Ces deux idéologies domineront le 21e siècle

Publié le 01/06/2019 à 08:38

Ces deux idéologies domineront le 21e siècle

Publié le 01/06/2019 à 08:38

À gauche, le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini lors d'un rassemblement; à droite, des jeunes marchant pour le climat à Paris. (sources: Getty)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE – Le néolibéralisme, le communisme et la social-démocratie ont été les trois grandes idéologies qui ont dominé le 20e siècle. En déclin ou discréditées aujourd’hui, elles seront marginalisées et supplantées dans les prochaines décennies par le nationalisme et l’écologisme, estiment plusieurs analystes.

Le nationalisme prône la défense des intérêts politique, économique et culturel des nations. Il peut être de gauche, mais il est la plupart du temps associé à la droite et à l’extrême droite.

L’écologisme prône à tout prix la protection l’environnement et la prise en compte du rythme réel de renouvellement des ressources naturelles. Il peut être de droite, mais ses partisans sont essentiellement issus de la gauche et de l’extrême gauche.

Si cette tendance se confirme, la montée du nationalisme et de l’écologisme aura un impact de plus en plus important sur la sphère politique et économique de nos sociétés, sans parler de la mobilité des marchandises et des personnes dans le monde.

Les politiques publiques qui en découleront auront donc nécessairement un impact sur les exportateurs, les importateurs et les investisseurs.

Car un monde dominé par le nationalisme et l’écologisme aura tendance à «démondialiser» l’économie, avec par exemple l'application de tarifs douaniers pour protéger des industries nationales et la création de chaînes logistiques plus locales (approvisionnement, production, commercialisation) afin de réduire l’empreinte écologique des entreprises.

Bien entendu, le nationalisme et l’écologisme ne sont pas de nouvelles idéologies.

Mais elles ont le vent dans les voiles.

Leur progression au parlement européen lors des récentes élections dans l’Union européenne en témoigne, comme on peut le constater sur cette infographie du quotidien français Le Monde.

L’extrême droite (qui prône une forme de nationalisme) est maintenant la troisième force politique au nouveau parlement (elle était la septième dans le parlement sortant).

Quant aux verts, ils demeurent le cinquième groupe parlementaire, mais ils ont fait des gains notoires, à commencer par l’Allemagne, le moteur économique de l’Europe, où ils sont désormais la deuxième force politique.

«Quelque chose est en train de changer dans le pays», fait remarquer le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung.

Les nationalistes et les écologistes ne contrôlent pas le parlement européen, mais ils y ont accru leur influence, affirment la plupart des analystes.

Une vieille idéologie et une jeune idéologie

Mais avant d’aller plus loin, un rappel historique s’impose pour comprendre ce que pourrait nous réserver l’avenir.

Dans forme actuelle ou moderne, le nationalisme est né lors de la Révolution française à la fin du 18 siècle, avec la nation armée pour défendre la France contre les monarques européens qui voulaient tuer dans l’œuf cette révolution.

Quant à l’écologisme, il est né dans la seconde moitié du 20e siècle, quand des penseurs ont pris conscience des limites physiques de la Terre (une croissance infinie est impossible dans un monde fini) et de l’impact du capitalisme sur l’environnement. Il a toutefois eu une réelle importance politique qu'à partir des années 1980.

Discrédité en Occident après la Deuxième Guerre mondiale parce qu’il a inspiré des régimes militaires en Allemagne, en Italie et au Japon, le nationalisme est en train de renaître de ses cendres depuis quelques décennies.

«Le nationalisme, c’est la guerre», a déjà déclaré l’ancien président français François Mitterrand, qui avait vécu le Deuxième Guerre mondiale.

Or, cette génération contemporaine des affres de la guerre est en train de s’éteindre tranquillement, de sorte que le nationalisme n’est plus vraiment un tabou auprès des jeunes générations.

La montée en puissance de l’extrême droite et du populisme ces dernières années en Occident témoigne du retour en force de cette idéologie.

Mais attention : on n’assiste pas au retour du nationalisme belliqueux des années 1930, comme l’affirment à tort plusieurs analystes.

Ce nationalisme ou le «retour des nations», comme l’affirment certains intellectuels, se traduit plutôt, en Europe, par une méfiance à l’égard de l’Union européenne et de l'immigration et, aux États-Unis, par le rejet du multilatéralisme et le retour du protectionnisme.

On assiste aussi à une montée du nationalisme ou de l’affirmation nationale ailleurs dans le monde, comme dans la Chine de Xi Jinping ou l’Inde de Narendra Modi.

Cette montée du nationalisme coïncide aussi avec le déclin des partis traditionnels qui se partageaient le pouvoir dans plusieurs pays occidentaux depuis des décennies, à commercer par la France, où les socialistes sont devenus une formation marginale au fil des ans lors des élections européennes, comme le montre cette infographie du Monde.

Dans une tribune publiée dans le magazine Foreign Policy ayant fait grand bruit, Michael Anton, ancien conseiller à la sécurité nationale du président américain, affirme même que le multilatéralisme et son corollaire de la fin annoncée de l’État-nation sont une anomalie de l’après-guerre et que le nationalisme est une constante dans l’histoire.

La montée inéluctable de l'écologisme

Pour leur part, les partis verts sont loin de pouvoir prendre le pouvoir dans la plupart des pays occidentaux à moyen terme, même si les écologistes ont déjà fait partie de coalitions en Europe, à commencer par l'Allemagne.

En revanche, l’écologisme est sur une lancée inéluctable en raison du sentiment d’urgence de plus en plus répandu dans le monde face à la crise écologique, et ce, des changements climatiques à la surconsommation de ressources naturelles en passant par l’accélération de l’extinction des espèces.

De plus en plus de députés écologistes se font élire dans le monde, même au Canada.

Et cette tendance s’accentuera dans les prochaines années, affirment les analystes.

Les adolescents qui se mobilisent et font l’école buissonnière aux quatre coins du monde pour faire pression sur les gouvernements afin d’accélérer la lutte aux changements climatiques voteront dans les prochaines années. Et leur fibre écologiste -les parents le savent bien- est beaucoup plus développée que celle des générations précédentes.

Un autre facteur accélérera la montée de l’écologisme : le réchauffement climatique.

Car, à moins d’une surprise de taille, l’humanité arrivera difficilement à limiter le réchauffement climatique sous la barre des 2 degrés Celcius par rapport au début de l’ère industrielle –il a déjà augmenté de 1 degré.

Selon le Groupe d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), il faut réduire de 45% nos émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030 pour limiter le réchauffement à 1,5 degré Celcius, la limite pour éviter un emballement du climat et la multiplication des catastrophes naturelles.

Il nous reste donc 11 ans pour atteindre cet objectif. Le GIEC propose un scénario très ambitieux pour y arriver :

  • Adopter un régime énergétique.
  • Éliminer le charbon.
  • Retirer la moitié des voitures des routes.
  • Construire 38 réacteurs nucléaires.
  • Installer 1,5 million d’éoliennes.
  • Retirer le tiers des vaches de la planète.

L’atteinte de cet objectif n’est pas impossible, mais il est assez improbable étant donné la lenteur à laquelle se fait actuellement la transition écologique dans le monde.

La chaleur terrestre augmentera-t-elle de 2, 3, 4 degrés? Difficile à dire.

Chose certaine, plus la Terre se réchauffera, plus il y aura un appétit pour l’écologisme, ce qui se traduira éventuellement par l’élection de gouvernements verts dans certains pays, où de gouvernements dont l’idéologie dominante sera l’écologisme.

Un peu comme les partis socio-démocrates qui ont embrassé l'idéologie néolibérale (baisse d'impôts, privatisation, déréglementation, réduction des programmes sociaux) après la chute de communisme aux tournants des années 1990, sans être officiellement des néolibéraux.

Enfin, le changement climatique favorisera aussi par la montée du nationalisme, font remarquer certains analystes.

Pourquoi? Parce que le réchauffement de la Terre accentuera les migrations de millions de personnes des régions chaudes vers les régions plus tempérées, à commencer par l’Europe et l’Amérique du Nord.

Une situation qui favorisera notamment les partis nationalistes de l’extrême droite, comme on a déjà pu le constater en Europe dans la foulée de la crise des migrants en 2015.

Leur popularité a augmenté dans plusieurs pays.

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse hebdomadaire Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); stage auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand

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