La fin de l'hégémonie économique américaine?

Publié le 05/09/2011 à 14:46, mis à jour le 06/09/2011 à 12:08

La fin de l'hégémonie économique américaine?

Publié le 05/09/2011 à 14:46, mis à jour le 06/09/2011 à 12:08

[Photo : Bloomberg]

BLOGUE. Si l’on désire vraiment bien comprendre pourquoi cette reprise économique est si longue à se matérialiser, peut-être faudrait-il se souvenir d’où elle prend ses racines. Voici une chronologie rapide version Barrière:

1990 : fin du communisme, l’Amérique a gagné sa guerre psychologique. Dans les années qui suivent, l’URSS se démantèle en petits morceaux.

1994 : Ayant perdu son principal partenaire économique et ne désirant pas finir comme eux (l’URSS), la Chine accélère son redressement économique en débutant par une dévaluation de 40% de sa devise. Personne n’y porte attention, ce pays étant encore une petite économie et alors que tous les yeux sont rivés sur les États-Unis qui contrôlent cette sortie de siècle. Le prochain siècle sera américain, Internet, sans papier, technologique et orienté vers les loisirs. Les bras ne sont plus valorisés, c’est la nouvelle ère des cerveaux. Le secteur manufacturier américain débute son déclin et les investisseurs étrangers veulent un morceau de ce nouveau dogme du dot.com.

2000 : Puis le crash technologique de 2000 et les attentats du 11 septembre 2001 ont complètement changé la donne dans cette entrée de siècle. L’argent (ou ce qu’il en restait) est reparti aussi vite qu’il était arrivé. La solution américaine fut de baisser le taux directeur le plus bas possible pendant que Georges W. Bush y allait d’un cri du cœur «le peuple américain va continuer à dépenser !» Ce qu’il fit.

La source de la crise actuelle est exactement dans cette surconsommation américaine des années post-2001. Consommer sans compter, des produits fabriqués en Chine, avec de l’argent prêté par… la Chine. Dans cette phase de survie économique, combien de gouvernements, d’organismes réglementaires, de banques ont fermé les yeux ou simplement arrondi les angles ? L’indice Dow Jones a doublé de 2002 à 2007. Combien de CEO et d’administrateurs sont passés à GO (MONOPOLY®) sans se poser de questions? Pourtant, bon nombre d’économistes ont lancé des avertissements alors qu’il s’est consommé pendant cette période de cinq ans ce qui normalement en prend dix.

Pas étonnant donc que la récession que nous venons de traverser semble si difficile à oublier. Si tous ont annoncé que c’était la pire crise depuis celle de 1939, elle ne peut se régler en quelques trimestres. Les stigmates des excès de consommation vont probablement prendre de 5 à 6 ans avant de s’effacer; donc, vers la fin de 2013 les choses seraient revenues à une certaine normalité. Ceux qui n’en peuvent plus du pessimisme ambiant n’ont qu’à fermer télévision et ordinateur.

Pour les États-Unis ça veut surtout dire de profondes cicatrices qu’il ne sera pas facile à effacer, même avec les injections de Botox de la FED. Par contre ceux qui veulent enterrer le dollar américain vont devoir se raviser, car dans le monde des devises, il ne faut pas mélanger valorisation et utilisation.

Clairement, la devise américaine a touché son point fort en février 2002 après 30 années de hausse. Mais ce renversement se fait surtout contre les devises des nouvelles économies dont les échanges sont de plus en plus importants (c’est un indice « Trade Weighted »). Que le billet vert soit de moins en moins utilisé dans le futur est une certitude. Il faudra un jour faire de la place aux devises des pays émergents lorsqu’ils voudront bien libéraliser leur monnaie. En attendant, l’USD représente 43% de l’ensemble des échanges mondiaux de devises, suivi par l’Euro à 20%. Le Canada est 7e avec moins de 3% et la Chine 24e avec…0.2%.

Mais que l’USD ne fasse que perdre de la valeur est loin d’être certain. La crise du AAA américain et les soubresauts des bourses l’ont très bien démontré, lorsque la panique s’empare des marchés, c’est l’USD qui sert de refuge. L’USD sera de moins en moins utilisé dans le futur ce qui est une bonne nouvelle, mais rien n’indique qu’il vaudra moins. Quant à l’or, je vous expliquerai dans quelques semaines pourquoi c’est la prochaine bulle à exploser.

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À propos du blogue "Barrière sans frontières" :

À cheval depuis vingt-cinq ans entre le domaine financier et la PME, entre l’Europe et l’Amérique, François Barrière tentera au travers de son blogue de vous apporter des éclaircissements sur des événements financiers internationaux que certains analystes se plaisent à compliquer. Vulgarisateur apprécié, il tire aussi bien de la gauche que de la droite.

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