Le vent tourne-t-il en Bourse?

Publié le 02/11/2019 à 10:00

Le vent tourne-t-il en Bourse?

Publié le 02/11/2019 à 10:00

Les investisseurs restent incrédules devant les seize sommets de la Bourse américaine depuis le début de l’année.

Le scepticisme persiste parce que les données économiques se contredisent chaque jour, le statut des négociations commerciales reste fluide et les pros jugent que le message prudent du marché obligataire est plus fiable que celui de la Bourse.

Publié cette semaine, l’indicateur d’activité manufacturière ISM est resté sous le seuil 50 pour un troisième mois consécutif en octobre.

Lors du ralentissement de 2015-2016, cet indicateur avait connu le même sort pendant quatre mois, rappelle Charlie Bilello, de Pension Partners.

L’indice des directeurs d’achat de Chicago est tombé à 43,2 en octobre, son niveau le plus faible depuis décembre 2015. La composante des nouvelles commandes a chuté à 37, un plancher depuis mars 2009.

Par contre, la création de 128 000 emplois a nettement surpassé les attentes de 85 000. Le Département du travail a aussi relevé les données d’août et de septembre.

En Chine, deux indicateurs divergent aussi, signale Simon MacAdam, économiste mondial de Capital Economics. L’indicateur manufacturier PMI officiel s’est contracté pour un sixième mois en octobre tandis que l’indicateur manufacturier indépendant Caixin a atteint le plus haut niveau depuis février 2017.

De quoi susciter la confusion.

D’ailleurs, les taux américains ont moins réagi que les actions au rebond de l’optimisme. Les taux phares de 10 ans ont avancé d’à peine deux points de base à 1,71%, tandis que les taux de deux ans ont gagné trois points de base à 1,55%.

Les ingrédients manquants pour un dernier élan

Les obligations et l’encaisse restent très populaires si l’on se fie aux énormes entrées d’argent dans ces deux classes d’actif en 2019. Toutefois, les investisseurs sont moins pessimistes qu’ils ne l’étaient après la chute des cours du mois d’août.

Le 5 septembre, l’indice d’optimisme Bull/Bear de Bank of America Merrill Lynch était tombé à 0,6, déclenchant un fort signal d’achat. Le 31 octobre, cet indice contraire a regagné le niveau neutre de 2,6.

Même si les banques centrales cumulent 58 coupes de taux depuis le début de l’année, il manque des ingrédients pour que les investisseurs croient à une véritable reprise cyclique de l’économie mondiale au lieu de l’espérer, indique Michael Hartnett, stratège en chef de la banque.

Pour que les investisseurs reviennent en force aux titres plus «cycliques», et donnent le dernier élan habituel au mouvement haussier, il faudrait voir la composante des nouvelles commandes de l’indicateur ISM repasser au-dessus de la barre de 50 et une reprise des exportations de l’Asie, dit-il.

Cet indice s’est amélioré de 47,3 à 49,1 de septembre à octobre.

«La production industrielle en Corée du Sud et au Japon, ainsi que ainsi que la croissance à Taiwan laissent croire que le pire est passé, mais il faudra sans doute attendre à décembre avant que ces premiers signaux se transposent dans les exportations asiatiques», écrit M. Hartnett.

Des doutes

Son collègue Ethan Harris chez Bank of America n’est pas encore prêt à affirmer que l’économie approche d’un point de bascule bien que plusieurs indicateurs cessent de se détériorer un peu partout dans le monde.

L’économiste mondial craint que le rétablissement de la production industrielle qui se dessine soit de courte durée une fois que les entreprises auront regarni leurs stocks.

C’est pourquoi un accord commercial entre Pékin et Washington garde tant d’observateurs en haleine.

Tour à tour, le secrétaire du commerce Wilbur Ross et le conseiller économique Larry Kudlow ont signalé qu’un accord commercial partiel était à portée de mains à la suite «d’énormes progrès» lors de négociations «sérieuses» à haut niveau.

«Même un accord partiel ne ravivera pas immédiatement la confiance des dirigeants pour ré-investir dans leur chaîne d’approvisionnement», estime M. Harris.

Le 1er novembre, tous les espoirs étaient permis à en juger par les records pour le S&P 500, le Nasdaq et même le Wilshire 5000 aux États-Unis ainsi que le sursaut de 3,7% du cours du pétrole West Texas.

L’appréciation de 22% du S&P 500 à ce jour en fait sa meilleure année depuis 2013, après le recul de 6,6% de l’an dernier.

À Toronto, l’indice S&P/TSX a avancé de 1,1% durant la semaine, sans record, portant son gain à 15,8% depuis le début de l’année.

Les élections et les procédures de destitution risquent fort d'en mettre plein la vue l’an prochain, mais si l’on se fie au passé les six à douze prochains mois devraient être favorables à la Bourse.

Le S&P 500 s’est en effet apprécié en moyenne de 10% au cours des six mois après trois baisses de taux par la Fed, en 1975, en 1996 et en 1998. Douze mois plus tard, le gain moyen de l’indice passe à 20%, précise aussi LPL Research.

À la vue de telles performances, l’appât du gain pourrait faire revenir les investisseurs en Bourse, croient plusieurs observateurs.

Ce phénomène, mieux connu sous l’acronyme FOMO ("Fear Of Missing Out"), ranime peut-être déjà les cours depuis six semaines.

 

À propos de ce blogue

La Sentinelle de la Bourse se veut un blogue pour les investisseurs qui s¹intéressent aux rouages de la Bourse et aux marchés financiers. Son objectif : surveiller et débusquer des repères financiers pertinents pour prendre le pouls des Bourses et ainsi mieux aiguiller les décisions de placement de l¹investisseur.

Dominique Beauchamp
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