Transport: comme une épidémie de rats qui menace les villes

Publié le 21/06/2019 à 07:00

Transport: comme une épidémie de rats qui menace les villes

Publié le 21/06/2019 à 07:00

Une épidémie de RATS (Retail Autonomous Vehicules) menace les villes, fruit de la montée du commerce en ligne.(Photo: belchonock,123rf)

«Bienvenue en enfer!» Robin Chase, pionnière de l’autopartage qui a fondé Zipcar, en 2000

Voilà comment l’Américaine Robin Chase a interpellé les participants du Wellbeing Cities Forum 2019, qui se déroule cette semaine à Montréal.

Cet événement explore le succès des villes, au-delà des variables quantitatives traditionnelles. On y parle de qualité du transport, d’accessibilité du logement, de sécurité alimentaire, etc.

Robin Chase nous a parlé de son domaine d’expertise: le transport. Son «Bienvenue en enfer!» référait à la congestion automobile.

«Lorsque je demandais à mes enfants de raconter leur journée, toutes les anecdotes se déroulaient dans l’autobus scolaire, dit-elle. Un bon trajet était le prélude à une bonne journée. Nous ne sommes pas différents de nos enfants. Notre parcours entre la maison et le bureau colore notre journée. C’est l’enfer ou le paradis… »

Des villes peuplées de RATS

L’enfer dont nous a parlé Robin Chase est peuplé, entre autres, de… rats. RATS pour Retail Autonomous Trips, soit toutes ces livraisons de colis issues du commerce en ligne. Selon les prévisions de FedEx, si on tient le rythme, d’ici 2026, ces livraisons devraient doubler. Dans sept ans, un million de colis seraient livrés chaque jour à travers les États-Unis. «Toutes les villes combattent les rats, a fait valoir l’experte en mobilité partagée. Aucune administration municipale n’en veut sur son territoire. Ils saccagent une ville et nuisent à la quiétude des habitants. Il en va de même pour les RATS du commerce électronique, l’infestation qui se prépare doit être endiguée.»

Il faut se pencher sur la livraison sur demande, il en va du bien-être futur des citoyens, insiste Robin Chase. «Jusqu’à quel point tenons-nous à ce que nos biens soient livrés aussi rapidement et jusqu’à notre porte? Quel prix sommes-nous disposés à payer pour commander en ligne? Et je ne parle pas de dollars.»

Décogestionner, mais comment?

Au-delà de l’épidémie de RATS qui menace les villes, il y a la prolifération des véhicules réguliers. Robin Chase a évoqué la nécessité de mettre un juste prix sur la congestion.

«Il n’est pas normal qu’à San Francisco un automobiliste stationné illégalement reçoive une amende de 100$US alors qu’il en coûte 500$US pour une trottinette garée illégalement. Chaque fois que vous taxez de façon exagérée les modes de transport alternatif à l’auto solo, vous vous éloignez d’une solution à la congestion.»

Pour décongestionner leurs artères, certaines villes choisissent de taxer l’entrée dans certaines zones. C’est ce que New York a annoncé. À partir de 2021, les véhicules qui entreront sur l’île de Manhattan en semaine devront payer une prime. Il y aura des exceptions, entre autres, pour les résidents à faibles revenus et les patients se déplaçant pour recevoir un traitement.

Montréal pourrait-elle faire de même? À cette question, la mairesse Plante a répondu, «Ce n’est pas envisagé pour l’instant ». Une autre solution anti-congestion est explorée pour l’instant. Le 20 juin dernier, la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a voté en faveur d’une augmentation de 50$ du coût d’immatriculation des véhicules pour ses 82 municipalités. Depuis 2011, 16/82 défrayaient déjà 45$ supplémentaires. Les sommes récoltées permettront de financer le transport collectif afin de réduire la congestion.

Taxer l’entrée de certaines zones et augmenter le coût d’immatriculation des véhicules sont deux mesures liées au principe 7/10 des «Principes de mobilité partagée pour des villes où il fait bon vivre». Le principe 7 est : «Nous soutenons une tarification juste pour chacun des modes de transport». Ceci signifie que chaque véhicule, et mode de transport doit défrayer sa part d’utilisation de l’espace, de la pollution, de la congestion et l’espace qu’il occupe. Ces frais doivent tenir compte des coûts d’opération et de maintenance ainsi que des coûts sociaux.

Les 10 principes de la mobilité partagée, pour des villes où il fait bon vivre

Lancés en octobre 2017, à Taïwan, lors de l’EcoMobility World Festival, ces principes sont les fruits d’une collaboration entre plusieurs ONG, sous l’initiative de Robin Chase.

Les voici :

1- Les villes et la mobilité doivent être planifiées collectivement;

2- Nous accordons la priorité aux gens avant les véhicules : les déplacements des gens, et non ceux des véhicules, doivent dicter la prise de décision de la configuration des villes;

3- Nous soutenons l’usage partagé et efficient des routes, des véhicules, des voies et des espaces. Nous n’encourageons pas les véhicules ni les infrastructures des tailles excessives ni les espaces excédentaires de stationnement;

4- Nous sollicitons toutes les parties prenantes;

5- Nous favorisons l’équité. Nous considérons l’accessibilité physique, numérique et financière des transports collectifs partagés comme un bien commun. Elle doit être prise en considération au moment du design pour s’assurer d’une utilisation par tous;

6- Nous menons la transition vers un futur sans émission alimenté à l’énergie renouvelable. Le transport public et les flottes partagées vont accélérer la transition vers des véhicules sans émission;

7- Nous soutenons une tarification juste pour chacun des modes de transport;

8- Nous visons des bénéfices pour tous les citoyens grâce aux données ouvertes. L’infrastructure de données derrière le système de transport public doit permettre l’interopérabilité, la concurrence et l’innovation tout en garantissant la vie privée, l’imputabilité et la sécurité;

9- Nous travaillons pour une intégration et une connectivité sans couture. Tous les modes de transport devraient être intégrés.

10- Nous soutenons que, dans les lieux densément peuplés, les modes de transport autonomes ne doivent être opérés qu’à travers des flottes partagées.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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