Ubérisation, wikisation, communisation... quel impact pour vous?

Publié le 22/12/2015 à 09:23

Ubérisation, wikisation, communisation... quel impact pour vous?

Publié le 22/12/2015 à 09:23

«Avant, les lois servaient à protéger les consommateurs des comportements abusifs des entreprises. Aujourd’hui, elles protègent les entreprises des comportements abusifs des consommateurs… » Entendu à la conférence "Les mutations de la vie économique et matérielle", donnée par Ianik Marcil, économiste indépendant, organisée par Communautique


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 Économie collaborative et économie du partage, quelle différence?


Ianik Marcil a décortiqué ces concepts à travers la lunette économique. Ses définitions ne sont pas parfaites - personne n’arrive à définir ces concepts avec précision, car ils évoluent constamment. Mais la pensée de Ianik fait avancer la réflexion sur les nouvelles formes que prend l’économie et leurs conséquences sur nos vies.



  • Économie collaborative


Exemple : Wikipedia
Principe fondateur : co-design, co-création
Mode de production : décentralisée, sans coordination hiérarchique, il n’y a pas de chef
Système de distribution du bien ou du service : hors marché
Mode de consommation : le consommateur crée et consomme à la fois. Il lit un article de Wikipedia et peut contribuer à le modifier ou en créer un autre
Monétisation : inexistante, sauf pour le financement des infrastructures



  • Économie du partage


Exemples : uber, airbnb
Principe fondateur : valorisation d’actifs inactifs
Mode de production : création de service à partir d’actifs inactifs. Pas de système de production à construire puisque les actifs existent déjà.
Système de distribution : décentrement de la transaction, système de gré à gré
Mode de consommation : le consommateur (j’utilise moi aussi l’actif que je vous propose) est aussi producteur (je vous offre d’utiliser mon actif)
Monétisation : trois possibilités : par un tiers, pas du tout ou symbolique.


Économie de partage marchande et non marchande


Ianik Marcil distingue une économie de partage marchande et non marchande. L’économie de partage marchande répond à un mode capitaliste standard, incluant des agents de monétisation de la transaction entre le propriétaire de l’actif inactif et le consommateur. D’autres parlent plutôt d’économie «sur demande» lorsqu’ils évoquent l’économie de partage non marchande.


L’économie de partage non marchande, quant à elle, repose uniquement sur le troc. Exemple : les Accorderies.


Les trois nouveaux modes économiques


1- l’ubérisation : je vous offre un outil, une plateforme, transactionnelle, qui fera passer votre actif de la vie non marchande à la vie marchande.


2- La wikisation : c’est l’inverse de l’ubérisation. On sort de la vie marchande des activités qui en faisaient autrefois partie. Avant, des éditeurs publiaient des encyclopédies qu’ils vendaient. Aujourd’hui, les encyclopédies sont créées par les internautes et partagées gratuitement.


3- La communisation : il s’agit d’activités reposant sur des échanges sont symboliques. On pourrait citer les Fab Labs. La communisation n'est pas vraiment un nouveau mode économique, il s'agit plutôt du retour d'un ancien mode soit les communs.


Quelques impacts sociaux et éthiques des nouveaux modes économiques


1-Ubérisation


Pour le consommateur : modification des signaux de qualité et confiance. Lorsqu’on loue un bien à un tiers, à quels paramètres de qualité peut-on se fier? Où s’arrêtent la responsabilité de la plateforme et celle du locateur ?
Pour les travailleurs ? L’ubérisation sonne souvent le glas du salariat.


2-Wikisation


Pour les travailleurs : aucune rémunération


3-Communisation


Pour les consommateurs : pas de signaux de prix, ou de mauvais signaux de prix
Pour les travailleurs : obligation de polyvalence, chacun doit mettre l’épaule à la roue et contribuer au fonctionnement de l’espace de collaboration.
Défi : comment valoriser - apposer une valeur – à ce qui est hors marché ?


L’impact politique des nouveaux modes économiques


Ces initiatives sont souvent locales. Elles remettent donc en question le concept d’économie nationale. On se retrouve face à deux courants :


-l’économie hyperlocale ;
-l’économie transnationale qui voyage par-delà les frontières, qui ne connaît pas de frontières.


Si ces nouveaux modes économiques continuent de se répandre, l’État national devra redéfinir son rôle par rapport au gouvernement régional.


Ma question : comment cohabiteront les nouveaux modes économiques et les modes classiques?


On trouve de moins en moins de modèles économiques «purs». L’économie classique emprunte à l’économie collaborative et vice versa.


Lorsqu’une entreprise classique démarre une «communauté» qu’elle utilise comme outil marketing, elle s’inspire carrément des principes de la wikisation : les internautes créent des informations et les partagent entre eux.


Et lorsqu’un tiers crée une plateforme dite collaborative pour permettre à des citoyens de se louer entre eux des actifs qu’ils auraient peut-être échangés ou qui seraient demeurés inutilisés, nous évoluons dans la logique de création de richesse classique. Si ce tiers redistribuait les profits à tous les locateurs, nous serions dans une nouvelle logique économique.


Certains diront que ce mélange des genres travestit les intentions de partage et de collaboration des nouvelles formes d’économie. C’est vrai, mais c’est une phase nécessaire et enrichissante. Elle force l’économie collaborative à se redéfinir. Prenez le cas eBay. Au fil des ans, la plateforme devait servir de lieu de transaction entre particuliers. Aujourd’hui, on y trouve de plus en plus de marques. En s’éloignant de sa mission, eBay a ouvert la voie à une nouvelle génération de sites entre particuliers, le plus célèbre étant Etsy.


Ceci nous ramène au commentaire d’ouverture de ce billet: pour l'instant - on verra à moyen et long terme - le grand gagnant de la montée de cette nouvelle économie c’est le consommateur. Il gagne un pouvoir qu’il n’a jamais eu depuis la création de la société de consommation. Car nous avions le choix, certes, mais nous n’avions pas de pouvoir.


Évidemment, ce qui est embêtant c’est que ce consommateur est aussi un salarié, et que dans la nouvelle économie ce que le consommateur gagne… le salarié le perd souvent.


LISEZ MON BILLET PRÉCÉDENT SUR LES 50 IDÉES QUI CHANGENT L'ENTREPRISE


 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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