Ce candidat démocrate peut battre Trump en 2020

Publié le 03/08/2019 à 08:20

Ce candidat démocrate peut battre Trump en 2020

Publié le 03/08/2019 à 08:20

Le président américain Donald Trump (Source photo: Getty Images)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE – La course à l’investiture démocrate est bien lancée, même s’il faudra attendre encore des mois pour connaître l’identité de la personne qui affrontera Donald Trump lors de la présidentielle de novembre 2020. Ce ou cette candidate devra toutefois avoir plusieurs cordes à son arc pour espérer déloger le locataire de la Maison-Blanche.

À ce jour, une vingtaine de candidats ont déclaré leur intention de briguer l’investiture du parti démocrate. Un nombre très élevé qui diminuera dans les prochaines semaines, souligne le Wall Street Journal.

Car, selon les règles de qualification du comité national démocrate en prévision du prochain débat à Houston en septembre, les candidats doivent avoir obtenu au moins 2% dans quatre sondages nationaux, en plus d’avoir récolté de l’argent auprès de 130 000 donateurs uniques.

Or, à l’heure actuelle, seulement huit personnes se sont qualifiées :

  • l’ex-vice-président, Joe Biden
  • le sénateur du Vermont, Bernie Sanders
  • la sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren
  • la sénatrice de la Californie, Kamala Harris
  • l’ex-maire de South Bend, Pete Buttigieg
  • le sénateur du New Jersey, Cory Booker
  • l’ex-représentant du Texas, Beto O’Rourke
  • la sénatrice du Minnesota, Amy Klobuchar

Pour sa part, le président Trump demeure relativement populaire dans les sondages malgré ses frasques et ses déclarations controversées.

D’ailleurs, après 925 jours au pouvoir, il affiche sensiblement le même taux d’approbation que le républicain Ronald Reagan, qui a réussi à décrocher un second mandat en 1984, comme on peut le constater sur ce graphique du site d’analyse politique FiveThirtyEight.

Aussi, les probabilités que l’actuel président demeure au pouvoir demeurent élevées. C’est pourquoi le prochain leader du parti démocrate devra être un ou une candidate hors du commun.

Il faut un bagarreur

Qu’on le veuille ou non, Donald Trump a changé dans une certaine mesure la façon de débattre et de faire de la politique aux États-Unis, alors que la courtoisie et le sain choc des idées sont en déclin.

Outre ses mensonges, le président attaque et dénigre systématiquement ses adversaires sur toutes les tribunes, à commencer par son fameux compte Twitter. Une approche qui en a déstabilisé plus d’un, sans parler de ceux qui craignent désormais de croiser le fer avec lui.

Bref, il a malheureusement établi un nouveau standard; son futur adversaire démocrate ne pourra pas faire fi de cette nouvelle donne.

Aussi, ce dernier devra être capable de répondre du tac au tac aux attaques de Donald Trump lors présidentielle de 2020. Il ne s’agit pas ici de sombrer dans la démagogie et mensonge, mais plutôt de contre-attaquer avec des arguments massue et de viser le K.O. intellectuel.

Cela implique une connaissance fine de Donald Trump, de son programme, de ses contradictions, de ses faiblesses, sans parler d’une maîtrise des principaux enjeux politique, économique, social et culturel aux États-Unis.

Il faut un «vrai» social-démocrate

Au fil des ans, le parti démocrate a graduellement perdu âme pour devenir un parti centriste. Ce phénomène a débuté avec la présidence de Bill Clinton pour s’accentuer avec Barack Obama, soulignent des analystes.

De la crise des années 1930 jusqu’à la fin des années 1980, le parti démocrate a été le parti de la classe moyenne et des ouvriers, sans parler des forces progressistes aux États-Unis.

Or, à partir de l’administration Clinton, dans les années 1990, les démocrates ont commencé à tourner le dos à leur base traditionnelle pour n’avoir d’yeux ou presque que pour les banquiers de Wall Street et les nouveaux millionnaires de la Silicon Valley.

Ce glissement vers le centre de l’échiquier politique a été fatal à la candidate démocrate Hillary Clinton en 2016, même si elle remporté le vote populaire par 2 864 980 voix, rappelle Radio-Canada.

Sa défaite tient au fait qu’elle a perdu par de faibles marges des États clés comptant plusieurs grands électeurs comme l’Ohio, la Pennsylvanie, le Michigan et le Wisconsin. Or, ces États industriels, que le président Obama avait remportés lors de sa réélection en 2012, abritent la base traditionnelle des démocrates.

Donald Trump a fait des gains dans ces États, car il s’est engagé à défendre bec et ongles les intérêts des travailleurs dont les emplois sont menacés par la concurrence étrangère, une stratégie inédite pour un candidat républicain.

Force est de constater qu’il a livré la marchandise. Depuis son élection, les emplois manufacturiers sont de retour aux États-Unis en raison de ses politiques économiques, incluant la renégociation de plusieurs accords commerciaux comme l’ALÉNA.

Aussi, le prochain champion des démocrates doit absolument renouer avec la base traditionnelle du parti afin de reconquérir les États du cœur industriel des États-Unis.

Comment? En s’intéressant réellement à la réalité, aux rêves et aux craintes (qu’elles soient fondées ou non) de la classe moyenne et des travailleurs américains.

Cela n’implique pas d’être anticapitaliste ou hostile aux entreprises. Les démocrates peuvent très bien appuyer les PME et les entrepreneurs tout en ayant à cœur les intérêts socio-économiques de l’ensemble des Américains.

Il faut un visionnaire

Le candidat ou la candidate démocrate doit aussi avoir une vision claire de l’état de la société américaine et de ce qu’il faut faire pour relever ses nombreux défis.

Comme dans plusieurs pays industrialisés, les inégalités sont à la hausse aux États-Unis depuis 40 ans, selon la Banque mondiale. En 1979, le coefficient de Gini (qui mesure les écarts de revenus) s’établissait à 34,6 comparativement à 41,5 en 2016.

La personne qui affrontera Trump doit donc s’attaquer à ce problème qui mine la cohésion de la société américaine, et ce, avec une meilleure distribution de la richesse (fiscalité plus progressive, meilleurs programmes sociaux, etc.).

Un système de santé universel -comme le proposent d’ailleurs plusieurs candidats démocrates- est aussi un pas dans la bonne direction, car un régime universel contribue à réduire les inégalités, selon une étude recensée par le Journal of Epidemiology & Community Health (How a universal health system reduces inequalities : lessons from England).

Enfin, les changements climatiques affectent déjà et affecteront de plus en plus les États-Unis. Dans les prochaines années, des millions d’Américains pâtiront des impacts des catastrophes naturelles qui sont de plus en plus graves.

Or, Donald Trump ne fait rien pour lutter contre le réchauffement de la planète.

Aussi, le ou la démocrate qui fera de la lutte au changement climatique une priorité nationale -tout en créant des emplois verts- marquera certainement des points, car les impacts négatifs se feront aussi bien sentir chez les électeurs démocrates et républicains.

Bien malin qui peut prédire qui remportera les primaires démocrates en 2020.

Comme le soulignent plusieurs analystes, la prochaine présidentielle américaine sera cruciale pour les États-Unis et le reste du monde. Si la réélection de Donald Trump est possible, elle n’est cependant pas inéluctable.

Les démocrates peuvent donc reprendre la Maison-Blanche.

Mais encore faut-il que celui ou celle qui affrontera le président sortant ait l’envergure intellectuelle pour le battre.

 

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse hebdomadaire Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); stage auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand

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