Chine : quatre scénarios politiques pour l'avenir

Publié le 13/04/2019 à 09:01

Chine : quatre scénarios politiques pour l'avenir

Publié le 13/04/2019 à 09:01

Les leaders de la Chine, dont le président Xi Jinping et le premier ministre Li Keqiang, lors d'un récent vote au parlement chinois. (source photo: Getty)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE – Nous sommes inondés d’articles, de rapports et de livres sur l’avenir économique de la Chine. Par contre, peu de choses se publient sur son avenir politique. Pourtant, cet enjeu est crucial, car la stabilité économique de la Chine -et du monde- est liée à la stabilité politique de cette puissance mondiale.


L’enjeu est de taille pour les entreprises et les investisseurs, canadiens et étrangers actifs dans la deuxième économie mondiale, sans parler de ceux qui s’intéressent à ce marché de 1,3 milliard d’habitants.


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Il y a quelques années, un spécialiste nord-américain en gestion du risque géopolitique me confiait que le plus grand risque auquel était confrontée son organisation en Chine était un «printemps chinois», soit l’effondrement ou le renversement du parti communiste.


L’onde de choc serait immense, tout comme l’incertitude.


Qui dirigerait le pays, dans quelles circonstances? Quel serait l’impact sur l’économie chinoise, le commerce international, la Bourse, les investissements, le prix de matières premières? Les chaînes d’approvisionnement mondiales liées à la Chine seraient-elles affectées?


D’aucuns minimiseront ce risque, le qualifiant même d’impossible.


Gardons en tête que peu de personnes, en 1988, avaient prévu la chute du mur de Berlin un an plus tard, suivi par la chute du communisme européen, la réunification allemande et la désintégration l’Union soviétique.


La prudence est donc de mise quant à l’avenir politique de la Chine.


La meilleure façon d’y voir clair est de lire les meilleurs spécialistes à ce sujet, et l’un d’eux est sans contredit Claude Meyer, un Français qui a conduit une double carrière de banquier international et d’universitaire spécialisé sur l’Asie.


Actuellement conseiller au centre Asie de l’Institut français des relations internationales (IFRI), il a récemment publié un essai très intéressant pour ceux et celles qui s’intéressent à la montée économique et politique de la Chine.



Dans ce livre, Claude Meyer s’intéresse justement à l’avenir politique de la Chine. Selon lui, quatre scénarios sont possibles, dont certains sont plus probables que d’autres.


Scénario #1 - La démocratie en douceur


Ce scénario évoqué par certains spécialistes s’appuie sur la théorie de la transition selon laquelle la hausse du niveau de vie en Chine entraîne inéluctablement la démocratisation du pays, comme cela s’est notamment déroulé à Taïwan et en Corée du Sud.


L’ancien président américain Bill Clinton s’est inspiré de cette théorie, quand son administration a donné le feu vert à l’entrée de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le chien de garde du commerce international, en 2001.


«Elle était convaincue qu’une étroite intégration de la Chine dans l’économie mondiale grâce à son entrée à l’OMC accélérerait la libéralisation politique et l’instauration d’un véritable État de droit», souligne Claude Meyer.


Dans ce scénario, la démocratisation se fait par le haut. Le parti communiste s’adapte et initie les réformes, comme l’a fait le Guomindang (le parti nationaliste chinois) à Taïwan.


Or, si ce scénario pouvait se concevoir en Chine sous les présidences de Jiang Zemin (1993-2003) et de Hu Jintao (2003-2013), le tournant autoritaire imposé par l’actuel président Xi Jinping le rend «hautement improbable, affirme Claude Meyer.


L’an dernier, le parlement chinois a aboli la limitation des mandats présidentiels, ouvrant la voie à une présidence à vie pour Xi Jinping.


Scénario #2 - Une révolution violente


Ce deuxième scénario envisage une évolution violente par le bas ou une réplique de Tiananmen (manifestation étudiante réprimée dans le sang au printemps de 1989).


La crise souvent annoncée par plusieurs spécialistes -économique, financière et sociale- se déclenche brutalement et entraîne un effondrement du régime communiste, sans exclure le déclenchement d’une guerre civile.


Difficile d’imaginer la suite des choses et un retour à la normale après ce tel scénario cataclysmique à maints égards.


Même si rien ne semble annoncer pareil scénario actuellement, on ne peut toutefois pas l’exclure complètement à terme, estime Claude Meyer.


Fragilisé par des difficultés multiples aux quatre coins du pays, le gouvernement chinois se durcirait encore davantage. L’accumulation des frustrations des Chinois conduirait alors la Chine au point de rupture, faisant basculer le pays dans les convulsions d’un effondrement.


Là aussi, Claude Meyer affirme que ce scénario reste très improbable.


Pourquoi? Parce que le pragmatisme des dirigeants communistes les inciterait à s’adapter afin de sauver le régime, bien avant le déclenchement d’un tel séisme.


Scénario #3 – Le statu quo ou la consolidation du régime


«C’est l’hypothèse la plus probable pour la prochaine décennie, compte tenu des décisions prises récemment par les instances dirigeantes, qui ont entériné la dérive autoritaire de l’empereur rouge», souligne Claude Meyer.


Ainsi s’est mis en place en Chine un nouveau régime assimilable à une forme de présidence impériale. Tout un virage par rapport à la direction collégiale (mandat maximum de 10 ans) qui avait été mis en place après la mort de Mao Zedong.


Ce dernier a dirigé la Chine communiste de 1949 à 1976, une période au cours de laquelle le pays a connu des bouleversements dramatiques, à commencer par le Grand bond en avant et la Révolution culturelle.


Dans ce contexte, Xi Jinping a les coudées franches pour réaliser ses deux objectifs :



  • À l’international : faire de la Chine LA superpuissance mondiale devant les États-Unis.

  • À l’intérieur : conduire et mener à terme la transition vers un nouveau modèle de croissance, moins dépendant des exportations et plus axé sur la consommation.


Scénario #4 – Vers le modèle singapourien?


À plus long terme, selon Claude Meyer, il existe peut-être un quatrième scénario pour l’avenir politique de la Chine, une voie qui sortirait le pays du dilemme démocratisation-effondrement, soit le recours à l’héritage confucéen de la Chine.


Et Singapour pourrait être un modèle pour la Chine communiste.


Ce petit pays de 6 millions d’habitants (dont près de 75% sont d’origine chinoise) allie bonne gouvernance et régime autoritaire dans la pure tradition confucéenne. C’est pourquoi il pourrait à terme être une source d’inspiration pour les dirigeants chinois.


Du reste, les Chinois sont déjà fascinés par le modèle singapourien. Le dirigeant Deng Xiaoping s’en est d’ailleurs inspiré quand il a lancé sa politique de réformes et d’ouverture en 1978, après la fin de l’ère de Mao Zedong.


La réussite de la petite cité-État (son PIB par habitant s’élevait à 57 714 $US en 2017, comparativement à 45 032 $US au Canada) repose sur plusieurs valeurs qui séduisent Pékin :



  • L’efficacité économique associée à une forme de socialisme.

  • Le culte de la méritocratie.

  • L’éthique confucéenne.

  • Le choix de «l’asianité» contre les valeurs occidentales.


Cela dit, s’inspirer davantage de Singapour représente tout un défi pour la Chine, car les deux pays sont très différents : superficie, taille de la population, complexité de l’organisation territoriale, atouts stratégiques ou politique étrangère.


Bien malin qui peut prévoir l’avenir de la Chine avec précision.


Même Claude Meyer demeure d’ailleurs très prudent.


Il n’exclut pas non plus que l’évolution du régime chinois puisse combiner plusieurs scénarios afin de garder le pouvoir ou, à tout le moins, demeurer le parti dominant advenant qu’il perde le monopole du pouvoir.


Autant d’éléments à considérer lors qu’on analyse les risques géopolitiques en Chine.


 

À propos de ce blogue

Dans son analyse hebdomadaire Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); stage auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand

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