Bourse: le rebond de 18% suscite la méfiance

Publié le 16/02/2019 à 11:45

Bourse: le rebond de 18% suscite la méfiance

Publié le 16/02/2019 à 11:45

L’appréciation presque ininterrompue des Bourses nord-américaines depuis huit semaines ne suscite pas de célébrations.


Bien au contraire. Les pros sondés par Bank of America Merrill Lynch n’ont pas confiance que le regain de 18% depuis la veille de Noël puisse durer. L’encaisse en portefeuille reste à des sommets historiques.


Le courtier Morgan Stanley, qui avait prédit la cascade de marchés baissiers, un secteur après l’autre, en 2018, croit cette fois que les investisseurs ne sont pas prêts pour la récession des profits, soit deux trimestres consécutifs de déclin.


«Ne vous laissez pas piéger par l’élan boursier comme si la hausse en elle-même voulait dire quelque chose», a dit le stratège américain Michael Wilson à Bloomberg TV.


Après un gain de 7% en cinq semaines, soit sa meilleure performance depuis 2014 pendant le dévoilement des bénéfices, le S&P 500 a retrouvé le multiple moyen de 16,5 fois les bénéfices prévus des cinq dernières années, au moment où les prévisions reculent encore, note Matt Maley, stratège de Miller Tabak + Co.


Pour l’instant, le consensus table sur un déclin de 0,3% des bénéfices du S&P 500 au premier trimestre de 2019, pour la première fois en trois ans.


Ce recul serait suivi de deux trimestres de croissance de 3% et d’un dernier sursaut de 9,5% au dernier trimestre de l’année, selon les analystes sondés.


À moins d’une reprise mondiale bien sentie au plus tard cet été, la Chine en tête, de telles attentes seront quasi-impossibles à atteindre, croit M. Wilson.


Surtout que la force du dollar américain, qui sert de refuge, nuira aux revenus des exportateurs et aux multinationales américaines.


Et le S&P/TSX dans tout ça?


Même constat pour les bénéfices du S&P/TSX. Martin Roberge de Canaccord Genuity croit que la croissance prévue de 9,7% pour 2019 est trop élevée, particulièrement pour les secteurs de l’énergie, minier et industriel.


Son cours-cible de 16000 pour le S&P/TSX à la fin de 2019, soit 1% de plus que le cours actuel, repose sur une hausse de 5% des bénéfices de l’indice.


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Comme le dit à la blague Douglas Porter de la Banque BMO, tous aimeraient que l’année se termine maintenant puisque le S&P/TSX a explosé de 10,6% depuis le début de 2019.


«C’est plus que le rendement de chacune des huit dernières années, à l’exception de celui de 17,5% en 2016», évoque l’économiste.


Des menaces à surveiller


Chez Charles Schwab, la stratège en chef Liz Ann Sonders énumère une liste de menaces potentielles pour les investisseurs qui fêtent peut-être un peu trop vite l’apaisement du conflit commercial sino-américain et l’entente budgétaire bipartisane qui évite un autre shutdown.


Elle rappelle que le nouvel accord de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique n’a pas encore reçu le feu vert du Congrès tandis que l'imposition de tarifs sur les autos importées d’Europe et du Japon est imminente.


Mme Sonders croit aussi que les investisseurs sous-estiment l’ampleur du ralentissement mondial et son effet sur les profits à venir.


«La chute inattendue des ventes au détail en décembre, la récente remontée des demandes initiales d’assurance-chômage et les banques qui prêtent moins facilement sont de nouveaux indicateurs de faiblesse qu’il ne faut pas négliger», écrit-elle dans son plus récent billet.


Visionnez ici comment prévoir l'arrivée d'une récession aux États-Unis


Dans la même veine, la stratège craint que les investisseurs soient aussi un peu rapides à conclure que la Fed a rangé son tournevis monétaire pour de bon.


Dans l’immédiat, la rechute des perspectives d’inflation sur 5 à 10 ans de l’Université du Michigan, au plancher historique de 2,3% gardera néanmoins la Fed sur la touche.


Le ton plus accommodant de plusieurs banques centrales et des mesures de relance en Chine ravivent l’appétit du risque depuis huit semaines.


Mme Sonders ne veut pas être la rabat-joie, mais il lui semble que la remontée éclair des cours intègre déjà une bonne dose d’espoir.


Pour sa part, M. Roberge craint que les gains boursiers restent confinés à la première moitié de l’année.


«Il faut habituellement un contrepoids lorsque les estimés de bénéfices reculent. Or, je doute que la Fed abaisse son taux directeur à moins de voir les indicateurs ISM tomber autour du seuil de récession de 50. Il serait alors trop tard pour la Bourse puisque la récession des bénéfices aura déjà été confirmée», explique le stratège quantitatif.


Dans ce contexte, M. Roberge s’attend à ce que les investisseurs soient plus nombreux migrent des titres à forte croissance tels que les FAANGS (Facebook, Amazon, Apple, Netflix et Alphabet-Google) au profit des titres sous-évalués.


La modération persistante de l’économie mondiale, qui a propulsé les chouchous de la croissance, pourrait ternir leurs perspectives de profits supérieures.


«Cette rotation de la croissance à la valeur devrait pousser les marchés encore un peu plus haut», entrevoit-il.


Un stratège perçoit des pousses vertes


Redevenu plus optimiste au début de février, le stratège en chef de Bank of America Merrill Lynch recommande encore à ses clients de croire à la hausse boursière, à court terme tout au moins.


Il y a encore trop d’investisseurs prudents et sceptiques qui pourraient devenir des acheteurs, estime Michael Hartnett.


En même temps, de «jeunes pousses» tentent de percer.


Le financier se dit encouragé par le rebond de 9% des exportations chinoises en janvier ainsi que par la hausse de 7% du cours du cuivre, de 10% de l’indice américain des constructeurs de maisons, de 5% de la Bourse coréenne et de 13 % l’indice américain des puces, depuis un mois.


 

À propos de ce blogue

La Sentinelle de la Bourse se veut un blogue pour les investisseurs qui s¹intéressent aux rouages de la Bourse et aux marchés financiers. Son objectif : surveiller et débusquer des repères financiers pertinents pour prendre le pouls des Bourses et ainsi mieux aiguiller les décisions de placement de l¹investisseur.

Dominique Beauchamp
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