Fraude alimentaire: une menace prise au sérieux par l'industrie

Publié le 15/09/2017 à 16:36

Fraude alimentaire: une menace prise au sérieux par l'industrie

Publié le 15/09/2017 à 16:36

Une hausse des plaintes à l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Des consommateurs de plus en plus méfiants. La fraude alimentaire s’est invitée dans l’assiette. Qu’est-ce qui inquiète le plus les acteurs de la chaîne alimentaire ? Et quelles solutions voient-ils à ce phénomène en expansion ?

Pour les transformateurs alimentaires du Québec, la fraude alimentaire constitue une atteinte à leur réputation et à leur compétitivité. Et ils pointent notamment du doigt les produits importés. « Ce n’est pas notre rôle de vérifier les importations, mais nous faisons quand même des plaintes à propos de produits falsifiés ou avec une étiquette trompeuse », a indiqué Christine Jean, vice-présidente, Services techniques et réglementaires du Conseil de la transformation alimentaire du Québec, lors de la conférence des Événements Les Affaires sur la Fraude alimentaire qui a eu lieu le 12 septembre à Montréal.

« Des muffins importés qui se conservent six mois parce qu’ils contiennent dix fois la dose permise d’agents de conservation, c’est une attaque à la compétitivité des entreprises locales, a-t-elle poursuivi. Même chose lorsque des produits associés au Québec font l’objet de contrefaçon, comme le vin de glace ou le sirop d’érable. Le gouvernement fédéral doit contrôler davantage les importations. »

Perte de confiance

Bien sûr, les entreprises d’ici ne sont pas toutes blanches comme neige. On n’a qu’à penser à l’ontarienne Mucci qui a écopé d’une amende de 1,5 million de dollars l’an dernier pour avoir vendu des tomates du Mexique en prétendant faussement qu’elles étaient produites au pays. La perte de confiance des consommateurs est d’ailleurs ce qui préoccupe le plus les producteurs agricoles, a pour sa part indiqué Alyne Savary, coordonnatrice à la mise en marché à l’Union des producteurs agricoles. « Un cas et c’est l’ensemble de la filière qui en paie le prix. »

Et cette perte de confiance est aussi alimentée par des gestes en apparence anodins. Mme Savary a donné l’exemple d’un événement où de l’agneau du Québec avait été faussement présenté comme de l’Agneau de Charlevoix, une appellation réservée. 

Sécurité alimentaire

Toujours à propos de la confiance, Pierre-Alexandre Blouin, président-directeur général intérimaire de l’Association des détaillants en alimentation du Québec, a soulevé la problématique des allégations. « Nous vendons les produits dans nos magasins sous ces allégations, mais sans plus de garanties pour les consommateurs. Jusqu’où faire confiance à nos partenaires d’affaires ? »

Il a aussi souligné que la fraude alimentaire n’est pas uniquement le fait de la fabrication industrielle. « Elle peut aussi être artisanale », a-t-il dit en racontant l’histoire d’une petite entreprise locale qui vendait ses confitures dans un supermarché dans la section des produits du terroir. Or, après des plaintes des autres fabricants, on a découvert que la confiture était achetée chez Cosco, puis mise dans de jolis petits pots.

Toujours plus de contrôles

Pour M. Blouin, les organismes de certification sont essentiels pour contrer la fraude. Justement, Aliments Québec certifie la provenance de quelque 20 000 produits. L’organisme reçoit une dizaine de plaintes par année de consommateurs à propos d’aliments qui arborent ses logos alors qu’ils ne sont pas fabriqués ou préparés au Québec. Souvent, toutefois, il s’agit d’une erreur et non d’une intention de frauder.

Marie Beaudry, directrice générale, a raconté le cas d’une entreprise membre. « Un employé avait utilisé l’emballage avec notre logo pour un aliment venant d’ailleurs. Nous avons fait changer l’étiquette des produits encore en magasin. »  Aliments du Québec fait aussi des vérifications aléatoires en entreprise pour s’assurer de la provenance des aliments.

Les conférenciers ont également fait état de la norme GFSI (Global Food Safety Initiative), qui permet aux transformateurs et aux détaillants de gérer et de surveiller leur chaîne d’approvisionnement, dont les fournisseurs de matières premières. Mais si les entreprises ont des outils pour travailler avec leurs fournisseurs, il y a un coût aux certifications. Or, « le portefeuille joue beaucoup dans le comportement d’achat des consommateurs », a dit Chantal Vézina, directrice générale du Conseil des industries bioalimentaires de l’île de Montréal.

Mme Vézina a aussi parlé de l’enjeu de la formation des employés. « Les entreprises ont le devoir d’être vigilantes dans l’accompagnement de leur personnel. »

Coupable de fraude ?

Contrefaçon, dilution de produits, substitution d’ingrédients, fausses allégations à propos de la provenance ou de la nature de l’aliment… On croit souvent que la notion de fraude alimentaire implique l’intention de tromper le consommateur dans le but d’en retirer un gain économique. Toutefois, « une entreprise peut être poursuivie pour fraude alimentaire même si elle n’avait pas l’intention de tromper », a affirmé Jean-Luc Couture, associé de la firme d’avocats Therrien Couture. D’ailleurs, les détaillants et les importateurs ont des obligations par rapport aux produits qu’ils mettent en marché.

Me Couture a présenté le cas d’un supermarché poursuivi pour avoir changé la date de péremption sur des viandes emballées. Or, l’entreprise a démontré que son employé avait fait cela à son insu, qu’il avait reçu des directives claires de retirer les aliments expirés des comptoirs et qu’il avait été formé sur l’hygiène et la salubrité. Comme elle a fait preuve de diligence raisonnable, elle a été acquittée.

Pour en apprendre davantage, participez à la conférence Sécurité alimentaire qui aura lieu le 06 février 2018.