Europe: radicaux et populistes de droite menacent l'économie


Édition du 24 Janvier 2024

Europe: radicaux et populistes de droite menacent l'économie


Édition du 24 Janvier 2024

Tino Chrupalla, leader d'Alternative pour l'Allemagne (extrême droite), André Ventura, président du parti portugais Chega (Assez - extrême droite), et Marine Le Pen, représentante du Rassemblement national français (extrême droite), en novembre dernier, à Lisbonne, au Portugal. (Photo: Getty Images)

ANALYSE. L'avancée de la droite radicale et de la droite populiste en Europe n’augure rien de bon pour les nos entreprises qui y vendent ou y achètent des produits, sans parler de celles qui y exploitent des usines. Plusieurs études montrent que ces courants minent l’économie et réduisent le niveau de vie dans les pays où ces droites sont au pouvoir.

Actuellement, ces droites participent au gouvernement en Finlande, en Slovaquie, en Hongrie et en Italie, alors qu’elles appuient le gouvernement en Suède. Aux Pays-Bas, le Parti de la liberté de Geert Wilders est arrivé en tête lors des élections du 22 novembre — à la mi-janvier, il n’avait pas encore réussi à former un gouvernement.

Dans une récente analyse (« À l’approche des élections européennes, les droites radicales ont le vent en poupe »), le quotidien financier français Les Échos souligne que ces droites arrivent aussi au premier et au deuxième rang dans les sondages nationaux dans plusieurs pays européens, dont en France (le Rassemblement national) et en Allemagne (Alternative pour l’Allemagne ou AfD), les deux plus importantes économies de l’Union européenne (UE).

Règle générale, les droites radicale et populiste s’opposent à l’immigration, à l’Islam ainsi qu’à l’UE, qui affaiblit la souveraineté des pays membres. De nouvelles causes ont émergées au fil des ans, selon le quotidien britannique The Guardian: les guerres culturelles, les droits des minorités et les efforts que l’on demande aux citoyens dans la lutte aux changements climatiques, qui sont jugés trop exigeants.

Cependant, avant d’expliquer l’incidence négative de ces droites sur l’économie européenne, commençons par définir ces courants, qui sont parfois décrits inadéquatement dans le débat public, faussant ainsi l’analyse du risque géopolitique.

 

Quelles droites?

Les grands spécialistes des droites Cas Mudde (The Far Right Today, 2019) et Jean-Yves Camus (Les droites extrêmes en Europe, 2015) affirment que la droite radicale «accepte» les formes de la démocratie, mais qu’elle s’oppose aux éléments fondamentaux de la démocratie libérale, comme les droits des minorités, la règle de droit et la séparation des pouvoirs.

À ne pas confondre, selon eux, avec l’extrême droite, qui « rejette » ou « répudie » l’essence de la démocratie que sont la souveraineté populaire et la règle de la majorité. Historiquement associés à l’Allemagne nazie ou à l’Italie mussolinienne, les partisans de l’extrême droite sont aujourd’hui les néonazis, les néofascistes ou les dirigeants des dictatures de droite.

Quant aux populistes, le spécialiste Jan-Werner Müller (Qu’est-ce que le populisme?, 2018) souligne qu’ils sont « hostiles aux élites » et qu’ils sont « fondamentalement antipluralistes ».

À leurs yeux, eux seuls — nous et seulement nous, illustre l’auteur — représentent le « peuple véritable ». Une posture qui divise la société.

La menace économique que représente la montée des droites radicale et populiste en Europe est un problème majeur pour les entreprises canadiennes, car l’Union européenne est un marché stratégique pour le Canada.

Pris comme un bloc, les 27 pays de l’UE ont reçu 4,6 % de nos exportations de marchandises en 2022, ce qui en fait notre deuxième marché international après les États-Unis (77 %), mais devant la Chine, au troisième rang, à 3,7 %, selon Statistique Canada.

Les 27 sont aussi un partenaire clé pour les achats du Canada à l’étranger, car nous y achetons 10,8 % des produits que nous importons. En 2022, l’UE était notre troisième marché d’importation, après les États-Unis (49,1 %) et la Chine (13,5 %).

 

Incidences majeures

Trois études documentent bien l’incidence de ces droites sur l’économie.

En juin, la Fondation Carnegie pour la paix internationale (Carnegie Endowment for International Peace), un groupe de réflexion de Washington, a publié How Does Business Fare Under Populism ?. Selon l’auteur de l’étude, les stratégies populistes « réduisent la croissance et tendent vers le nationalisme économique ».

Par exemple, selon l’analyse du bilan de dirigeants populistes de 1900 à 2020, ces derniers freinent la croissance d’environ 1 % par année ainsi que l’ouverture de leur pays au commerce international, en plus de contribuer généralement à la hausse de l’inflation.

Une autre étude, publiée en 2022, par trois auteurs chapeautés par Science Po, en France (« Populist Leaders and the Economy »), affirme que « le coût du populisme est très élevé » d’après l’analyse du bilan économique à long terme de 51 présidents et premiers ministres.

Ainsi, après avoir eu un gouvernement populiste au pouvoir pendant 15 ans, ces pays affichent un PIB par habitant inférieur de 10 % à un scénario plausible sans gouvernance populiste.

Une troisième étude (« The macroeconomic impact of radical right populist parties in government »), publiée en 2022 par deux chercheurs de l’Université Rovira et Virgili, en Espagne, montre que la présence d’une coalition formée d’un parti populiste de la droite radicale et d’un parti conservateur « peut conduire à une hausse de l’inflation et à une baisse de la production ».

Comme les droites radicale et populiste en Europe veulent limiter grandement l’immigration, on pourrait aussi ajouter que leurs politiques réduisent le bassin de main-d’œuvre des entreprises dans les pays où elles participent au gouvernement ou l’appuient.

Cette tendance peut miner le potentiel de croissance économique des clients et des fournisseurs des entreprises canadiennes en Europe, tout comme celui de nos entreprises qui y exploitent une ou plusieurs usines.

 

 

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À propos de ce blogue

Dans son analyse Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Il détient aussi un MBA de l'Université de Sherbrooke. François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ». En 2020, il a été finaliste au prix Judith-Jasmin (catégorie opinion) pour son analyse « Voulons-nous vraiment vivre dans ce monde? ».

François Normand

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