Mot d'ordre : collaborer!

Publié le 30/01/2014 à 14:07, mis à jour le 30/01/2014 à 14:16

Mot d'ordre : collaborer!

Publié le 30/01/2014 à 14:07, mis à jour le 30/01/2014 à 14:16

Avez-vous déjà pris le temps de regarder attentivement un arrêt au puits lors d’une course de Formule 1? Qu’avez-vous noté, au-delà de la rapidité d’exécution, de trois secondes en moyenne?

Sans doute, le nombre de travailleurs à l’arrêt. Ils sont 23! Chacun d’eux accomplit une série d’actions précises afin d’assurer un arrêt au puits rapide, efficace et sécuritaire. Il y a au moins huit fonctions différentes autour de la monoplace, incluant le pilote de la voiture.

Mais avez-vous pensé à un autre facteur primordial au sein d’une équipe, outre les compétences des individus, qui lui permet d’effectuer aussi efficacement le travail?

La collaboration, bien sûr!

La collaboration ou la complémentarité est aujourd’hui un élément clé des milieux de travail performants. Le principe est relativement simple : former des équipes de travailleurs issus de diverses disciplines et surtout de différents services de l’organisation, qui collaborent à un même projet. En clair, faire travailler en équipe des gens de la production, des finances, des communications et des ressources humaines...

Pas vraiment différent de la manière dont nous travaillons déjà, me direz-vous peut-être. Je vous assure, ça l’est. La majorité des entreprises organisent le travail en services : le service de la manutention, le service des finances, le service recherche et développement et ainsi de suite. Ces services ont une caractéristique en commun, ils sont généralement cloisonnés. Imaginez une succession de silos à grain où chaque silo représente un service de l’entreprise. L’une des propriétés d’un silo à grain est d’être hermétique, afin que les grains ne se mélangent pas entre eux et également de préserver les grains des intempéries. L’idée de la collaboration est de briser ces « silos » afin de rendre le travail plus efficace, stimulant et agréable.

Collaborer, ça se fait comment dans la pratique?

La collaboration peut être instaurée au sein d’une organisation de trois principales façons, selon Alain Gosselin, Fellow CRHA, professeur à HEC Montréal. En ayant un objectif ou un projet commun, en modifiant le langage et, finalement, en améliorant la connaissance du travail de tous dans l’entreprise.

Tout d’abord, la détermination d’un objectif ou d’un projet commun rendra plus naturel le recours à la collaboration. Elle aura pour effet de créer une chaîne d’actions entre les services où les idées et les actions des uns auront un impact sur celles des autres. En ce sens, la communication et les séances de travail en groupe hétérogène seront l’une des conditions de succès de l’atteinte de l’objectif ou de la réussite du projet.

Si on revient à notre équipe de Formule 1, on peut dire que son objectif est très clair et connu de tous : faire tous les changements nécessaires sur la monoplace de manière sécuritaire et le plus rapidement possible. Pour y parvenir, les travailleurs doivent réaliser leur tâche de manière coordonnée avec celles des autres membres de l’équipe.

Un second moyen pour favoriser la collaboration, selon monsieur Gosselin, est de passer d’un environnement de travail où l’on s’exprime majoritairement « je » et au « tu » à un environnement de travail où l’on utilise plutôt le « nous ». Ce simple changement permet de créer un esprit de cohésion parmi les travailleurs. L’utilisation du « nous » rallie en effet l’ensemble de l’organisation autour de l’objectif ou du projet et renforce l'idée que les travailleurs ont une responsabilité partagée envers sa réalisation.

En Formule 1, lors d'un arrêt au puits, le travailleur qui se trouve à l’avant de la monoplace avec la perche se terminant par un cercle, communément appelée suçon en langage de Formule 1, informe le pilote de la progression du travail. Avoir un langage collectif clair et compris de tous est l’une des clés qui rendent possible le changement de quatre pneus et souvent d’une autre composante de la voiture en quelques secondes.

Finalement, monsieur Gosselin propose d’implanter la collaboration en s’assurant que tous les travailleurs comprennent bien le rôle, les responsabilités et les contributions de chacun au sein de l’organisation. Il est essentiel de sortir du traditionnel organigramme et des descriptions de poste standardisées. De cette manière, il est possible de partager les bonnes pratiques entre équipes et d’apprendre des bons coups et des erreurs des autres.

Pour l’équipe d’arrêt au puits, la connaissance du rôle et des responsabilités des autres est primordiale. Chacun connaît les gestes que posera son collègue, au millième de seconde près. Il y a peu d’environnements de travail où une connaissance aussi approfondie du travail de chacun est requise. Néanmoins, c’est une source d’inspiration!

Que vous soyez prêt à passer totalement à un mode de gestion collaboratif ou que vous désiriez l’appliquer à plus petite échelle dans votre entreprise, c’est sans doute la période appropriée pour entreprendre le virage. En effet, les travailleurs sont de plus en plus à la recherche d’un milieu de travail qui met la collaboration de l’avant.

Prêt à passer en mode collaboration?

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À propos de Florent Francoeur

Florent Francoeur, CRHA est président-directeur général de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés depuis 1992. Sous sa direction, l’Ordre est passé de 800 à plus de 11 000 membres et a notamment obtenu le Grand Prix québécois de la qualité en 2005 et en 2008. Administrateur de société certifié, monsieur Francoeur siège au conseil d’administration de la Commission des normes du travail et de la Commission des partenaires du marché du travail. Il est également vice-président de la Commission de la fonction publique de la ville de Montréal. De plus, il a été le premier Canadien à présider la World Federation of Personnel Management Associations (WFPMA), de 2006 à 2008.

Il préside les comités de gouvernance du Conseil interprofessionnel du Québec, l’organisme qui représente les 46 ordres professionnels québécois, et de la Commission des normes du travail. Il siège aussi au comité consultatif de deux sociétés privées.

À propos de ce blogue

Florent Francoeur, CRHA est président-directeur général de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés depuis 1992. Sous sa direction, l’Ordre est passé de 800 à plus de 11 000 membres et a notamment obtenu le Grand Prix québécois de la qualité en 2005 et en 2008. Monsieur Francoeur a donné, au fil des années, des centaines de conférences et d’entrevues mettant en valeur les bonnes pratiques de gestion du personnel et de relations du travail dans les organisations.

Florent Francoeur

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