Première: un fonds d'investissement végane québécois

Publié le 13/03/2019 à 15:58

Première: un fonds d'investissement végane québécois

Publié le 13/03/2019 à 15:58

An Pham, fondatrice de la marque végane Boïda Athletica (crédit: Vegan Fashion Week)

Le Québec compte un premier fonds d’investissement spécialisé pour les entreprises de l’économie végane: Vegan Capital. Pour l’instant, il cible les entrepreneurs de l’île de Montréal. Ceux-ci profiteront de financement au démarrage et à la croissance.


Ce fonds a été initié par deux employés du secteur de la technologie. Julien Hivon est conseiller principal Sécurité TI chez Desjardins. François Burra est stratège UX/produit chez Nurun.


François Burra est stratège UX/produit chez Nurun. Julien Hivon est conseiller principal Sécurité TI chez Desjardins.


Pourquoi deux gars de techno lancent-ils un fonds d’investissement végane?


Pour arrimer leurs investissements à leurs valeurs, tout simplement. Les deux hommes pratiquent le véganisme. Ils cherchent donc à investir dans les entreprises de cette économie, afin de contribuer à son développement. Mais celles-ci s’avèrent difficiles à trouver. Elles sont encore peu nombreuses.


Les fondateurs de Vegan Capital en ont répertorié 70 sur l’île de Montréal.


Leur idée: créer un fonds pour en faire naître de nouvelles et faire grandir celles qui existent déjà.


Julien Hivon et François Burra débusquent les entreprises eux-mêmes et ils en font la vérification diligente. Voici les critères qu’ils ont retenu pour définir une entreprise végane :


-Un produit ou un service qui offre une alternative 100% végétale à un produit existant lié à l’exploitation animale;


-Aucune exploitation animale dans la chaîne de production ni d’approvisionnement.


À ce qui précède, s’ajoutent un impact environnemental positif et un impact social positif (pas de climat de travail toxique ni d’enjeu de RH)


Comment ce fonds végane sera-t-il financé?


Vegan Capital compte s’associer avec des bailleurs de fonds qui financent l’entrepreneuriat pour qu’ils ajoutent ce secteur de l’économie à leur offre.


La première association a été annoncée le jeudi 14 mars. Vegan Capital s’associe à l’ACEM (Association communautaire d’emprunt de Montréal) Microcrédit Montréal. L’ACEM consacrera un montant de 30 000$ à des projets d’entrepreneuriat végane.


Il s’agit pour l’ACEM d’un projet-pilote, explique Indu Krishnamurthy, la DG de l’ACEM Microcrédit Montréal, «Nous voulons rejoindre une nouvelle clientèle», explique-t-elle.


L’ACEM Micro-Crédit se concentrera sur les projets répondant à sa mission, soit financer les entrepreneurs qui n’ont pas accès au financement traditionnel.


Fondée en 1987, l’ACEM Microcrédit Montréal était une réponse à la crise économique. Son objectif: trouver un modèle d’investissement flexible, pour soutenir les populations défavorisées et répondre à une des causes de la pauvreté: le manque d’accessibilité à du capital.


Le microcrédit est rendu possible grâce à la participation solidaire du milieu. C’est la communauté qui prête à la communauté.


Pour assurer le financement de son fonds, Vegan Capital compte nouer d’autres partenariats, entre autres, avec des organismes traditionnels d’aide à l’entrepreneuriat.


Prochaine étape: le financement participatif Julien Hivon et François Burra veulent aussi donner l’occasion à la communauté végane de contribuer à l’éclosion de cette économie. « Nous discutons avec différentes plateformes de financement participatif par titres (equity crowdfunding) pour en trouver une qui affichera les entreprises que Vegan Capital aura dénichées et qui sont mûres pour un financement public», explique Julien Hivon. Il poursuit, « Nous avons identifié 60 individus prêts à investir entre 500$ et 2500$ dans des projets d’entrepreneuriat végane. »


Le principal défi de Vegan Capital


«Il se joue à moyen terme, estime Julien Hivon. Il existe déjà une première génération d’entreprises prêtes pour un financement public. Toutefois, pour développer ce secteur, il faut dès maintenant préparer la prochaine vague, en leur offrant l’accompagnement et les ressources nécessaires.»


À quoi ressemble une entreprise de l’économie végane?


La Québécoise Boïda Athletica a lancé sa première collection de vêtements en 2016. Elle propose aujourd’hui des manteaux, des leggings, des pantalons et des accessoires. Ils sont conçus de matériaux 100% végétaux. «L’isolant de nos manteaux (Vegangoose) est fait de fibre de maïs au lieu de plumes d’animaux, par exemple», explique An Pham, la créatrice de cette marque. Deux des couches isolantes de la collection Boïda sont en attente de brevets.


En plus de connaître les défis propres aux entreprises en démarrage, Boïda Athletica compose avec des matières premières rares et dispendieuses. « Je souhaite ajouter une veste de cuir à ma collection, explique l’entrepreneure. Il existe des options - le cuir fait à partir de champignons ou d’ananas - mais les prix demeurent élevés. Il faut que la demande augmente. Mais pour cela il faut la stimuler par une offre plus étendue. D’où la pertinence d’un financement destiné à l’économie végétalienne.»


Existe-t-il d’autres fonds véganes?


Après quelques recherches, j’ai trouvé, en Europe, un fond nommé Beyond Investing, dont les instigateurs pratiquent le véganisme et sont environnementalistes.


Beyond Investing a créé l’indice Climate Vegan US (308 entreprises). Ce dernier exclut les sociétés :


-Pratiquant des tests sur les animaux;


- Fabriquent des produits à partir de dérivés animaux;


-Emploie des animaux pour le sport ou le divertissement;


-Exploitent des énergies fossiles, du secteur du tabac, du secteur militaire, de la défense et autres considérations liées à l’environnement et aux droits humains.


Ce fonds a été lancé le 6 juin 2018. Les créateurs estiment que pour chaque 1000$US investi, on empêche la mise à mort de 13 animaux.


En décembre 2018, le groupe américain New Crop Capital a lancé un fonds de 100M$US nommé New Protein Fund. Celui-ci vise les sociétés qui développent des aliments composés d’ingrédients à base de plantes ou de dérivés de l’agriculture cellulaire. On cible des entreprises comme Good Catch, qui développe des fruits de mer à partir de plantes, et Sunfed Meats (https://sunfedfoods.com/), dont l’ingrédient principal est la protéine de pois.


Une des entreprises véganes les plus célèbres est l’Américaine Impossible Foods, fondée en 2011 par le docteur Patrick Brown. Ses Impossible Burgers sont servis dans 5000 restaurants américains.


En 2017, on estimait qu’il y avait 19 M d’adeptes du véganisme à travers le monde. Un peu plus de 6% des Américains s’identifient à ce mouvement.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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