SVX: la première plateforme dédiée à l'investissement d'impact

Publié le 05/04/2018 à 10:27

SVX: la première plateforme dédiée à l'investissement d'impact

Publié le 05/04/2018 à 10:27

À droite, Marc-André Roberge, apiculteur et cofondateur de Nectar, une des entreprises proposées aux investisseurs sur la nouvelle plateforme SVX

À partir du 12 avril, les investisseurs canadiens et québécois qui désirent des placements générant à la fois des rendements financiers et sociaux auront la vie plus facile.


Le 12 avril marquera le lancement, de la plateforme de financement participatif par investissement (equity crowdfunding) SVX.


SVX propose des entreprises à impact positif et des fonds canadiens d’investissement d’impact.


SVX est un OBNL propulsé par le centre d’investissement d’impact du MaRS Center, à Toronto.


La première version a été créée en 2013. De 2014 à novembre 2017, SVX se résumait à un site de découverte et de rencontres entre investisseurs et entrepreneurs. Le «Tinder» de l’investissement d’impact quoi! L’internaute possédait des informations suffisantes pour décider de «glisser à gauche ou à droite». Les investisseurs qui choisissaient la gauche avaient accès aux coordonnées de l’entreprise pour explorer le potentiel d’une relation à long terme. Dans cette version, la plateforme ne permettait aucune transaction. Pour faire des affaires, il fallait une rencontre face à face.


Investisseurs et entrepreneurs peuvent désormais se contenter d’une relation virtuelle. SVX est enregistrée auprès des autorités des marchés financiers de l’Ontario, de la Colombie-Britannique et du Québec (elle vise toutes les provinces) comme courtier sur le marché dispensé. J’ai rencontré le représentant québécois de SVX, Alain-Olivier Desbois, et le partenaire québécois de la plateforme, Pascal Grenier, le dg de l’Esplanade, pour en savoir davantage.


À quel type d’investisseurs la plateforme SVX s’adresse-t-elle?


À tous les types, depuis les plus sophistiqués jusqu’au grand public. Il revient à chaque entreprise de la plateforme de déterminer auprès de quelle catégorie d’investisseurs elle souhaite recueillir son financement. Elle élaborera ensuite sa campagne de financement en conséquence. Plus elle vise le grand public, l’investisseur non accrédité non qualifié, plus il faudra fournir d’information. On ne parle pas d’un prospectus aussi complexe que lors d’un appel public à l’épargne. Toutefois, la notice d’offre (offering memorendum), par exemple, doit contenir une description de l’entreprise, de l’équipe de gestion, des détails de la performance financière et le détail de l’utilisation prévue pour les fonds recueillis.


Combien peut-on investir?


Pour les investisseurs non accrédités, le plafond est fixé à 2500$/entreprise et 10 000$/année/investisseur.


Et si je veux revendre mes actions achetées sur SVX, est-ce facile?


Tout dépend de ce qui est écrit dans la convention entre actionnaires. Ces règles varient d’une entreprise à l’autre. Les sociétés proposées sur SVX sont des sociétés privées pour lesquelles il n’y a pas de marché secondaire organisé. Pour disposer de ses actions, il faut trouver un acheteur, selon ce que prévoit la convention entre actionnaires.


Pour une entreprise, combien coûte la participation à SVX?


Les frais varient selon la complexité de la campagne de financement. Ils atteignent entre 1% et 5% de la valeur du financement.


Quels sont les deux points communs des entreprises de la plateforme SVX?


Elles cherchent à résoudre un enjeu social ou environnemental et elles ont mis en place des indicateurs de mesure de cet impact.


Comment les entreprises SVX sont-elles identifiées et sélectionnées?


Nous avons une équipe d’analystes internes à Toronto et à Montréal qui aident les entreprises à monter leur dossier. Ceux-ci sont ensuite soumis à un comité de sélection d’une douzaine de membres provenant de BDC, Cycle Capital, de fondations, etc. Nous sommes aussi partenaires de l’incubateur et accélérateur d’entreprises sociales l’Esplanade. Ceci nous donne accès à la communauté de l’entrepreneuriat d’impact. L’Esplanade développe les entreprises à travers ses différents programmes d’accompagnement. Elles deviennent «finançables». La suite logique est leur présence sur une plateforme transactionnelle comme SVX.



Combien d’entreprises sont affichées sur SVX?


Au lancement, elles sont treize, dont trois du Québec: Nectar développe des outils de gestion des ruches, le fonds de gestion durable des sols Canopy, géré par la Québécoise Ecotierra, et CoPower, uen plateforme qui permet d'investir dans des énergies propres. Nous souhaitons rajouter trois entreprises ou fonds québécois au cours de l’année.


Une entreprise peut-elle poser sa candidature pour SVX?


Oui, elle se rend sur le site svx.ca et presse le bouton «émetteur». Ceci amorce le processus. On prend contact avec eux pour comprendre leur entreprise et leur plan de match. On effectue une vérification diligente. Et, s’il y a lieu, on monte le dossier.


Faut-il afficher un long historique pour se qualifier?


Il faut avoir des clients, des partenaires, un produit validé. Ce sont des entreprises qui ont généralement 12 à 18 mois d’activités.


Comment le comité de sélection de SVX s’assure-t-il que les entreprises de la plateforme génèrent un impact social ou environnemental positif?


Certaines entreprises ont obtenu la certification B Corp. Pour y parvenir, il faut remplir un questionnaire extrêmement détaillé qui force l’entreprise à passer en revue toutes les composantes de ses activités directes et indirectes. Du coup, ces entreprises ont des mesures d’impact à nous fournir. Quant aux autres entreprises, nous les incitons à aller sur le site B Lab pour remplir tout de même le questionnaire. Cela leur permet d’obtenir leur pointage d’impact. Pour se qualifier à SVX, une entreprise doit récolter un pointage minimum de 80. Elle doit aussi pouvoir expliquer sa «théorie du changement», soit son énoncé du problème auquel elle s’attaque et sa contribution à le résoudre. C’est-à-dire le changement dont elle sera responsable. Et les indicateurs qu’elle utilisera pour démontrer le progrès.


Existe-t-il d’autres plateformes canadiennes de financement participatif par actions?


Oui, au Québec il y a gotroo.com. On peut aussi citer frontfundr.com. Mais leur offre ne cible pas les entreprises à impact social positif. SVX est la seule plateforme nord-américaine à proposer exclusivement des investissements d’impact.


Comment peut-on imaginer l’évolution de SVX?


(Pascal Grenier, dg, l’Esplanade) Nous observons un désir de développer de nouveaux outils de financement pour mieux servir tous les types d’organisations québécoises (coop, OBNL, inc.). Les obligations communautaires en sont un exemple. SVX pourrait très bien inclure ce type de campagne, par exemple.


Quel est le principal défi de SVX?


Pascal Grenier) Probablement l’éducation du grand public. La situation du financement participatif se compare à celle du sociofinancement il y a cinq ans. Nous n’avions aucune idée du potentiel de cet instrument financier. Aujourd’hui, le sociofinancement fait partie du quotidien du grand public. On peut imaginer que d’ici cinq ans, si le travail d’éducation réussit et que l’engouement se maintient, davantage d’investisseurs dirigeront leurs épargnes vers des projets à impact sociétal.


(Alain-Oliver Desbois) Produire rapidement des campagnes qui rallieront le grand public. Choisir les bonnes campagnes qui auront du succès pour rassurer les planificateurs financiers afin qu’ils proposent l’investissement d’impact à leurs clients.


Le terme «impact» devient de plus en plus à la mode… Doit-on parler de mode ou de véritable tendance?


Le terme impact est surutilisé, c’est vrai. Il prend parfois de drôles de tangentes. C’est normal dans un écosystème qui se développe. Nous en sommes à la phase d’explosion des possibilités. Des avenues seront écartées, d’autres persisteront. Un raffinement s’installera assorti d’une offre de produits plus cohérente.


SVX a un objectif ambitieux. Vous ne voulez pas vous limiter à accueillir des projets à impact sociétal, vous voulez en susciter. Expliquez-nous.


Je viens de l’univers de la finance traditionnelle. J’ai travaillé à la Caisse de dépôt et placement du Québec, entre autres. Le milieu de la finance se transforme. On observe un virage de l’économie en général vers un impact sociétal positif. On pense que nous pouvons contribuer à ce virage en incitant les incubateurs et les accélérateurs à ajouter l’impact sociétal positif aux réflexions des entreprises qu’ils accompagnent. Et du coup, ouvrir des marchés à d’autres investisseurs cherchant des placements à rendement financier et sociétal.


(Pour ceux et celles qui veulent assister au lancement de SVX le 12 avril, voici le lien.)


Voici la liste de 14 entreprises et fonds qui seront proposés sur SVX lors du lancement


ECOTIERRA est un opérateur de projets d’agroforesterie durable portés par des communautés de petits fermiers et un gestionnaire de fonds à impact capables de livrer des rendements de type placements privés tout en générant des impacts socio-économique et environnementaux majeurs. ECOTIERRA s’attaque aux changements climatiques et la dégradation des sols causés par l’agriculture migratoire.


Nectar offre une plateforme de gestion de ruches d'abeilles qui récolte et analyse les données afin de guider les apiculteurs pour qu’ils puissent appliquer les bons soins, aux bons moments, et ainsi garder leurs abeilles en santé et productives.


CoPower est une plateforme en ligne qui permet d’investir dans des projets d’énergie propre. CoPower simplifie le processus d’investissement à destination des projets d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique produisant des rendements stables et prévisibles, vous permettant de concilier rendement économique et impact social et environnemental.


Lucky Iron Fish Enterprise (LIFe) produit un petit outil de cuisson en fer qui infuse vos repas avec une quantité saine de fer naturel pour aider à prévenir la carence en fer et l’anémie.


EarthShield Biotech produit Earthskin, un produit naturel à vaporiser développé à partir de bio-résine organique afin d’aider les agriculteurs à améliorer leur productivité, réduire les coûts et promouvoir un écosystème plus sain.


ThisFishest un leader mondial dans le développement de technologies de traçabilité des produits de la mer. ThisFish permet d’améliorer l'efficacité des entreprises tout en augmentant la transparence et la confiance envers les produits de la mer.


Sarona est une société d'investissement indépendante à caractère institutionnel dont l'objectif est de fournir du capital aux entrepreneurs sur des marchés peu desservis et de les aider à développer leurs entreprises et leurs communautés de manière rentable et durable..


Le ​Immigrant Access Fund ​(IAF) propose des micro-crédits à faible taux d'intérêt aux immigrants et aux réfugiés qualifiés n’ayant pas les moyens de payer les frais liés à la formation ou à l’obtention du permis dont ils ont besoin pour travailler dans leur domaine d’expertise au Canada.


La ​Banque des Premières Nations du Canada est une banque à charte fédérale de l’annexe 1, établie en 1996 avec le mandat de servir les clients autochtones et non autochtones.


SolarShare est une coopérative à but non lucratif qui permet aux résidents et aux entreprises de l'Ontario d'investir dans des installations d'énergie solaire communautaires partout en Ontario.


La plateforme ​QoC Health est une plateforme numérique permettant de connecter les patients aux cercles de soins et de soutien. Les patients peuvent ainsi obtenir des réponses et solutions plus rapidement, plus simplement et à moindre coût.


Peekapak est un produit éducatif primé qui aide les élèves du primaire à acquérir des compétences et habiletés socio-affectives par le biais d'une série de livres, de classes en ligne et de jeux interactifs.


L’​Active Impact Fund soutient les entreprises sociales en phase de démarrage via du financement et le soutien opérationnel d’un sénior dédié au renforcement des capacités.


 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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