Primeur: voici ce qu'il adviendra du vieux pont Champlain

Publié le 01/05/2019 à 07:20

Primeur: voici ce qu'il adviendra du vieux pont Champlain

Publié le 01/05/2019 à 07:20

Le vieux pont Champlain (Photo: courtoisie)

Le mois dernier, une de mes amies Facebook, architecte de formation et céramiste de profession, a remporté une paire de billets pour une visite VIP du nouveau Pont Champlain. J’ai pu admirer ses photos et m’émerveiller devant le génie de l’œuvre.


Tournons maintenant notre regard juste à côté, vers le «vieux» Pont Champlain : 200 000 tonnes de béton, 20 000 tonnes d’acier, de l’asphalte, du matériel électrique et électronique, des panneaux à messages, des panneaux de signalisation, etc. Qu’adviendra-t-il des composantes du vieux pont Champlain?


J’en ai discuté avec celui qui orchestre le démantèlement de ce mastodonte: Vincent Guimont-Hébert, responsable du développement durable (DD) pour la Société Les Ponts Jacques Cartier et Champlain. «Par ce projet, nous avons la chance d’influencer le marché vers le haut. La déconstruction du Pont Champlain peut être un projet platte. Elle peut emprunter la voie traditionnelle, où la firme qui décroche le contrat de déconstruction revend les matériaux aux plus offrants, sans égard pour les conséquences environnementales. On peut aussi créer l’enthousiasme et susciter l’adhésion sociale en mettant à contribution les citoyens, les entreprises et les municipalités, pour donner une deuxième vie aux composantes.»



Objectif principal : réutiliser et non transformer



«Lorsque la nouvelle de la déconstruction a fait le tour, nous avons reçu de nombreux appels de firmes asiatiques désireuses d’acheter les pièces d’acier pour les faire fondre et les recycler. La fonte de l’acier est un processus polluant, surtout si l’énergie est produite à partir du charbon. De plus, les pays d’où provenaient ces appels ont une réglementation environnementale moins sévère que la nôtre. Ajoutez les émissions de GES associées au transport sur de si longues distances. Bref, ce n’est pas la voie que nous privilégions pour disposer des pièces.» Le responsable du DD de ce projet souhaite que les composantes soient réemployées localement.



Appel d’intérêt: qui veut un morceau du pont Champlain dans son salon, dans son entreprise ou dans son infrastructure?



Ce mois-ci (mai 2019), la Société Les Ponts Jacques Cartier et Champlain lance un vaste appel d’intérêt et de consultation à travers le Québec. Les citoyens, les entreprises et les municipalités sont invités à présenter leurs idées: quelle(s) composante(s) du pont Champlain vous tente et qu’en feriez-vous? Les séances de consultation publiques auront lieu à la Maison du développement durable, à l’île-des-Sœurs, et à Brossard. Au cours de ces séances on abordera, entre autres, les thèmes suivant : valorisation et traçabilité des matériaux, mise en valeur des terrains et certification Envision et carboneutralité du projet.



Voici quelques exemples de réemploi:



-des artistes pourraient en intégrer dans leurs œuvres;


-on pourrait les utiliser pour construire des ponts forestiers;


-on pourrait les utiliser pour rallonger des infrastructures.


«Le but est de stimuler la demande pour les composantes à travers des consultations publiques. Nous discutons aussi avec des organismes publics et des municipalités.»


Vincent Guimont-Hébert souhaite établir quelle proportion des pièces soulève l’intérêt. Ce chiffre sera communiqué à la firme responsable de la déconstruction qui devra en tenir compte.


«Nous inscrirons dans le contrat de déconstruction les pièces qui doivent être mises de côté pour ceux qui ont manifesté un intérêt. Nous souhaitons ce pourcentage le plus élevé possible. Le reste de pièces appartiendra au responsable de la déconstruction. Il pourra les vendre au marché.»



Déconstruction: trois finalistes, un gagnant



Au moment d’écrire ces lignes, le mandat de déconstruction du vieux pont n’a pas encore été accordé. En fait, il ne le sera pas tout de suite. «Nous avons décidé de retenir trois finalistes et de les faire travailler plusieurs mois sur leur scénario de déconstruction. À terme, nous choisirons la firme qui nous propose le scénario qui correspond le plus à nos intentions. Conserver trois soumissionnaires nous permet de réduire notre risque.»


 




L'inspiration du Bay Bridge



Le Bay Bridge, entre les villes d’Oakland et San Francisco, a été déconstruit en 2016. À l’époque, la ville de SF n’avait pas prévu d’appel au réemploi des pièces. C’est suite à un mouvement d’artistes qui ont manifesté le désir de sauver des morceaux de cette icône que les autorités municipales ont lancé un concours qui s’est étalé sur deux ans. Des morceaux du pont ont été transformés, entre autres, en mobilier urbain et en promenades publiques. On a aussi employé une partie de l’acier pour construire un quai, redonnant ainsi les berges aux citoyens. «Nous sommes en communication avec les responsables de ce dossier pour apprendre de leur expérience», dit Vincent Guimont-Hébert.



Le projet Héritage Champlain



Qu’adviendra-t-il des terrains sous l’ancien pont? «La ville de NY avait un terrain vacant de 596 acres. Elle y a placé une pancarte où on pouvait lire : «This land is your land. Let us know what you want to do about it.» Nous allons faire de même. Nous allons solliciter des idées pour donner accès aux berges aux citoyens.»



L’économie circulaire et le secteur de la construction



«Nous ne nous mettons pas la tête dans le sable. On ne pourra pas réutiliser 100% des composantes. Mais nous avons deux intentions. D’abord, montrer la voie. Notre démarche peut s’appliquer à beaucoup d’autres projets d’infrastructures et de structures. L’économie circulaire n’est pas que pour le papier et le plastique. L’industrie de la construction fonctionne comme dans les années 70. Mais montrer la voie ne suffit pas. Il faut aussi forcer et inclure des clauses de développement durable dans les contrats pour forcer les entrepreneurs et les constructeurs à emprunter des chemins qu’ils n’ont jamais pris. Et à générer un retour plus vaste sur le dollar public. N’oublions pas que le pont Champlain a été payé par les citoyens. Il m’apparaît normal que sa déconstruction génère un retour pour la communauté et pour l’environnement.»


Pour ceux et celles qui veulent en savoir plus sur le processus de déconstruction du Pont Champlain, vous pouvez visiter le site deconstructionchamplain.ca

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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