérité économique et, ultimement, notre civilisation, affirment des scientifiques.


Chez nos voisins américains, on note aussi une mobilisation au niveau des États.


Le Nouveau-Mexique, le Minnesota et l’État de New York, pour ne nommer que ceux-là, envisagent de mettre en place des Green New Deal, souligne le magazine Scientific American.


Par exemple, l’État de New York veut que 70% de son électricité soit produite à partir de sources renouvelables d’ici 2030, notamment grâce à l’hydro-électricité fournie par Hydro-Québec. La production sera entièrement verte en 2040.


Les États-Unis sont le deuxième pays émetteur de GES après la Chine. Le hic, c’est que les émissions américaines (et chinoises) continuent d’augmenter. Or, il faut les réduire de manière drastique, selon le dernier rapport du GIEC de l’ONU.


Ainsi, pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré Celcius par rapport au début de l’ère industrielle (la température globale s’est déjà réchauffée de 1 degré), l’humanité doit réduire ses émissions de 40 à 60% d’ici 2030 par rapport à 2010.


Et il ne doit plus y avoir d’émissions en 2050.


La barre est haute, très haute même. Mais on peut y arriver s’il y a une réelle volonté politique et une mobilisation générale pour y arriver, disent les spécialistes.


Il faut toutefois un nouveau contrat social.


Un nouveau contrat vert.


 


 


 


 

À propos de ce blogue

Dans son analyse hebdomadaire Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); stage auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand