South by Southwest cherche des conférenciers québécois

Publié le 28/06/2019 à 16:49

South by Southwest cherche des conférenciers québécois

Publié le 28/06/2019 à 16:49

Hugh Forrest, directeur de la programmation de South by Soutwest, était de passage à Montréal pour recruter des conférenciers (Photo: Les Affaires)

«Les conférences sont les églises du 21e siècle. Elles remplissent les fonctions traditionnellement attribuées à l’église: rassembler la communauté, l’inspirer, lui permettre de réseauter.» Hugh Forrest, directeur de la programmation de South by Southwest

Le directeur de la programmation de l’iconique festival américain South by Southwest (SXSW), Hugh Forrest, est de passage à Montréal pour 24 heures. SXSW se tient à Austin, au Texas. Il propose 1000 événements pendant une semaine.

Hugh Forrest veut recruter des conférenciers québécois pour la prochaine édition, qui se tiendra du 13 au 22 mars 2020.

Hugh a été invité par le nouveau collectif «X meets Montreal», formé des entrepreneurs Andres Restrepo (Shaman) et Pablo Stevenson (Ressac), du secteur du marketing.

«Les Québécois ont encore trop de complexes, estime Andres. Nous pouvons rayonner davantage à l’étranger. Notre collectif va créer des ponts avec de grands événements internationaux qui ont une offre concrète pour nos entrepreneurs.»

Aujourd’hui (vendredi le 28 juin), s’est tenu le premier événement du collectif: « SXSW meets Montreal». Il se déroulait à la Pyramide PY1, dans le Vieux-Montréal, une création de Lune Rouge. Zu, le hub créatif de Lune Rouge, était partenaire de «SXSW meets Montreal».

J’ai eu un tête-à-tête avec Hugh Forrest. Voici notre conversation.

Parlez-moi de l’esprit de South by Southwest…

Au départ, en 1987, South by était un festival de musique. Le volet cinéma puis multimédia, qui s’appelle désormais le média interactif, se sont ensuite ajoutés. Depuis cinq ans, nous parlons aussi de politique. Mais le même fil rouge demeure: la créativité.

À quoi reconnaît-on une personne créative?

Elle aborde un problème d’un autre angle que celui qui paraît naturel. Ceci la mène vers une autre solution que celles qui émergent naturellement.

Quel effet un conférencier créatif induit-il chez son auditoire?

Quand South by Southwest est à son meilleur, vous quittez une conférence en pensant: «Wow! Personne ne m’a présenté cet enjeu/problème/défi/situation ainsi avant. De nouvelles solutions m’apparaissent possibles.» Inspirer, c’est ce que l’on fait le mieux. Ouvrir votre esprit. Vous pousser à penser autrement, à retourner chez vous, où que ce soit, habité d’un nouvel optimisme, parce que vous avez été exposé à de nouvelles idées.

Parlez-moi d’un conférencier qui a eu cet effet sur vous…

L’auteur Bruce Sterling membre du mouvement Cyberpunk. Ce genre de science-fiction, apparenté à la dystopie, met souvent en scène un futur proche, avec société technologiquement avancée. Bruce est devenu notre conférencier de fermeture de facto. Il est doué pour dessiner le contexte autour d’une idée, d’un mouvement, d’une tendance. Qu’il nous parle de la montée de l’extrême droite en Europe ou des dernières technologies, il arrive toujours à établir des connexions Panel qui injectent du sens. C’est ce qui crée le «Wow!».

Il m’arrive de quitter une conférence ravie pour me rendre compte, en relisant mes notes, que je n’ai rien à écrire parce qu’il y avait davantage de contenant que de contenu…

(rires) J’ai déjà vécu la même chose.

Un bon conférencier nous offre-t-il nécessairement une recette en cinq étapes?

C’est de plus en plus ce que souhaitent nos participants. Leur employeur a payé cher pour les envoyer chez nous. Ils doivent rendre des comptes, démontrer que leur séjour a été utile. Ils doivent revenir avec des idées concrètes : voici ce que j’ai appris, voici comment cela peut nous être utile.

Est-ce ce que vous souhaitez?

Nous avons la chance d’offrir 1000 sessions par édition. Ceci nous permet d’offrir un menu varié.

Comment se répartissent les sessions pratiques et les sessions d’inspiration à South by Southwest?

Je dirais que 5% à 10% du contenu vise simplement à inspirer. Un autre 20% à 25% se compose d’ateliers interactifs. Un autre 20% à 25% est occupé par les conférences avec un contenu pratique, «Les cinq leçons à retenir de l’industrie du jeux vidéo» . Le reste se compose de cas, «Comment j’ai monté mon agence et ce que j’ai appris en route».

Parlons du processus de sélection de vos conférenciers…

Du 1er au 19 juillet, les aspirants peuvent postuler en ligne. Leur proposition est soumise à trois jurys. Le «PanelPicker», qui est ouvert à tous. Les propositions étant visibles en ligne. À partir du 1er août, tout le monde peut se prononcer. Un conseil consultatif les regarde aussi. Et puis le personnel de South by donne son avis. Ces trois niveaux empêchent que cela devienne un concours de popularité où celui ou celle qui a le plus d’amis l’emporte.

Le conférencier ou le sujet?

Le conférencier d'abord.

Une conférence peut-elle éviter la dictature du sujet à la mode?

Je ne suis pas certain que le mot «mode» soit juste. Nous avons 20 thèmes qui évoluent pou demeurer pertinent. Par exemple, le thème qui se nommait l’an dernier «Impact social et global» a été rebaptisé «Climat et action sociale».

À quoi vous attendez-vous pour 2020?

Nous recevrons probablement plus de propositions portant sur les enjeux de l’immigration et le nationalisme, par exemple.

Le radicalisme potentiel de certains conférenciers vous inquiète-t-il?

L’ère des médias sociaux influence le travail des organisateurs de conférences. Nous devons élaborer notre contenu autrement. En 2018, le Festival New Yorker avait invité Steve Bannon, l’ex directeur de la campagne présidentielle de Donald Trump, qui fut son conseiller stratégique avant d’être limogé en août 2017. L’éditeur du New Yorker devait interviewer Steve Bannon sur ses valeurs (n.d.r.l. Steve Bannon a développé la fondation Le Mouvement, qui entend regrouper les mouvements populistes nationalistes d’extrême droite en Europe.) Une levée de bouclier a forcé les organisateurs à annuler cette conférence. Les contestataires affirmaient que donner une tribune à Steve Bannon équivalait à l’endosser.

Vous savez, les conférences se situent dans une zone grise, quelque part entre le divertissement et le média.

Comme organisateur, estimez-vous qu’accueillir certains conférenciers équivaut à sanctionner leurs propos?

Je crois que c’est ce que la majorité de nos participants pensent. Nous devons en tenir compte. C’est une question de gestion de marque et de gestion de risque. Et c’est une préoccupation plus présente qu’il y a cinq ans. Les médias américains le vivent certainement aussi. Jusqu’à quel point doivent-ils couvrir tout ce que le président dit ou fait? Couvrir signifie-t-il sanctionner? Nous vivons une ère trouble où ces questions deviennent incontournables.

Faut-il développer une conférence originale pour South by Southwest ou peut-on reprendre du matériel présenté ailleurs?

Le meilleur conférencier est celui qui vient de publier un livre. Il est en tournée de promotion, sa conférence est rodée.

Le conférencier dont vous ne voulez pas?

Nous nous tenons loin de tout discours haineux.

Et les politiciens?

La mission de South by Soutwest est de vous présenter ce que sera: la technologie, le réalisateur, le band. À un an des élections américaines, ce sont les politiciens qui seront sur les radars. Ils sont donc incontournables. Ils étaient présents en 2019. Ils le seront en 2020.

Pour ceux et celles qui sentent l'appel de SXSW, voici le courriel de Hugh Forrest, il a affirmé que c'est le meilleur moyen d'entrer en contact avec lui: hugh@sxsw.com

Bonne chance ;-)

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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