La Chine manufacturière manque de plus en plus de bras

Publié le 04/09/2021 à 08:55

La Chine manufacturière manque de plus en plus de bras

Publié le 04/09/2021 à 08:55

Comme au Québec, les jeunes en Chine n’ont plus vraiment envie de travailler dans les usines. (Photo: 123RF)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE. Le phénomène n’est pas nouveau, mais il prend de plus en plus d’ampleur. Les entreprises manufacturières chinoises manquent cruellement de main-d’œuvre non spécialisée, et cela risque d’avoir un impact sur les entreprises canadiennes qui produisent ou qui importent des produits de la Chine.

Car, si ce n’est pas déjà le cas dans certains secteurs, cette pénurie fera à terme bondir leurs coûts de production et d’approvisionnement, sans parler du risque de pâtir de délais supplémentaires pour se faire livrer des biens finis ou des pièces au Canada.

Comment peut-on manquer de main-d’œuvre dans un pays de 1,4 milliard d’habitants?

À coup sûr, un lecteur posera cette question.

Eh bien, ce n’est pas la taille de la population totale d’un pays qui compte, mais plutôt le bassin de sa population active par rapport aux besoins du marché du travail, en l’occurrence dans le secteur manufacturier.

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Aussi, un petit pays ayant une croissance démographique et une adéquation entre l’offre et la demande de main-d’œuvre manufacturière ne manquera pas vraiment de bras pour faire fonctionner les machines dans les usines.

En revanche, un pays dont la population active diminue et où les travailleurs boudent de plus en plus les emplois dans les usines souffrira d’une pénurie de la main-d’oeuvre dans son secteur manufacturier.

Or, l’économie chinoise se retrouve dans cette situation.

 

Que se passe-t-il en Chine?

Cette situation tient à plusieurs facteurs.

Tout d’abord, comme au Québec, les jeunes en Chine n’ont plus vraiment envie de travailler dans les usines.

Ils trouvent ces emplois répétitifs et préfèrent travailler dans le secteur des services, où les salaires sont plus élevés et les occasions d’avancement professionnel plus fréquentes.

À un niveau plus macro-économique, le secteur manufacturier chinois a deux problèmes structuraux.

Premièrement, la Chine a plusieurs défis démographiques : sa population est vieillissante, le taux de natalité est faible et le pays accueille très peu d’immigrants.

La natalité est si basse en Chine que la population active pourrait même fondre de 35 millions de personnes au cours des cinq prochaines années, soit presque l'équivalent de la population totale du Canada, rapporte la chaîne d’affaires française BFM Business.

Deuxièmement, un écart se creuse de plus en plus entre l’offre d’emploi (les postes que les Chinois sont prêts à occuper) et la demande d’emploi (les postes que les entreprises en Chine ont besoin de pourvoir).

 

La stratégie des entreprises en Chine

Bien entendu, le gouvernement central et les entreprises en Chine essaient de réduire cette pénurie de la main-d’œuvre.

Pékin a par exemple supprimé la politique de l’enfant unique en 2016. En juin, le gouvernement a même annoncé qu’il autorise désormais les couples à avoir trois enfants, et ce, après que les données du recensement eurent montré une forte baisse du taux de natalité.

Mais ce n’est pas une panacée. Rien ne garantit que les Chinois se mettront à faire beaucoup d’enfants. De plus, cette main-d’œuvre potentielle prendra des années avant d’être disponible sur le marché du travail.

Dans ce contexte, des spécialistes estiment que la Chine pourrait s’inspirer de Singapour, qui mise en partie sur l’immigration afin de combler les besoins des entreprises locales pour les postes non qualifiés.

La Chine communiste adoptera-t-elle cette approche?

De leur côté, les entreprises manufacturières en Chine ont grosso modo trois options pour tenter de recruter des travailleurs ou atténuer l’impact de la pénurie de la main-d’œuvre.

Elles peuvent d’abord augmenter les salaires. Cette stratégie peut donner des résultats, mais elle fait augmenter leurs coûts de production, et les incitent à augmenter les prix facturés à leurs clients en Chine et à l’étranger.

Elles peuvent aussi délocaliser une partie de leur production dans des pays comme le Vietnam et le Cambodge, où la main-d’œuvre est plus abondante et moins dispendieuse.

Elles peuvent enfin investir pour automatiser et robotiser leurs chaînes de production, atténuant ainsi le besoin d’embaucher des employés peu qualifiés. Cette tendance s’accélère d’ailleurs en Chine.

Des entreprises chinoises adoptent cette stratégie, mais aussi des sociétés étrangères comme le constructeur automobile allemand BMW, qui utilise déjà près de 4 000 robots dans trois de ses usines en Chine.

La pénurie de la main-d’œuvre donne bien des maux de tête aux chefs d’entreprises manufacturières au Québec, car elle chambarde leur gestion des opérations et peut même miner leur croissance.

Celles qui produisent en Chine ou importent des produits de la Chine doivent maintenant composer de plus en plus avec cet enjeu dans leur chaîne logistique mondiale.

Comme quoi les problèmes locaux deviennent souvent mondiaux.

 

 

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ». En 2020, il a été finaliste au prix Judith-Jasmin (catégorie opinion) pour son analyse « Voulons-nous vraiment vivre dans ce monde? ».

François Normand

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