Le Canada veut (re)devenir un leader mondial dans les sciences de la vie

Offert par Les Affaires


Édition du 16 Février 2022

Le Canada veut (re)devenir un leader mondial dans les sciences de la vie

Offert par Les Affaires


Édition du 16 Février 2022

(Photo: 123RF)

ANALYSE. Face aux risques sanitaires croissants, le Canada veut (re)devenir une puissance mondiale dans la production de vaccins et de thérapies. Pour mieux protéger les Canadiens, mais aussi pour protéger l’ensemble de l’humanité en exportant nos produits pharmaceutiques, car ces risques sanitaires sont mondiaux.

Dans une récente entrevue à Les Affaires, le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, a expliqué que la vision de son gouvernement à propos de la biofabrication allait donc beaucoup plus loin que la simple reconstruction de la capacité vaccinale du Canada. «Nous voulons renforcer l’écosystème de recherche pour faire des sciences de la vie un pilier industriel de l’économie canadienne», a insisté le ministre en donnant l’exemple des vaccins, très d’actualité en raison de la pandémie.

Ainsi, il souhaite que le Canada devienne un acteur incontournable dans l’ensemble de la chaîne de valeur mondiale, et ce, de la conception de la molécule à la production des doses, en passant par la fabrication des ingrédients pour concevoir des vaccins.

Le pays a plusieurs atouts pour y arriver: une stabilité politique, une prévisibilité réglementaire, des frontières qui sont demeurées ouvertes aux entreprises malgré la pandémie, sans parler d’un écosystème et d’une main-d’oeuvre de qualité. Selon le ministre, cette stratégie s’appuie sur le constat que le Canada et les autres pays font face à deux «grands enjeux» au 21e siècle: la pandémie de COVID-19 (et les futures maladies infectieuses, dont certaines pourraient provoquer des pandémies) et les changements climatiques.

 

300 nouvelles maladies infectieuses en 64 ans

Entre 1940 et 2004, les autorités sanitaires ont recensé l’éclosion de plus de 300 maladies infectieuses dans le monde, incluant le VIH, l’Ebola, le virus du Nil occidental, le H1N1 et le SRAS. Cela n’inclut même pas la COVID-19… C’est la journaliste américaine Sonia Shah qui donne cette information dans son incontournable essai Pandémie:traquer les épidémies, du choléra aux coronavirus (publié en 2016, mais récemment traduit en français).

Ottawa ne part pas d’une page blanche pour faire du Canada une puissance mondiale dans les sciences de la vie.

Non seulement le pays possède déjà un écosystème intéressant dans la biofabrication, mais il a aussi déjà eu une industrie très importante dans le passé, qui rayonnait dans le monde — il s’agit donc, en fait, de la reconstruire.

Des années 1950 aux années 2000, l’industrie pharmaceutique s’est constamment développée au Canada, notamment dans la grande région de Montréal. Cette industrie a fait de grandes découvertes qui ont sauvé des vies, dont les médicaments pour mieux contrôler le sida (le 3TC) et l’asthme (le Singulair), deux innovations issues de laboratoires montréalais.

Toutefois, à compter du milieu des années 2000, l’industrie canadienne — surtout dans la région métropolitaine — a commencé décliner et à perdre de nombreux emplois, notamment en raison du transfert d’activités dans des pays à faible coût de production.

C’est ainsi qu’au fil des ans, l’Inde est devenue le plus important fabricant de vaccins au monde, souligne le magazine Fortune.

Une capacité nationale qui n’est pas étrangère au fait que ce pays de 1,38 milliard d’habitants a réussi à vacciner adéquatement 607 millions de personnes (16 fois la population canadienne) entre le 3 août et le 1er février, selon le site Our World in Data. Aujourd’hui, 714 millions d’Indiens (51,7 %) sont adéquatement vaccinés, comparativement à seulement 7,8 %, au début du mois août.

 

Les projets se décuplent

Depuis le début de la pandémie, en mars 2020, Ottawa a multiplié les initiatives afin de rebâtir la capacité vaccinale du Canada, et ce, des fonds dans la recherche aux efforts afin de produire des vaccins localement et attirer des pharmaceutiques.

Par exemple, au courant de 2022, des vaccins contre la COVID-19 seront fabriqués à Montréal dans le nouveau laboratoire du Conseil national de recherches du Canada (CNRC). La québécoise Medicago produira aussi bientôt un vaccin contre la COVID-19 à base de plantes, quand Santé Canada lui aura donné le feu vert.

En août, l’américaine Moderna — un fabricant de vaccins à ARN messager — a quant à elle annoncé qu’elle construira une usine de production et un centre de recherche et développement au Canada, qui devraient être fonctionnels en 2024.

Et on pourrait donner bien d’autres exemples.

C’est un cercle vertueux, insiste François-Philippe Champagne. Plus le Canada abritera de pharmaceutiques et de fournisseurs de l’industrie, plus d’autres acteurs dans le monde voudront se greffer à cette nouvelle grappe des sciences de la vie.

Un peu comme pour la grappe de l’aérospatiale de Montréal, l’une des plus importantes dans le monde, avec les Bombardier et autres Airbus de ce monde. Mais au lieu d’exporter des produits aérospatiaux, le Canada exportera des produits pharmaceutiques.

À propos de ce blogue

Dans son analyse Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ». En 2020, il a été finaliste au prix Judith-Jasmin (catégorie opinion) pour son analyse « Voulons-nous vraiment vivre dans ce monde? ».

François Normand

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