L'idée d'un mariage Rogers-Shaw refait surface

Publié le 02/11/2015 à 15:20, mis à jour le 02/11/2015 à 16:53

L'idée d'un mariage Rogers-Shaw refait surface

Publié le 02/11/2015 à 15:20, mis à jour le 02/11/2015 à 16:53

La possibilité que Rogers et Shaw fusionnent un jour refait surface parmi les analystes.

Cette spéculation revient périodiquement depuis 2005, puisque, sur papier, il semble logique d’unir les câblodistributeurs de l’Ouest et du centre du Canada.

En juillet 2007, un rapport de David Lambert, de Canaccord Adams avait provoqué un démenti virulent à l’époque de la part du défunt Ted Rogers, qui avait alors accusé les médias de colporter les élucubrations «sans fondement et complètement irresponsables» des analystes.

J’avais abordé cette spéculation en mars 2013 lorsque Neeraj Monga, analyste chez Veritas Research, avait jeté une douche froide sur une telle union dans un rapport, en raison des entraves règlementaires et familiales.

Pourquoi deux analystes reviennent-ils à la charge?

Parce que les choses ont bien changé depuis 2005. Ted Rogers est décédé et le patriarche de la famille James Robert (J.R.) Shaw a 81 ans.

Leurs enfants respectifs, Edward et Melinda Rogers ainsi que Jim et Bradley Shaw, voient peut-être les choses autrement aujourd’hui.

En unissant leurs forces, les deux sociétés seraient mieux équipées pour riposter aux services vidéos de Telus et de BCE et pour contrer le débranchement des consommateurs qui préfèrent visionner leurs films et émissions préférés en ligne.

Le service sans-fil devient aussi un enjeu concurrentiel étant donné la valeur qu’accordent les consommateurs à leur mobilité. Or, Shaw n’offre pas de service sans-fil.

Des économies de 300M$

Les économies seraient d’au moins 300 millions de dollars, soit de 0,8 à 1,1 fois le bénéfice d’exploitation, si l’on se fie aux autres transactions antérieures dans l’industrie, estime Maher Yaghi, analyste chez Marché des capitaux Desjardins, en prenant le soin d’ajouter qu’aucune transaction n’est imminente.

Deux tiers des économies proviendraient des dépenses administratives et de marketing et un tiers des achats de contenu média. Shaw possède le réseau de télévision Global, Rogers exploite City.

City et certaines chaînes spécialisées pourraient être vendues à Corus Entertainment pour satisfaire les autorités de la concurrence.

Il est aussi possible que l’entreprise combinée soit obligée de vendre le service de télévision par satellite Shaw Direct et deux réseaux régionaux de câble de Rogers dans les Maritimes et en Ontario,

Une union gonflerait aussi les revenus puisque Rogers pourrait inclure son service sans-fil dans un forfait de quatre services, que Shaw ne peut offrir actuellement. Shaw pourrait alors mieux concurrencer Telus.

«Notre note se veut un simple devis de transaction. Mais si on nous forçait à quantifier les probabilités, nous dirions que les chances sont très faibles à court terme et décentes à moyen terme», écrit M. Yaghi.

Rogers pourrait offrir jusqu’à 38$ par action

L’autre étincelle provient du fait que l’action de Rogers s’apprécie à nouveau, ce qui lui donne une meilleure monnaie dans une transaction éventuelle qui s’effectuerait par échange d’actions.

«Il est assez rare que Rogers obtienne une multiple d’évaluation supérieur à celui de Shaw», dit M. Yaghi.

L’action de Rogers vaut 8,4 fois son bénéfice d’exploitation par rapport à un multiple de 7,7 fois pour celle de Shaw.

M. Yaghi calcule que Rogers pourrait offrir jusqu’à 38$ pour Shaw, soit une plus-value de 37%, tout en rentabilisant la transaction.

Il y a évidemment un obstacle insondable à une telle transaction. La famille Shaw de Calgary serait-elle prête à céder le contrôle de son entreprise, en échange d’actions de Rogers, et à accepter un rôle réduit dans la société fusionnée?, reconnaît M. Yaghi.

La famille Shaw reçoit en effet une rémunération total de 38 millions par année, précise M. Yaghi, en incluant les incitatifs et les régimes de retraite. Voudra-t-elle céder la gestion quotidienne de la société familiale et recevoir des dividendes de Rogers? se demande aussi l’analyste.


« La famille Shaw voudra-t-elle faire une croix sur sa rémunération de 38M$ et recevoir des dividendes de Rogers? »

Au début de septembre,  Phillip Huang, de Barclays avait aussi évoqué que le besoin d’offrir des forfaits illimités à bon prix ne déclenche une nouvelle vague de consolidation de l’industrie.

Dans une nouvelle note publiée le 2 novembre, M. Huang rappelle que Rogers et Shaw collaborent et partagent déjà des actifs.

L’analyste croit aussi que la famille Rogers voudra mettre la main sur cet actif stratégique avant qu’un acquéreur étranger ne vienne cogner à la porte de Shaw.

En 2005, l’analyste Greg MacDonald, aujourd’hui chez Macquarie Capital, avait suggéré que la famille Shaw attendrait plutôt le jour où un acquéreur étranger lui offrirait un prix «impossible à refuser» pour ses actions pour vendre.

 

 

À propos de ce blogue

La Sentinelle de la Bourse se veut un blogue pour les investisseurs qui s¹intéressent aux rouages de la Bourse et aux marchés financiers. Son objectif : surveiller et débusquer des repères financiers pertinents pour prendre le pouls des Bourses et ainsi mieux aiguiller les décisions de placement de l¹investisseur.

Dominique Beauchamp
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