5 G : les géants vacilleront-ils ?


Édition du 02 Juin 2018

5 G : les géants vacilleront-ils ?


Édition du 02 Juin 2018

Légende: [Photo: Pixabay]

Trimestre après trimestre, les observateurs s'étonnent de voir tous les fournisseurs de sans-fils attirer des milliers d'abonnés à bon rythme.

Les trois géants récoltent chacun leur part du marché, qu'ils se partagent en fonction des promotions ou des capacités technologiques de leur réseau dans différentes régions.

Cette croissance du nombre d'abonnés est souvent attribuée à l'immigration et à la multiplication d'appareils par résidence.

En parallèle, la consommation de données et de vidéos explose, ce qui vient gonfler les revenus mensuels par abonné.

Cette conjoncture favorable a dans le passé soutenu les cours des titres, en Bourse, et a nourri la croissance de leurs dividendes. Or, cette année, BCE (BCE, 54,53 $) a perdu 9,6 %, Telus (T, 45,71 $) 4 % et Rogers Communications (RCI.B, 62,91 $) 3,3 %, dans un rare mouvement de repli généralisé, en dépit de solides résultats.

Ces reculs sont pires que celui de 0,8 % de l'indice S&P/TSX, pendant la même période.

La hausse des taux serait en cause, croit Maher Yaghi, de Desjardins Marché des capitaux.

Les taux canadiens de 10 ans sont passés de 2,04 % à 2,35 % depuis le début de l'année et d'autres hausses du taux directeur par la Banque du Canada sont prévues.

Des rendements obligataires plus élevés dévaluent l'attrait comparatif de tous les dividendes, incluant celui de 4,4 % que versent en moyenne les fournisseurs de télécommunications.

Quand les taux remontent, la Bourse entre aussi dans les dernières manches du cycle économique, ce qui favorise habituellement les producteurs de ressources et les titres industriels, au détriment des industries plus stables telles que les télécommunications.

Des risques sous-estimés

D'autres nuages flottent au-dessus de l'industrie et risquent de nuire à la performance, craint M. Yaghi.

Les prochaines licences de spectre sans fil dans la bande de fréquences de 3,5 GHz - dont les fournisseurs ont besoin pour offrir les services plus performants de cinquième génération - ne seront assignées qu'en 2020, si l'on se fie au calendrier évoqué par Ottawa.

C'est ce qu'a révélé Ibrahim Gedeon, le chef de la direction technologique de Telus, lors une récente conférence mondiale à Nice sur la transformation numérique.

« Non seulement le Canada deviendrait-il l'un des retardataires dans le monde pour l'adoption du 5 G, mais ces retards pourraient priver les fournisseurs canadiens des revenus additionnels de la consommation accrue de données que facilite le 5 G », explique l'analyste de Desjardins.

Le seul petit avantage d'un tel retard serait une réduction du prix d'achat des équipements 5G pour les fournisseurs canadiens.

M. Yaghi est de ceux qui croient que les cours actuels des sociétés ne reflètent pas encore le risque de ce retard.

« Le modèle d'affaires des fournisseurs de services de télécommunications repose sur des investissements continus dans leur réseau qui apportent de nouvelles fonctionnalités et stimulent l'usage des appareils et donc les revenus par abonné », soutient-il.

Déjà, les revenus moyens par abonné aux services sans fil croissent moins vite qu'avant. S'il faut attendre à 2020 pour que les réseaux soient mis à niveau pour le 5 G, la croissance des fournisseurs pourrait en pâtir, redoute M. Yaghi.

La virtualisation : un rendez-vous manqué

Le coloré M. Gedeon a aussi déploré, à Nice, les promesses manquées de la virtualisation des réseaux, qui devait réduire les coûts d'exploitation.

Les frais élevés d'achat de licence de logiciels et de leur mise à niveau annulent une bonne part des économies en équipements.

Le coût par bit ne décline pas aussi rapidement que les revenus par bit, ce qui est négatif pour les marges de l'industrie, croit M. Yaghi.

Ottawa étudie à nouveau la concurrence

Un risque plus lointain serait une intervention d'Ottawa pour stimuler la concurrence.

Le Bureau de la concurrence se penche actuellement sur l'état de la concurrence au pays afin de déterminer si l'actuel encadrement des prix de gros entre les fournisseurs établis et les revendeurs améliore bel et bien la concurrence.

Un rapport final sera publié au printemps 2019. « Si le gouvernement décidait de réglementer les prix au détail de l'accès Internet, par exemple, le modèle d'affaires des fournisseurs établis passerait d'un mode investissements à un mode suppression des coûts parce que Internet deviendrait alors une simple commodité », entrevoit M. Yaghi.

Ce risque apparaît pour l'instant minime et l'analyste ne l'incorpore pas dans ses modèles d'évaluation.

Un autre analyste reste optimiste

Vince Valentini, de TD Valeurs mobilières, ne partage pas la prudence de son collègue.

La croissance du nombre d'abonnés aux services sans fil lui apparaît durable, sans guerre de prix.

Telus et BCE sont particulièrement bien placées pour investir dans le déploiement des services 5 G étant donné l'ampleur de leur réseau, l'avancement de leur infrastructure de fibre à domicile et l'entente de partage de leurs réseaux.

De nouveaux services liés aux appareils connectés fourniront éventuellement de nouvelles sources de revenus.

En revanche, l'analyste reconnaît que le coût des différentes enchères de licences de spectre sans fil prévues d'ici un à trois ans sera élevé.

À propos de ce blogue

La Sentinelle de la Bourse se veut un blogue pour les investisseurs qui s¹intéressent aux rouages de la Bourse et aux marchés financiers. Son objectif : surveiller et débusquer des repères financiers pertinents pour prendre le pouls des Bourses et ainsi mieux aiguiller les décisions de placement de l¹investisseur.

Dominique Beauchamp
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