SNC-Lavalin: «Nous ne quitterons pas les pays à risque»

Publié le 13/02/2014 à 16:20

SNC-Lavalin: «Nous ne quitterons pas les pays à risque»

Publié le 13/02/2014 à 16:20

Andreas Pohlmann, chef de l'éthique et de la conformité chez SNC-Lavalin

Où en est SNC-Lavalin 11 mois après le recrutement de l’Allemand Andreas Pohlmann comme chef de l’éthique et de la conformité? Il a fait le point ce midi devant des représentants de l’Institut canadien des relations avec les investisseurs, CIRI).

« Lorsqu’un recrue de l’extérieur joint une entreprise, il s’en suit toujours une période de lune de miel de deux ou trois mois, confie Pohlmann. Puis, vous commencez à implanter le changement pour lequel on vous a recruté. Alors, vous devenez pas mal moins populaire. Une seule chose peut vous redonner votre crédibilité à l’interne : des résultats. »

Ses résultats, Pohlmann les a eu il y a deux semaines alors que l’AMF a redonné à SNC-Lavalin le droit de soumissionner pour des contrats du gouvernement.

La liste des changements implantés par SNC-Lavalin depuis 11 mois est longue. Il serait fastidieux de l’élaborer. Je vous suggère une visite sur le site de l’entreprise. Concentrons-nous plutôt sur ce qu’il y a de plus concret, la réalité du terrain.

Comment SNC-Lavalin compte-elle empêcher la corruption au quotidien?

« Chaque employé exposé à une situation de corruption doit entrer en contact avec nous, répond Andreas Pohlmann. Il peut appeler le responsable de la conformité de sa région ou l’équipe du bureau-chef. Il peut même appeler le pdg, Bob Card. Certains l’ont fait. Le rôle des employés consiste à exposer le problème. La suite c’est à nous de s’en occuper. Ce n’est pas au niveau des employés qu’on va changer les choses en profondeur. C’est à la direction d’alerter les plus hautes instances de régions concernées pour dénoncer la corruption. »

Mais, pour qu’un employé appelle, il faut d’abord qu’il reconnaisse/admette qu’il se trouve confronté à la corruption. Dans le doute, SNC-Lavalin incite son personnel à se poser les 4 questions suivantes ;

1- Est-ce la bonne chose à faire pour SNC ou cela sert-il plutôt mes intérêts personnels ?

2- Ce geste ou cette décision est-il cohérent avec les valeurs de l’entreprise ?

3- Est-ce légal  Est-ce moral? Ici, Pohlmann admet que la réponse pourrait différer d’une région à l’autre.

4- Suis-je prêt à être tenu imputable de ce geste ou de cette décision? Pourrais-je accepter qu’on en parle à la une du journal?


« « Nous ne quitterons pas les pays à risque. Nous pouvons mener des affaires propres, même dans les régions les plus difficiles au monde.» »

 

SNC-Lavalin a-t-il quitté, ou quitterait-il, une région ou un pays où elle est exposée à la corruption?

« Nous ne l’avons pas fait et je ne le recommanderai jamais, répond Andreas Pohlmann. Je suis convaincu que nous pouvons mener des affaires propres, même dans les régions les plus difficiles au monde. On y arrivera. Peut-être pas demain, mais on y arrivera. Les mutinationales peuvent faire partie de la solution.»

Mais SNC-Lavalin n’y arrivera pas seule, admet Pohlmann. Il lui faudra s’allier à ses concurrents et joindre des organisations et des lobbys anti-corruption internationaux. Comme COST (Construction Sector Transparency Initiative) , dont j’ai interviewé le président à Brasilia, lors de la conférence internationale contre la corruption.

La démarche de conformité et de redressement de SNC-Lavalin est-elle complétée?

« Dans une telle situation, on traverse trois phases. La crise, la période de transition et le retour à la normale. Nous en sommes à la période de transition. » C’est probablement pour cette raison que Transparency International n’est pas encore prête à accepter SNC-Lavalin dans ses rangs. Elle attend.

Pohlmann aimerait bien en être déjà au retour à la normale. Mais il est conscient que « nous ne pouvons pas chuter une seconde fois. Nous y perdrions probablement notre droit de faire des affaires. »

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À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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