Projet Royalmount: parlons de l'utilisation des terrains vacants

Publié le 18/01/2019 à 10:27

Projet Royalmount: parlons de l'utilisation des terrains vacants

Publié le 18/01/2019 à 10:27

La carte interactive des terrains vacants de l'île de Montréal produite par Lande MTL.

La carte interactive des terrains vacants de l'île de Montréal produite par Lande MTL, en collaboration avec les citoyens.

Le terrain vacant de 2,5 millions de pieds carrés à l’angle des autoroutes 15 et 40 fait pas mal jaser.

Près de 70 mémoires ont été déposés au cours des cinq séances de consultations publiques destinées à commenter l’utilisation que le promoteur, Carbonleo, prévoit pour ce terrain vacant. Ce site c’est le projet Royalmount, décrit comme «un pôle urbain multifonctionnel» qui abritera des hôtels, des bureaux, des salles de spectacle, des commerces, des restaurants et des résidences.

Royalmount suscite des réactions polarisées. La Chambre de commerce du Montréal métropolitain souhaite son déploiement. Les maires de Saint-Laurent et de Côte-Saint-Luc souhaitent une pause assortie d’aménagements majeurs. Le Partenariat du Quartier des spectacles affirme que les salles de spectacles de Royalmount «cannibaliseront» l’offre culturelle comme l’indique cet article du HuffPost. Et, ce matin, le doyen de la faculté d’aménagement de l’Université de Montréal, Raphaël Fischler, affirme que ce projet touristique et commercial «ne sert pas l’intérêt général», comme on peut le lire dans cet article de La Presse.

Bref, l’utilisation prévue de ce terrain, laissé vacant depuis des années, ne fait pas l’unanimité. De nombreuses parties prenantes ne semblent pas y trouver leur compte. Et ce, même si le maire de Ville Mont-Royal, la municipalité où se situe ce terrain, affirme que le développement respecte les règles du Schéma d’aménagement et de développement de l’agglomération de Montréal (SADM) et le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD). Bref, Ville Mont-Royal n’a pas sollicité l’avis des municipalités et des arrondissements avoisinants, mais sa démarche respecte les règles du jeu, comme l'indique cet article du Journal de Montréal.

La saga Royalmount est importante. Il faut en débattre. La ville devient le nouveau lieu où s’expriment les contradictions, les enjeux et les limites du capitalisme, comme le décrit le professeur Jonathan Durand Folco dans son ouvrage «À nous la ville! Traité de municipalisme.» Sa thèse: la ville néolibérale s’oppose aux revendications citoyennes du «droit à la ville» sur une toile de fond de spéculation immobilière et de changements climatiques.

Le terrain vacant visé par le projet Royalmount est immense. Mais des terrains en friches, notre île en compte bien d’autres. En 2014, la ville de Montréal a recensé 260 millions de pieds carrés (25km carrés) d’espaces vacants.

Ces terrains ont tous un propriétaire, qu’il soit privé ou public. Et on n’y trouve aucun immeuble. C’est cette statistique qui a inspiré la création de l’OBNL Lande MTL. Lande s’est donnée comme mission de mobiliser les citoyens autour des terrains vacants, puis de les accompagner dans leurs projets de réappropriation de ces lieux, de concert avec le propriétaire.

Lande s’inscrit dans le même esprit que d’autres organisations comme Entremise et La Pépinière. Entremise sert d’entremetteur entre des immeubles sans projets et des projets sans lieu. Elle gère les locaux vacants par des usages temporaires et transitoires. La Pépinière, elle, vise à créer des villes plus participatives par l’animation d’espaces publics à vocation festive et rassembleuse. Dans les trois cas, il est question de donner un usage transitoire à un lieu vacant avec l’intention de voir émerger une communauté et inspirer un usage plus pérenne.

Lande MTL a créé une carte interactive des terrains vacants de l’île de Montréal. Vous pouvez la consulter ici. Cette réalisation est le fruit de la collaboration de centaines de citoyens. «Les gens nous indiquent l’emplacement du terrain sur notre carte. Ils nous fournissent toutes les informations qu’ils possèdent sur le lieu. Nous effectuons des recherches pour en établir la superficie, le numéro de lot et le propriétaire. Et nous ajoutons l’information sur la carte pour qu’elle soit accessible à tous», explique Gabriel Larue, coordonnateur chez Lande MTL.

Les terrains vacants cartographiés sont divisés en quatre catégories :

-Terrain public mobilisé;

-Terrain public non mobilisé;

-Terrain privé mobilisé;

-Terrain privé non mobilisé.

Pour l’instant, Lande MTL travaille avec les propriétaires des terrains publics pour développer des usages temporaires pour ces lieux. «Nous aimerions bien travailler avec les propriétaires privés, mais ce n’est pas évident. D’abord, ils ne sont pas prêts à payer pour nos services d’accompagnement et d’animation de communauté autour de l’espace vacant. Et puis, ils ne voient pas nécessairement un avantage pour eux à favoriser un usage transitoire de leur terrain vacant», explique le coordonnateur. Il poursuit, «Pour notre part, nous voyons en l’usage transitoire un catalyseur de liens avec les citoyens du quartier. Ceci pourrait favoriser l’acceptabilité sociale lorsque le promoteur aura déterminé un usage permanent pour son terrain vacant.» C’est une observation pertinente. Donner vie/animer un terrain vacant qui nous appartient en attendant de lui choisir un usage permanent, ça ressemble pas mal à de la responsabilité sociale d’entreprise ça.

J’ai passé plusieurs minutes à consulter la carte interactive de Lande MTL. J’y ai vu de nombreux terrains vacants que je croise régulièrement lors de mes déplacements à pied à travers la ville. L’ex station-service à l’angle de l’avenue du Sherbrooke et de la rue Jeanne-Mance (250 rue Sherbrooke ouest), par exemple. L’ex station-service à l’angle de Jean-Talon et Papineau, 11248 pieds carrés moches. Moche aussi cet espace de 10774 pieds carrés derrière l’arrêt de bus à l’angle des rues Beaubien et Christophe-Colomb. Et, celui qui fait saigner mes yeux tous les jours depuis des années: le terrain vacant de 76880 pieds carrés à l’angle de la rue Van Horne et de l’avenue du Parc. Et vous, avez-vous trouvé sur la carte de Lande MTL un terrain vacant qui fait régulièrement saigner vos yeux?

Royalmount n’a pas fini de défrayer la chronique, et c’est tant mieux. Ce projet aura des impacts sur la vie des gens et des entreprises de son territoire, et des territoires voisins. Je profite de ce débat pour soulever la nécessité d’un peu plus de créativité et de bonne volonté de la part des propriétaires d’espaces vacants, peu importe la taille du terrain. La créativité et l’innovation ne sont pas des concepts réservés au secteur manufacturier et aux jeunes pousses.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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