Prix Novae: voici 9 obstacles à l'innovation sociale

Publié le 02/05/2019 à 09:00

Prix Novae: voici 9 obstacles à l'innovation sociale

Publié le 02/05/2019 à 09:00

Photo: 123rf

Le 7 mai prochain, Novae dévoilera les gagnants de la sixième édition de son concours d’innovation sociale. L’innovation sociale est celle qui lie les bénéfices économiques et sociétaux. Voici quelques exemples: un nouvel outil financier pour une clientèle sous-servie, un système de traçabilité de la gestion de terrains contaminés, une chaîne d’approvisionnement locale et responsable, l’installation de bornes de recharge électrique pour les employés d’une organisation dont les activités s’étendent sur un vaste territoire, de navettes électriques autonomes pour couvrir le dernier kilomètre ou une urne funéraire biodégradable.

Pour la 6e édition des prix Novae, les organisateurs ont procédé à deux changements importants:

1-Ils ont éliminé les catégories sectorielles;

2-Ils ont ajouté deux sections aux formulaires de mise en candidature, soit les objections rencontrées lors de développement de l’innovation et la démarche pour les surmonter.

J’ai parcouru tous les formulaires soumis pour ce concours, en m’attardant à la section des objections. Ce billet résume quelques-uns des principaux obstacles qui se dressent en travers des organisations, les PME aussi bien que les grandes entrerprises, qui développent et implantent des innovations sociales.

Débutons pour une mise au point: les innovations sociales sont des innovations. Elles présentent les mêmes enjeux que toute forme d’innovation: financement de la nouveauté, résistance au changement, formation, changement d’habitudes, etc. Je ne traiterai donc pas de ces obstacles génériques ici.

Voyons plutôt les défis particuliers que rencontrent les promoteurs d’innovations sociales.


« On attend toujours plus de cohérence de la part d’une organisation qui déclare des valeurs sociétales fortes. »

1-L’exemplarité

Lorsqu’on propose une solution à un enjeu social ou environnemental, on est rarement évalué uniquement sur celle-ci. Le regard des parties prenantes, et de la société en général, se porte forcément sur le reste de l’organisation et ses pratiques. On attend toujours plus de cohérence de la part d’une organisation qui déclare des valeurs sociétales fortes, que d’une autre qui se limite à afficher de bons sentiments génériques sur son site.

2-Le respect des limites des usagers

Toute innovation exige un changement d’habitude. Celui-ci est parfois marginal, parfois important. L’innovation sociale pousse ce changement plus loin. Elle exige souvent un changement de comportement, parfois de mode de vie, de la part de l’utilisateur. Les promoteurs des innovations sociales doivent respecter les limites des usagers. Et composer avec une période de transition parfois plus longue que prévu. Plusieurs innovations sociales reposent en partie sur une solution technologique. Dans ces situations, il faut ajouter les résistances associées à un virage numérique à celles relatives à un changement de comportement.

3-La gestion du risque

Prenons deux secteurs, celui de la finance et celui de l’environnement. Comme toute innovation, l’innovation sociale requiert du financement. Toutefois, les produits traditionnels ne répondent pas nécessairement au besoin. Ils manquent parfois de flexibilité. Il faut en développer de nouveaux. Ceci dans un secteur plutôt conservateur, où la gestion du risque laisse peu de place à l’expérimentation. Ainsi, les acteurs de la finance qui développent de nouveaux outils financiers doivent s’armer de patience.

Parlons maintenant du secteur environnemental, des matériaux de construction, par exemple. Alors que l’on prône de plus en plus la circularité, on voit paraître de nouveaux matériaux composés, en partie ou en totalité, de matières recyclées. Les donneurs d’ordre hésitent à les employer, pour des raisons de sécurité. On préfère recourir à des matériaux éprouvés. Il devient difficile pour le promoteur de bâtir un historique d’utilisation de son nouveau matériau. Le défi consiste à protéger le citoyen tout en encourageant l’innovation environnementale.

4-Le blanchiment

«Bien que l’industrie des emballages verts soit en plein essor, son offre est toujours limitée. Lorsqu’on souhaite commercialiser un nouveau produit, une étape supplémentaire s’ajoute au processus: celle de trouver un fournisseur. Le choix de l’emballage vient très souvent avec un coût initial important, ce qui représente un défi important. L’équipe doit aussi toujours être à l’affût de toute information trompeuse; bien que ce problème ne soit pas répandu, il touche tout de même certains fournisseurs. Nous avons été confrontés à ce problème à plusieurs reprises, surtout dans nos débuts.» Rappelons le premier défi cité, l’exemplarité. Une organisation qui développe et implante une innovation sociale sera scrutée de plus près. En plus veiller sur sa cohérence, elle doit prendre garde à ses fournisseurs.

5-La gestion des attentes

L’innovation sociale peut prendre du temps à se répandre. Mais il arrive aussi qu’elle suscite un engouement rapide. «Il était impossible de répondre à la demande générée. Il a fallu dire non à certains employés. (…) Devant l’enthousiasme du personnel, il a fallu trouver des solutions alternatives, en attendant de donner accès à notre innovation à tous.»

6-La réglementation

«D’importantes modifications règlementaires étaient nécessaires afin de pouvoir déployer des projets-pilotes impliquant des véhicules autonomes sur la voie publique, notamment en matière d’assurances et de sécurité routière. De nombreuses représentations ont dû être faites en ce sens. Une fois les nouvelles dispositions législatives apportées, l’obtention d’un arrêté ministériel pour le déploiement du projet-pilote fut complexe. Le transport autonome est un domaine nouveau, complexe, qui suscite des craintes, notamment sur le plan de la sécurité: un important travail d’information s’imposait.(…) Un travail d’éducation important fut réalisé auprès des décideurs et des professionnels concernés afin de les sensibiliser aux réalités et aux bénéfices des transports intelligents.» Plusieurs dossiers soumis évoquent la réglementation comme un obstacle qui a nécessité énormément d’énergie.

7-La taille

Lorsqu’une innovation sociale émane d’une petite organisation, elle peut rencontrer des défis d’approvisionnement. «Nous visions un fournisseur local, pour être cohérents avec nos valeurs. Mais aucun n’acceptait de fabriquer de petites séries. Nous nous sommes tournées vers un fournisseur chinois. Mais nous ne baissons pas le bras. C’est long, mais nous avons bon espoir de nous approvisionner localement d’ici janvier 2020.»

8-La collaboration

L’innovation sociale s’attaque à des enjeux sociétaux importants. Elle vise souvent des changements systémiques. Que l’on pense aux défis de sécurité alimentaire ou de réduction du plastique, par exemple. Les promoteurs de ce type d’innovation ont besoin des autres acteurs de leur filière, et même d’autres filières connexes. «Établir des nouvelles instances de collaboration n’est pas toujours un processus simple. Amener une diversité d'acteurs à s'asseoir à la même table, parfois en ayant une compréhension ou une perspective différente des enjeux de bases, et des opinions divergentes sur les solutions pertinentes, constitue en soi un premier pas difficile.» «Les enjeux liés au développement durable ne se régleront pas en silos, mais bien avec la collaboration de la chaîne de valeur. En mettant ensemble l’expertise de notre équipe interne, de nos fournisseurs de résine, de films plastiques, d’équipement, de notre client ainsi que des organisations responsables du recyclage, nous avons pu passer outre les défis techniques à chaque étape du processus de développement. Les relations bâties pour ce projet se verront inestimables dans l’élaboration d’autres projets innovants et durables similaires.»

9-Les indicateurs de performance

Une innovation sociale est une nouvelle idée, approche ou intervention, un nouveau service, un nouveau produit ou une nouvelle loi, un nouveau type d’organisation qui répond plus adéquatement et plus durablement que les solutions existantes à un besoin social bien défini, une solution qui a trouvé preneur au sein d’une institution, d’une organisation ou d’une communauté et qui produit un bénéfice mesurable pour la collectivité et non seulement pour certains individus.» Cette définition est extraite du site du Réseau québécois en innovation sociale (RQIS). Les indicateurs de performance traditionnels ne suffisent pas toujours à mesurer le niveau de succès d’une innovation sociale. Ils s’avèrent parfois incomplets. Prenons l’implantation d’un processus d’approvisionnement responsable. Comment définir l’approvisionnement responsable? Une organisation peut déterminer qu’il comprend l’achat local ainsi qu’auprès de fournisseurs de l’économie sociale et solidaire (ESS). Cela étant dit, comment déterminer les retombées? Quelles organisations ESS ont le plus grand impact: celles qui changent un peu la vie d’un grand nombre de bénéficiaires ou celles qui changent beaucoup la vie d’un petit nombre de bénéficiaires.

Voici le lien pour assister à la remise des prix Novae en innovation sociale.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

Blogues similaires

Comment espérer triper demain au travail?

22/07/2019 | Olivier Schmouker

BLOGUE. Une interrogation existentielle à laquelle répond avec brio le polymathe américain Arthur C. Clarke...